‹ La prièreChapitre 77 sur 136 · PSALM., CXVIII · texte numérisé non relu

PSALM., CXVIII

tous, je tremblerais de tous mes membres, et me regarderais comme un homme jugé.

Que conclure de là ? Quil ne nous est permis de demander aucun bien temporel ? Nous ne disons pas cela. Les biens temporels peuvent être la vaine récompense d'une vaine vertu que Dieu dédaigne, et devenir, entre les mains des pécheurs, des instruments d'iniquité. Mais, parce qu'ils ont dans un ordre supérieur une cause et un exemplaire, ils peuvent concouiir à la perfection et à la béatitude finale de l'homme. Le Sauveur, dans l'admirable prière qu'il nous a enseignée, nous apprend à demander notre pain quotidien et la délivrance des maux de cette vie, en même temps que la sanctification de son nom, lavènement de son règne, l'accomplissement de sa sainte volonté et le pardon de nos fautes. Nous pouvons donc demander les biens temporels, en ayant soin de les ordonner intentionnellement au but suprême de notre vie, et de faire, à cet égard, le parfait abandon de notre volonté à la sainte volonté de Dieu '.

1. Respondeo diccndiim ijuod sicul Augiitilinuii dicil ad Pro- KAM, DE ORANDO Delm, i'pist . 130, ol. J2J, cup. 12 : Hoc licel orare quod licel deïridernre. Teniporalia aiilem licel desiderure, non i/iiidem prineipaliler, ul in cis finem consliiuannis, sed sicul quwdam adminicula, quibuti adjuvamur od Icndendum in heiili- Indincm, in quanlum acilicel per eu vila corporalis suslenluliir

l'objet 279

Un poète de l'antiquité, après avoir flagellé dans une sanglante satire les vœux téméraiFes de ses concitoyens, et démontré les inconvénients de la richesse, de la puissance, de la beauté, s'écrie : — « L'homme ne devra donc rien désirer ? — Crois-moi, laisse aux dieux le soin d'apprécier ce qui nous convient, ce qui peut nous être utile. Nous demandons ce qui plaît, ils donneront ce qu'il faut. L'homme leur est plus cher qu'il ne l'est à lui-même » *.

Ces belles et nobles paroles sont du païen Juvénal. Surnaturalisons-les en ne demandant les biens temporels que pour obtenir le bien spirituel par excellence, le salut de nos âmes, et en nous soumettant, plus par amour que par

et in quantum nobis organice deserviunl ad actus virlulum, ut eliam PhilosopJius dicit in 1 Ethic , cap. 8, ad fin. Et ideo pro teniporalibus licet orare. Et hoc est cjuod Aiigustinus dicit ad Probam, loc. cit. cap-. 6 et 7 ; çuod sufficientam vitee non indecenter vult quisquis eam vult, et non ampliua ; quee quidem non appelitur propter seipsam, sed propter salulera corporis, et congruentem habitum personse hominis, ut non sit inconveniens eis cum quibus vivendum est. Ista ergo cum habentur, ut teneantur ; cum non habentur, ut habeantur orandum est. (Summ. Theol., IP U"^ P., quœst. Lxxxni, a. 6.) 1. Nil ergo optahunt homines ? si consilium vis,

Permutes ipsis expendere numinibus qiiid

Conveniat nobis, rebusque sil utile nostris.

Nam pro jucundis aptissima quœque da:buni Dei.

Carior est illis Jiomo quam sibl...

JuvENAL, X. Vota.

raison, à la très sage et très sainte volonté do Dieu.

Nous pouvons demander à Dieu la santé, car la santé est un reflet lointain de réternelle 'jeunesse qui nous est promise dans les cieux. C'est le trésor du travailleur, l'espérance de la famille, la joie de la vie, la condition du bien et des grandes œuvres, l'instrument des nobles dévouements ; c'est ce qui conserve à notre amour des existences chères : « La santé vaut mieux que tous les trésors des rois » •. Nous la demanderons donc, mais à la condition qu'elle ne deviendra pas la criminelle ennemie des nobles et et pures aspirations de notre âme, et que nous la dépenserons toute au service de Dieu ; à la condition que Dieu n'aura pas décrété de nous purifier ici-bas^ de nous sauver par le martyre de la souffrance, et de faire de nous, pour l'exemple de nos frères et de nos amis, des hosties de la douleur, des crucifix vivants.

Nous pouvons demander une longue vie, car une longue vie peut se remplir de vertus et de mérites. Il est beau et salutaire pour les hommes d'avoir sous les yeux ces vieillesses couronnées

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