‹ La prièreChapitre 111 sur 136 · S. AuG., loc. cit · texte numérisé non relu

S. AuG., loc. cit

notre cœur, toucàé et attendri, s'épanouit plus largement, en reconnaissance et en actions de grâces.

Au lieu de nous étonner, de nous troubler, de nous désoler, de nous décourager des retards divins, admirons, avec saint Jean Chrysostome, « l'amoureuse industrie d'un père tendre, qui veut nous retenir auprès de lui » *. S'il nous exauçait au premier appel de notre misère, peutêtre que nous lui fausserions bien vite compagnie. Ejamous faisant attendre ses dons, il nous oblige à ne pas le quitter. Et voilà qu'en insistant auprès de lui, nous prolongeons un acte religieux qui, le reconnaissant comme la source de tous biens, rend hommage à sa toute-puissance et à son infinie bonté : acte méritoire, qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ne peut pas rester sans récompense, acte doué d'une efficacité intrinsèque et immédiate, puisque, lors même que nous n'obtiendrions pas présentement l'objet de nos désirs et de nos supplications, il doit accroître dans le ciel notre gloire et notre éternel bonheur.

Cette considération peut nous consoler, non

1. Ciinclanîer dando apad se reiinere volens ...ipsa donalionis practyasiinaihne v^lui arle quadam. {De oraliane. Homil. m)..

seulement des retards, mais encore des refus de la bonté divine. Du reste, dès à présent, ces refus ne sont pas sans compensations. Aux biens que nous demandons, Dieu substitue d'autres biens, et cela, si mystérieusement, que ce n'est qu'à la longue, et en réfléchissant sur sa conduite à notre égard, que nous pouvons nous rendre compte de l'efficacité de nos prières.

Nous demandons des biens temporels, Dieu les remplace par des biens spirituels. 11 refusera de nous donner la richesse, mais il armera notre âme de courage, dans une vie de sollicitudes et de labeur, plus honorable et plus saine pour notre vertu, que la vie facile oïi nous aurions pu nous amollir et nous corrompre. — Il refusera de nous rendre la santé et de guérir nos infirmités, mais il nous donnera la patience et la résignation qui font mériter les souffrances de cette vie, et peut-être, cet héroïque amour des croix, sous l'empire duquel les âmes saintes s'écrient : « Ou souffrir, ou mourir ! — Jamais mourir, toujours souffrir ! — Douleurs de mon corps et de mon âme, bénissez le Seigneur ! » — Il refusera, malgré nos instantes supplications et nos larmes, de nous conserver des parents, des amis, que nous voudrions retenir en ce monde, mais, en les ravissant à notre amour, il nous

fera comprendre la fragilité des affections terrestres, et la nécessité de nous rapprocher de lui, de nous jeter en ses bras, et de reposer notre cœur, en cet unique et saint amour qui faisait dire à l'Apôtre : « Qiiis nos seperabii a charitate ? ^ Qui pourra nous ravir l'amour de notre Dieu? >) — Nous demanderons en vain, comme ce grand saint, d'être délivrés de l'aiguillon de la chair, et des assauts de l'esprit malin ; Dieu nous répondra : — « Ma grâce te suffit, et cette grâce nous donnera la force de châtier la chair, de la réduire en servitude, et de mépriser les soufflets de Satan ^ ^). — Les délices de la contemplation, le doux repos de la vie spirituelle en Dieu, que nous voudrions obtenir, il ne nous permettra pas d'en jouir, s'il a résolu de ceindre nos reins par ces grâces d'action, où nous puiserons l'audace et le courage de nous dévouer, de nous immoler, en des entreprises magnanimes, pour sa gloire et le salut des âmes.

Non, mille fois non, nos prières ne sont pas inefficaces, même quand Dieu refuse de nous accorder ce que nous lui demandons. Un jour, nous connaîtrons le secret de ses miséricordieuses compensations, nous y admirerons sa sa-

Page 1