Matth., XXV
amis : « Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume de paix qui vous est préparé depuis l'origine des siècles ».
Le dimanche est venu : L'homme a dépouillé ses habits de travail, et se présente à Dieu transfiguré dans un nouveau vêlement ; ainsi, pour la fête éternelle, il se dépouillera des haillons de sa mortalité, et entrera revêtu d'une chair incorruptible au lieu de son repos.
Le dimanche est venu : L'homme, par la prière et la méditation, se rapproche de Dieu, afin de le mieux connaître ; à la fête éternelle, l'essence divine elle-même, débarrassée des voiles jaloux qui nous cachent sa vision en cette terre d^exil, l'essence divine elle-même se révélera à notre intelligence ravie.
Le dimanche est venu : Tous les cœurs Qt toutes les voix se confondent dans un même amour et un même cantique ; ainsi, dans la fête éternelle, nous aimerons ensemble, nous louerons ensemble, nous chanterons ensemble : Saint, saint, saint, est le Seigneur.
Le dimanche est venu : Sur un même autel est préparé le festin du peuple chrétien ; ainsi, à la fête éternelle, dans un même Dieu, nous puiserons la même vie.
Le dimanche est venu : Le peuple assemblé
s'épanche, s'admire, s'édifie ; ainsi, à la l'été éternelle, tous les peuples réunis se raconteront leurs bons combats, et se féliciteront de leur bonheur.
Le dimanche est venu, le dimanche est fini ; mais la fête des cieux ne finira pas. Nous verrons, nous aimerons, nous louerons, nous jouirons, nous nous reposerons, toujours, toujours !
0 fête éternelle! bonheur sans déclin! repos sans trouble! nous vous attendons, nous soupirons vers vous pendant les haltes sacrées qui coupent ici- bas notre pèlerinage, nous nous préparons par la prière aux louanges du ciel ; mais il en est d'autres qui marchent sans trêve, consumant tous leurs jours dans une agitation insensée. En vain Dieu les appelle et leur crie : arrêtez ! pensez à moi, regardez-moi, adorezmoi ! Ils sont toujours empressés de fêter un dieu barbare qui dévore les forces de leur corps et de leur âme; c'est Mammon, la plus universelle représentation de Satan dans notre siècle d'industrie, d'affaires, d'agiotage. Ses temples sont l'usine, le magasin, la boutique, les places publiques et les rues; ses prêtres sont les spéculateurs aux desseins hardis, à la conscience cautérisée, aux entrailles impitoyables; ses victimes sont des légions d'hommes, de femmes et d'en-
fants, qui portent dans leurs flancs des infirmités précoces et meurent prématurément; ses cantiques sont les hoquets de la vapeur, le bruit retentissant des pistons, le grincement des courroies, le ronflementdes cylindres et des rouages, le roulement des chariots, le cliquetis des marteaux, des tenailles et des pinces, les soupirs, les gémissements, les plaintes, les imprécations, les blasphèmes ; sa fête, il n'en a qu'une, c'est un travail sans merci. Il pousse au mépris de votre loi sainte, ô Dieu bienfaisant et miséricordieux! et à la profanation de votre jour sacré ; « il attire votre colère sur Israël en violant votre sabbat : A ddiiis iracundiam super Israël violando sabbatiim » *. Votre colère, vous nous en avez menacés, et chaque jour, vous nous en donnez, hélas ! des preuves terribles. Nous la voyons éclater dans les maux qui nous affligent, et dans ceux que l'avenir tient suspendus sur nos têtes. Mais les fléaux de la nature ne sont rien, en comparaison des fureurs qui grondent au cœur d'un peuple habitué depuis longtemps à la plus scandaleuse des prévarications. Plongé dans l'ignorance de ses devoirs et de ses destinées, âpre au gain qui refuse de récompenser ses labeurs incléments, et toujours prêt, au pre- 1. II EsDR., cap. xiii, 18.
mier signal des révolutions, à coucher sur l'autel où sa vie se consume, les sacrificateurs avides qui l'immolent. Maîtres des peuples, patrons des ouvriers, c'est vous qui avez fait cela. C'est vous qui avez attiré la colère de Dieu sur Israël en violant ou en faisant violer le sabbat. « Additis iracLindiam super Israël violando sabbaium ». Frappez votre poitrine et rendez au Seigneur ce qui lui est dû, si vous voulez que la main de sa justice s'arrête au seuil de vos empires et de vos demeures.
Et nous, chrétiens, rentrons en nous-mêmes, et voyons quelle part nous avons prise à la prévarication malheureusement si générale qui contriste l'Eglise ; demandons à nos mains si elles sont pures de tout travail sacrilège ; rappelons-nous que le jour du Seigneur ne doit pas être employé dans une oisiveté malsaine qui remplace la prière et les œuvres saintes par les plaisirs.
Le repos du dimanche est un bienfait ; profitops-en pour réparer nos forces, mais aussi pour remplir les devoirs de notre sacerdoce dans la nature, pour adorer Dieu et chanter ses louanges, pour célébrer nos saintes origines, pour manifester notre fraternité chrétienne, et pour préparer, dans la fête de chaque semaine, la fête éternelle qui nous attend.
Dieu, en se réservant un jour de la semaine, consacré à son culte et à la prière, ne nous a point donné congé d'oublier ce devoir sacré pour le reste du temps. Il y a, nous l'avons dit plus haut, dans nos journées, des heures et des actions, dans tout le cours de notre vie, des besoins, des circonstances et des événements qui invitent notre âme à s'élever vers Dieu, et lui font un devoir de recourir à sa paternelle bienveillance.
Dieu est toujours prêt à nous faire du bien, mais nous ne savons pas ouvrir notre âme, aussi souvent qu'il le faudrait, pour profiter de son infinie libéralité. Que de fois, si nous étions plus attentifs à notre condition dépendante et besoigneuse, à nos devoirs, à nos véritables intérêts, nous entendrions retentir au fond de notre âme
ce mystérieux appel : « Hora est ! C'est l'heure de prier ! »
Hora est : C'est l'heure 1 quand la nature entière s'éveille pour saluer l'aurore, ses tressaillements, ses doux murmures, ses chants d'allégresse, nous invitent à bénir le Dieu clément qui ajoute un jour nouveau aux jours de notre vie. N'est-ce pas un devoir pour nous d'obéir à cette religieuse invitation, de réunir, comme en une gerbe de prémices, les pensées, les désirs, les projets, les actions qui doivent remplir le cours de notre journée, de les offrir à Dieu, et de lui demander qu'en les préservant de toute déviation, il les dirige selon ses saintes lois, et les ordonne à sa plus grande gloire, ainsi qu'au plus grand bien de nos âmes !
Hora est ! C'est l'heure ! quand il s'agit de dépenser les forces de notre esprit ou de notre corps au travail quotidien. Si noble ou si humble que soit notre triche, nous avons besoin que Dieu la surveille et nous y vienne en aide, soit pour nous préserver de tout accident fâcheux, soit pour soutenir notre courage, mais bien plus,
pour grandir et rendre profitables à notre salut et à notre gloire éternelle des actes qui, sans sa bénédiction et sa grâce, demeureraient vulgaires et sans mérite pour le ciel. Les offrir à Dieu par la prière; c'est les sanctifier et les élever ainsi au-dessus de l'utilitarisme rampant et grossier dont se contentent malheureusement tant de travailleurs.
Hora est ! C'est l'heure ! quand nous allons prendre la nourriture qui doit soutenir ou réparer nos forces. Que Dieu la bénisse afin qu'elle nous soit bonne et salutaire. Que sa bénédiction nous préserve des excès auxquels pourrait nous entraîner la convoitise de la chair. Et puisque c'est lui qui nous la donne, remercions-le de sa paternelle bienfaisance, comme le remercient les oiseaux du ciel qui chantent sa providentielle libéralité, après qu'ils ont reçu de lui leur pâture quotidienne.
Hora est ! C'est l'heure ! quand les ombres de la nuit nous invitent au repos. Avant de nous endormir, demandons pardon à Dieu de tout ce qui a pu lui déplaire et l'offenser dans les actions de notre journée. Qu'il veille sur nous pendant que nous reposons ; car notre sommeil, autour duquel ceux qui veillent retiennent leur
respiration et étouffent leurs pas, notre sommeil, l'ange des ténèbres ne le respecte pas. Il sait bien, cependant, que, perdant conscience de ce qui se passe en nous, ou plutôt, n'ayant plus la volonté de vouloir, jusqu'à devenir coupables, nous échappons à toute responsabilité. C'est égal, il déploie toutes les ressources de son infernale magie. Il trouble de son souffle impur les vapeurs incertaines qui circulent en nos membres et nos organes, et les fait remonter en rêves malsains, vers notre àme caplive. Peut-être qu'à notre réveil, il nous restera quelque odieux souvenir, c'est tout ce qu'il veut. Que Dieu réfrène son action malfaisante et le confonde. Mais surtout, qu'il nous préserve, dans l'état d'inconscience où nous sommes, du sournois et lugubre embrassement du sommeil et de la mort, ces deux jumeaux du péché.
Hora est : C'est mainte fois l'heure de prier dans chacun de nos jours, c'est souvent l'heure aussi dans tout le cours accidenté de notre vie. Reportons-nous à ce que nous avons dit plus haut^, de la pauvreté de notre nature et de la nécessité de l'assistance de celui qui est la source de tout bien. Notre travail, nos intérêts,
l.Cf. Chapitre II.
les sollicitudes de la famille, les difficultés que nous rencontrons dans nos rapports avec nos semblables, les dangers qui nous menacent, nos projets, nos espérances, nos déceptions, nos revers, les exigences de notre vie chrétienne, que de situations, de circonstances, d'événements, nous pressent de faire appel à la bénédiction et à la grâce de Dieu ! Mais, en la vie de tout homme, et surtout de tout chrétien, il est des heures où la prière devient plus impérieusement un besoin et un devoir, comme nous Talions voir.