‹ La prièreChapitre 117 sur 136 · Matth., cap. VI · texte numérisé non relu

Matth., cap. VI

leçon de respecl humain ? A Dieu ne plaise ! nous ne pouvons recevoir de la vie du Sauveur que de saints exemples et de salutaires provocations au bien. Type parfait de la vie religieuse, Jésus- Christ nous en révèle ici une des plus impérieuses nécessités. Solitaire et silencieux devant la majesté de son Père, il nous rappelle que la première et la plus indispensable condition de la prière, pour qu'elle soit bien faite, est le recueillement. S'il n'a pas besoin pour lui-même d'aller le chercher dans la solitude, parce que son âme ne craint point d'échapper aux embrassements de la divinité, à laquelle elle est personnellement unie, il se fait, pour nous instruire, le représentant de notre faiblesse si facile à se laisser surprendre et entraîner à l'oubli par le tourbillon de la vie extérieure ; il conduit, en sa personne, l'humanité tout entière dans la patrie de ses religieux épanchements.

La solitude peut être fatale à l'âme si elle n'y rencontre qu'elle-même. C'est là que pèse sur nous, plus douloureux et plus terrible, le fardeau de nos misères quotidiennes ; c'est là que se précipitent les tristes souvenirs et les sombres appréhensions ; c'est là que fermentent les noirs projets. Sans conseil, sans consolation et sans soutien, l'âme se sent entraînée, comme par son

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propre poids, vers l'abîme du découragement et du désespoir. Mais si nous ne recherchons la solitude que pour aller à la rencontre de Dieu, notre âme n'est plus abandonnée à elle-même.; elle vit dans la lumière, en compagnie d'un ami qui peut tenir lieu de tout. Rien ne lui pèse, rien ne l'elTraie, rien ne la trouble, parce que le fort la soutient, la rassure, l'affermit. « Je conduirai celui que j'aime dans la solitude, ditle Seigneur, et là je parlerai à son cœur » ^. — La prière, en effet, est le commerce intime de l'âme avec Dieu, et la solitude où l'âme se recueille, est le lien naturel de l'intimité. Quand deux âmes, unies par un mutuel amour, veulent se communiquer leurs secrètes pensées et leurs secrets sentiments, elles s'écartent de la foule, cherchent un lieu tranquille où elles seront bien seules et n'entendront plus qu'elles-mêmes. A.ucun profane ne doit troubler les douces et profondes confidences qu'elles échangent, et après lesquelles elles s'aimeront d'une affection plus solide, plus tendre, plus dévouée, parce qu'elles se connaîtront mieux. Ainsi d'une âme à une autre âme. Mais, de Pâme à Dieu, ne fautil pas des soins plus grands encore, et des pré-

1. Diicam eam in solitudinem ; et loquar ad cor ejus. (Ose., <;ap. 11, 14).

cautions plus délicates ? Ce ne sont pas de petits secrets qu'il s'agit d'échanger. La lumière éternelle, l'amour pur et infini, Dieu, répond à nos pieux épanchements par des communications intimes d'un éclat et d'une grandeur incomparables. Mais pieux épanchements de l'ûme, communications divines, sont choses impossibles, si nous ne nous séparons du commerce tumultueux et indiscret des hommes.

Une âme qui aime la vie mondaine et ses agitations ne saura jamais prier. Si elle donne quelques instants de la journée à ses actes religieux, à ce qu'elle appelle « son commerce avec Dieu «, trop habituée à se répandre, incapable de se recueillir d'esprit et de cœur, elle réduira la prière à de stériles formules.

Non seulement nous devons nous séparer des hommes pour rencontrer Dieu, et nous mettre en rapport avec lui ; à certains égards, nous devons aussi nous séparer de nous-mêmes. La solitude nécessaire à l'Ame priante, Jésus la cherche aussi parfaite que possible. Isolé de la foule, il s'isole de ceux-là même que, pendant sa vie apostolique, il a fait entrer dans son intimité. Les trois disciples choisis qu'il a amenés avec lui au jardin de Gethsémani, Pierre, Jacques et Jean, admis jadis au merveilleux spectacle de la

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transfiguration, sont de trop, près de lui, quand il prie. Il les laisse et, pénétrant plus avant dans le lieu sombre et désert oij. il veut s'épancher, il se prosterne seul, tout seul, devant son Père. Acte significatif par lequel il semble nous dire : 0 homme ! sois bien seul devant Dieu quand tu pries. Sépare-toi de tout, si tu veux rencontrer l'ami céleste que tu cherches, et te mettre en rapport avec lui ; de tout, même de toi-même. De fait, une àme peuplée de trop vifs désirs et de passions immortifiées, une àme attachée immodérément à quelque objet terrestre est une foule dont le bruit et l'agitation troublent l'exercice religieux des puissances de la nature humaine. Il peut y avoir autour d'elle la solitude et le silence, sans que, pour cela, elle soit seule et silencieuse. Les fantômes intérieurs lui tiennent compagnie, les souvenirs de la mémoire l'assiègent, les visions de l'imagination la persécutent, et souvent, sans qu'elle s'en aperçoive, elle parle aux choses dont elle est éprise, au lieu de parler à Dieu. Voulons-nous prier comme il faut ? Bannissons, non seulement les représentations dont le mouvement intérieur peut devenir funeste à notre conscience, mais même le souvenir de nos meilleures affections, s'il peut nuire à nos rapports avec Dieu. Laissons nos amours

terrestres à l'écart, comme Jésus laissa ses disciples les plus chers, et plongeons-nous avec lui dans la parfaite solitude.

Jésus est seul, il attend son lieure. Cette heure doit être si terrible qu'il n'ose pas l'affronter sans avoir invoqué son Père.

Depuis longtemps il est poursuivi par la haine des hommes et de l'enfer. Hérode assiège son berceau et croit avoir pour jamais fait justice de ses droits à la royauté par le massacre des innocents ^ Ce n'est qu'en tremblant qu'il revient de l'exil, et en se cachant dans l'ombre d'une vie humiliée, qu'il échappe à l'attention de ses persécuteurs ^. A peine est-il entré dans la vie publique, qu'il se heurte à l'orgueil et à riiypocrisie des pharisiens. Ils ont deviné le maître qui doit ruiner à jamais le crédit usurpé de leurs fausses vertus. Tout les importune et les irrite dans la personne et la vie du Sauveur; sa simplicité, sa douceur, sa charité, l'élévation de sa doctrine, la splendeur de ses miracles, l'empire qu'il prend sur l'esprit du peuple. Ils le circonviennent, lui tendent des pièges, cherchent à le surprendi-C! dans ses paroles, et à mettre

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