Cf. Luc, cap XIV
Quel roi généreux et libéral ! Trop éprise, peut-êfcre, de l'égalité des droits, la conscience publique demande, avec d'impatientes clameurs, des pouvoirs libéraux, c'est-à-dire des pouvoirs qui permettent à toutes les classes d'approcher, et laissent à toutes les justes réclamations un accès facile ; des pouvoirs populaires qui sachent ne pas résider dans un ciel inaccessible, toujours entourés des constellations de la richesse et de la puissance, mais se pencher sans dégoût vers les humbles et les petits, et mêler, sans se dégrader, leur vie sublime à la vie triviale du peuple. Est-ce que cela est possible ? Est-ce que les rigoureux préjugés du rang et de l'étiquette ne triomphent pas toujours, ou presque toujours, de la bonne volonté ? D'où que soient partis les pouvoirs, ils tendent à s'isoler de la plèbe. Les riches et les puissants ont seuls une porte ouverte pour recevoir à temps, comme l'antique Sérapis, les baisers du soleil. Nous ne sommes plus aux jours des pieuses débonnairetés du roi saint Louis. Les chênes de Vincennes, sous lesquels il venait entendre les supplications du peuple, ne sont plus que des reliques. Mais Celui par qui régnent les rois. Celui sans qui les pouvoirs ne sont rien, ne se laisse pas prendre dans les filets de nos pré-
jugés. Nous l'avons dit tout à l'heure, il appelle tout le monde, il reçoit tout le monde, il écoute tout le monde. 0 mon Dieu 1 ô Roi des rois ! ô majesté incomparable ! ô bonté vraiment libérale 1 vous ne rougissez pas des petits de la terre ! Les anges, vos gardes d'honneur, ne retiennent pas sous de froids portiques ceux que nous appellerions, ici-bas, la populace. Elle entre à grands flots dans la salle même du trône, et jusqu'en ce mystérieux sanctuaire où vous vous faites intime. 0 mon Dieu, merci pour les petits î
Ainsi donc, la qualité personnelle, si elle n'est que purement extérieure, ne compte pour rien aux yeux de Dieu. Bien plus : s'il y a dans la vie spirituelle une classe de grands seigneur», une aristocratie, c'est l'aristocratie des petits et des humbles. Entendons-nous bien. Nous n'avons pas l'intention de flatter le menu peuple au détriment des grands ; mais une chose nous frappe, en méditant l'Évangile, et en l'appliquant au sujet que nous traitons : C'est que tout ce qui est humilié et petit entre plus profondément que quoi que ce soit dans l'intimité divine. (J-uel est le grand seigneur du ciel ? (Juel est celui qui, homme comme nous, a été appelé au partage de l'universelle royauté de Dieu ! — Jésus-
Christ, le Verbe anéanti jusqu'à la forme de l'esclave, Jésus-Christ, « le riche sublime qui s'est fait pauvre pour nous : Qui ciim clives esset pro nobis egeniis faclus est » ^ : pauvre clans l'étable de la nativité, pauvre dans l'exil, pauvre dans l'ombre de sa vie ouvrière, pauvre dans les pèlerinages de sa vie apostolique, pauvre sur la croix, où dépouillé de son dernier vêtement il laissa voir au monde sa chair nue et martyrisée, Jésus-Christ, le lépreux méprisé que le prophète appelle le dernier des hommes : Novissimum virqrum » -. Si nous appliquons à l'ordre spirituel la loi des convenances sociales, il est évident que les pauvres, les petits, les humbles, sont les courtisans naturels de Jésus-Christ, ses plus parfaits adorateurs, ses solliciteurs les plus puissants, enfin les grands seigneurs, les aristocrates de la vie chrétienne.
Qui est grand seigneur, ici-bas ? — Les princes du sang. Or ce sont les petits et les humbles que Jésus-Christ a appelés « les fils de l'époux : Filii sponsi » ^. C'est aux petits et aux humbles qu'il a dit: « Mes petits enfants, je suis encore