Ps., L. Miserere mei, Deus, etc
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qui se comprend. C'est par le repentir et la pénitence qu'il se prépare à la prière. Mais pourquoi ne parler que du pécheur ? Ne devrionsnous pas dire : C'est par le repentir et la pénitence que nous nous piéparons tous à la prière? Car si nous ne sommes pas en disgrâce, nous ne devons pas, pour cela, nous estimer dignes d'approcher de Celui dont la sainteté infinie épouvanterait les anges, sil ne les affermissait en sa présence par un don gratuit de sa libéralité. Il y a toujours en nous quelque chose qui nuit à la perfection de nos rapports avec Dieu ; toujours quelque chose qui nous avertit des premières atteintes du péché ou nous rappelle ses antiques ravages ; toujours quelque chose qu'il faut purifier. La pénitence a ce merveilleux pouvoir. Elle pénètre au fond même de notre nature, la saisit tout entière, la retourne, la dégage, la façonne, la transforme jusqu'à ce que Dieu, content de ce travail intime, veuille bien nous faire sentir qu'il oublie sa justice pour ne plus songer qu'à sa miséricorde. Alors les troubles, les inquiétudes, les angoisses, qui letenaient nos prières captives, se dissipent, et font place à une confiance toute filiale. L'esprit châtié et le cœur humilié ne craignent plus d'être méprisés dans leurs vœux. La chair elle-même,
apaisée et réduite, laisse passer sans violence notre âme joyeuse et empressée de s'unir à Celui qui l'appelle. Enfin, la pénitence prépare la prière.
Aussi, la voyons-nous apparaître en symbole ou en acte, au seuil de toutes les liturgies. La l^i judaïque préparait les adorateurs du vrai Dieu par des lustrations, des rites expiatoires et l'abstention des voluptés charnelles. Les païens eux-mêmes n'étaient pas étrangers à ces pratiques sacrées. Tous leurs rituels nous révèlent que cette grande et salutaire pensée était demeurée vivante au milieu de l'erreur: — L'homme pécheur ne peut s'approcher de Dieu et le prier qu'il ne soit préparé par la pénitence. Le sacrifice, acte fondamental de tout culte religieux, était-il autre chose qu'un drame pénitentiaire ouvrant à l'âme humaine des chemins sanglants vers la divinité qu'elle implorait ? N'était-ce pas le désaveu public de l'iniquité, la purification solennelle du peuple préparant ses louanges et ses supplications ?
Les cultes antiques ont fait place à une loi nouvelle, mais la vérité demeure. Plus parfaite que toutes les sociétés religieuses, parce qu'elle a reçu les promesses du ciel ; plus jalouse de la gloire de Dieu, parce qu'elle est sortie de son
sein ; plus inquiète du salut des hommes, parce qu'elle est leurmère, l'Eglise s'est montrée dure à son origine, afin de faire prévaloir la sainteté de son culte, et de donner aux siècles futurs une solennelle et terrible leçon. C'était sous les portiques du temple qu'elle enchaînait publiquement les pécheurs, leur défendant l'entrée des lieux sacrés, jusqu'à ce qu'ils se fussent rendus dignes par leur repentir et leurs expiations, de prendre part à la prière commune. Aujourd'hui notre délicatesse serait épouvantée d'une si profonde humiliation ; cependant l'Eglise n'a rien changé à l'ordre sacré des faits, bien qu'elle ait adouci la discipline. C'est toujours par des jeûnes, par des abstinences, par des humiliations, qu'elle fait précéder ses grandes solennités. Si notre faiblesse augmente et invite sa maternelle condescendance à des adoucissements, son esprit demeure inflexible et maintient la pénitence comme préparation à l'union mystérieuse de notre âmeavecDieu, par la prière. Chaque jour, même, elle fait vivre sous nos yeux cette loi sainte. Regardez bien ce que fait le prêtre avant de commencer les prières sublimes du sacrifice eucharistique. Marchc-t-il d'un pas ferme et tranquille vers le Saint des Saints ? S'appuie-t-il soudainement sur la pierre consacrée qui doit
recevoir les offrandes ? Dit-il avec une téméraire audace : Me voici, et je vais à vous sans crainte, ô mon Dieu, parce que je suis prêtre ? — Non. Il sent qu'il est pêcheur lui-même, et qu'il porte sur ses épaules le fardeau des iniquités publiques. Il s'avance d'un pas grave et timide, ir s'arrête au marchepied de Faulel, il se marque le front, la poitrine, le cœur, du signe de la grande expiation, et il s'écrie : '< J'entrerai tout à l'heure à l'autel de Dieu : Inlroibo ad altare Dei. Tout à l'heure, car je suis indigne, et l'humanité que je porte n'est pas encore purifiée. — Jugez-moi, ô Seigneur, jugez-moi, et éclairez ma cause... Vous êtes ma force, et pourtant, pourquoi m'abandonnez-vous ? pourquoi me faites-vous marcher dans la tristesse pendant que l'ennemi de tout bien m'afflige ? Hélas ! je suis dans les ténèbres du péché, mais envoyez la lumière de votre sainte vérité, elle me retirera des ombres, et me conduira sur votre montagne sainte, et près de vos tabernacles. Mon âme, mon âme, pourquoi es-tu triste, et pourquoi te troubles-tu ? Espère donc en Dieu ; tout à l'heure nous serons dignes de chanter sa gloire, va, ne crains rien, c'est notre Sauveur et notre vrai Dieu » *. Et
1. Voyez prières du commencement de l'ordinaire de la messe. (Ps., xlii. Judica me Deus, etc.)
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puis il s'incline comme s'il était accablé, il se frappe le cœur comme, pour en chasser l'iniquité qu'il accuse, il écoute l'aveu collectif de l'Eglise qu'il représente, et ce n'est qu'après avoir foulé aux pieds ses péchés et ceux du peuple chrétien, qu'il ose s'approcher du Saint des Saints, et commencer les prières de la messe. Nous ne pouvons nous unir à toutes ses actions, fondre notre voix dans sa voix, notre cœur dans son cœur, qu'après avoir appris de lui que la pénitence est le portique de la prière, comme le recueillement en est le temple.
Nous avons déjà répondu à cette importante question : Comment faut-il prier ? Il n'est pas nécessaire que nous nous appliquions à produire dans notre âme des dispositions extraordinaires, il suffit que nous supprimions les causes, et écartions les obstacles qui, de près ou de loin, influent d'une manière funeste sur le commerce sacré de notre âme avec Dieu.
Cela fait, nous ne sommes plus mauvais. Cependant l'efficacité de notre prière n'est pas encore définitivement assurée. Quelle sera notre attitude en présence de l'infinie majesté qui nous appelle ? Comment invoquerons-nous la souveraine puissance dont dépend l'accomplissement de nos vœux, et l'adorable bonté qui ne demande qu'à nous servir ? Enfin, combien de temps demeureront suspendus, par les réponses de la miséricorde divine, les désirs de notre
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cœur? Autant de questions qui nous rapprochent de l'acte même de la prière, et qui sollicitent nos religieuses observations.
A la première de ces questions, saint Thomas répond : « La prière doit être humble : Ut sil humilis ». A la seconde : « La prière doit être pieuse : Ut sit pia ». A la troisième : » La prière doit être persévérante : Ut fiat perseveranter » 1. Sans humilité, sans piété, sans persévérance, nous prions mal, mate petimus, et Dieu peut, sans injustice, se refuser i\ nos instances -.
Prier, bien prier, c'est, pour un certain nombre de personnes, multiplier les formules, triturer les paroles, apporter dans le commerce de l'âme avec Dieu cette intarissable faconde qui entretient, active et prolonge démesurément nos conversations ; c'est accompagner tout cela de soupirs, de gémissements, inclinations, génu-
1. Cf. SuMM. Theol., Il" II" P., quaest. lxxxiii, ar. 7 ad 2 ; 15. ad 2 ; 16. 1, quœst. lxxxi, a. 15 c.
2. Pelilis, el non accipitis, eo quod maie pelalis. (.Iac, cap. IV, 3).
LES QUALITÉS 22o
flexions, processions, pèlerinages, manifestations, enfin c'est dépenser au dehors toute sa force religieuse, si bien qu'il n'en reste plus aux profondeurs de l'âme où Dieu habite, où il se fait entendre, où il arrive à converser avec nous. Cette infirmité est commune aux femmes ; toutefois, il y a des hommes qui sont femmes sous ce rapport.
Certes, nous ne sommes pas ennemis des formules ni des actes extérieurs par lesquels nous offrons à Dieu l'hommage de nos sens et de notre vie organique ; mais ces choses doivent être au service de la pensée et du sentiment religieux. Si l'âme profondément pénétrée et saintement émue, ne les vivifie, ce ne sont plus que des mouvements extravagants, une croûte épaisse sous laquelle l'ignorance vit d'illusions, ' un masque trompeur, sous lequel peut respirer l'hypocrisie.
Dieu ne tient aucun compte de ces apparences pour juger la valeur intrinsèque de nos prières, mais tient-il compte des qualités personnelles de celui qui prie ? — Entendons-nous. Dieu tient compte de toute qualité personnelle qui résulte du concours de sa grâce dans notre vie. Plus nous sommes riches de ses dons, plus il est prêt à nous écouter et à nous exaucer. Le monde
des oranles se compose de degrés qui se rapprochent de plus en plus de la perfection infinie, et, à chaque degré la prière devient plus expressive, plus sainte et plus puissante. Marie, qui se tient debout auprès du trône de Dieu, prie plus efficacement que toutes les créatures ; les saints se font mieux entendre que nous ; enfin, sur cette terre même, il y a une hiérarchie priante dont la force mystique se mesure sur le développement de la grâce *. Donc Dieu tient compte de la qualité personnelle de celui qui prie, quand cette qualité résulte du concours de sa grâce ; mais la qualité purement extérieure, il la méprise.
Les pauvres, les mendiants, les ignorants, les méprisables, les abjects selon le monde, Dieu reçoit tout cela dans le royal palais de sa miséricorde, et à la table somptueuse où l'humanité vient prendre le festin de ses dons. Non seulement il reçoit, il appelle. N'est-il pas dit dans l'Évangile qu'il envoie ses serviteurs aux coins de rue, dans les carrefours, pour ramasser ceux qui s'y tiennent et implorent la pitié publique? « Allez, dit-il, faites-les venir, poussez-les devant vous, et pressez-les d'entrer: Compelle intrare»-.
1. Virlusi'erœ oralionis est celsitudo cliarilalis. (S. Greoor., llomil. 27;.