JoA,N., cap. IV
Cependant la forme intérieure et mentale n'est pas la seule forme de la prière; il en est une autre plus répandue et d'un usage plus commun, la forme extérieure et vocale.
Que nous nous servions de la parole pour révéler les secrets de notre âme à ceux qui ne peuvent lire, à travers le voile de notre chair, les pages mystérieuses où sont écrites nos pensées, c'est tout naturel, et c'est pour cela que Dieu nous a donné une langue et des oreilles. Mais Lui, dont la très pure nature serait offensée si nous lui prêtions un corps et des organes, Lui qui s'est moqué d'une manière si souveraine, des idoles qu'avait rêvées le paganisme, Lui, qui est esprit et rien qu'esprit, a-t-il besoin d'un signe sensible pour connaître ce qui se passe en notre âme ? Est-ce que son regard pénétrant n'entre pas jusqu'au fond de notre être ? Est-ce qu'il n'est pas l'invisible témoin des plus impénétrables mystères ? Pourquoi donc lui parler de bouche? Si le prophète entendait nos psaumes, nos hymnes, nos oremiis, nos litanies, ne pourrait-il pas nous dire comme aux prêtres de Baal : « Criez plus fort : Clamale voce majori » ? Votre Dieu converse sans doute avec un autre, ou bien, il est dans sa chambre, ou en voyage, ou certainement il dort, et a besoin d'être
réveillé : « Deiis enim uester forsitan cum alio loquitur, aut in diuersorio est, mit in itinere, aiit certe dormit ut excitetur » '.
Troublante ironie ! La prière vocale ne seraitelle qu'une pratique vaine et superstitieuse, une pratique tumultueuse qui dérange les opérations de notre âme et la retire de la contemplation des choses divines ? Enfin, une pratique indiscrète qui trouble le religieux mystère de notre dévotion ?
Gardons-nous bien de penser ainsi. Non, certes, Dieu n'a pas besoin d'être réveillé par le bruit de nos paroles. Une pensée, un désir, un élan de notre âme, ont le pouvoir d'attirer son regard et de fixer sur nous sa bienveillante attention. C'est pourquoi nous lisons fréquemment dans les saintes lettres, qu'il écoute les pensées, et exauce les désirs du cœur. « Je prierai d'esprit, je prierai mentalement, disait saint Paul à ses fidèles : Orabo spiritu, orabo et mente » -. Croire que Dieu nous oublie, et que nous cessons de lui être présents, parce qu'il n'entend plus le bruit de notre voix, ce serait une grossière erreur. Tout bien considéré, il semble que les actes religieux d'une âme silencieuse et recueillie, sont