‹ La prièreChapitre 94 sur 136 · Ant. Salue Regina · texte numérisé non relu

Ant. Salue Regina

Sans doute, Dieu ne nous demande pas d'étouffer les soudaines explosions de la nature tourmentée, souvent plus fortes que tous les courages. Bien plus, il nous permet de chercher autour de nous des remèdes aux maux de notre corps, des consolations aux peines de notre âme. Mais il ne veut pas que nous oubliions qu'il est le médecin et le consolateur suprême, et que nous sommes ses enfants. Si nous étions bien pénétrés de la pensée de sa douce et tendre paternité, les premiers coups de la douleur seraient pour nous un avertissement dans lequel nous entendrions cette parole : « Hora est » ; C'est l'heure de prier.

La science et l'habileté des hommes peuvent soulager nos infirmités, guérir nos maladies, conjurer les crises funestes qui menacent notre vie ; mais combien plus sûre et plus efficace est leur action, si Dieu lui vient en aide par sa grâce ! N'avons-nous pas mille exemples de son intervention bienfaisante ? Et s'il le juge utile à sa gloire et à notre salut, en dépit des pronostics et des arrêts de la science humaine, ne peut-il pas aller, ne va-t-il pas jusqu'au miracle pour protéger notre vie contre les envahissements de la mort ? — Adressons-nous donc à lui, avant de recourir aux hommes ; assurons-nous par la

prière le concours de sa grâce. S'il ne juge pas à propos de guérir notre corps, il fortifiera notre âme par une mystérieuse onction de courage, de résignation, de patience, qui rendra la douleur moins âpre et moins cruelle, et la pénétrera de mérites pour le temps et pour l'éternité.

D'autre part, quand c'est l'âme qui souffre, nos yeux suppliants cherchent un ami, et font parler leurs larmes pour lui dire : — Veux-tu pleurer avec moi? — « Alors, dit le vieux Pline, nous éprouvons une sorte de volupté à souffrir, dès que nos larmes tombent dans le sein de celui qui nous aime : car là, il y a toujours encouragement et indulgence » K Toutefois la consolation humaine ne nous procure qu'un allégement passager, après quoi nos maux deviennent plus cuisants et plus insupportables. La consolation humaine, c'est la perle de rosée qui tombe dans le calice d'une fleur languissante, après de longs jours de sécheresse, mais non la pluie bienfaisante qui baigne sa racine et lui rend la vie. — La consolation humaine, c'est la goutte d'eau que le cerf rencontre dans le creux d'un rocher, mais non l'onde courante où il se plonge et se réconforte. — La consolation humaine, c'est

1. Est qiixdam dolendi voluptas, prœserlim si in amici sinu defïeas, apud quem vel laus sil parata, vel venia. (Lib. viiij.

une nuit froide et étoilée, mais non le jour, avec sa pleine lumière et sa douce chaleur.

Et puis, il y a des douleurs intimes près desquelles les hommes sont impuissants. Jésus- Christ, dans son agonie, a cherché la consolation près de ses apôtres ; ne l'ayant pas trouvée, car ils ne comprenaient rien à l'excès de ses maux, il a eu recours à Celui qu'on nomme le Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation. Comme il Tappelle en son âme désolée :

— Père 1 Père I — C'est ainsi que doit faire l'âme chrétienne. Dieu seul suffit à sa douleur. Dieu seul peut la calmer. Elle limplore, et aussitôt, elle croit entendre, au milieu des tempêtes qui l'agitent, comme une céleste harmonie. Ses puissances inférieures sont dans le trouble, mais doucement émues par le souille de Dieu, ses puissances supérieures frémissent et chantent, comme les cordes d'une harpe abandonnée que la brise caresse. Elle souffre, mais la parole intime de Dieu, répondant à sa prière, descend en elle comme une onction sacrée qui noie la douleur dans des Ilots de mystérieuse suavité. Elle souffre, mais les anges qui l'ont entendue viennent lui dire au nom de Dieu : « Euge ! Eu(je !

— Courage ! Courage ! âme bonne et fidèle ! » Elle souffre, mais son Maître, son Sauveur, son

Jésus agonisant, accourt à son appel, s'approche, l'embrasse, et la presse avec amour sur son cœur martyrisé. Elle souffre, mais la grâce lui fait comprendre que ce n'est que pour un temps. L'éternité est devant elle, elle y voit un « poids immense de gloire, récompense de ses tribulations passagères» i. Elle souffre, mais elle s'écrie joyeusement : « Dieu qui console les humbles, nous a consolés : Qui consolaiur humiles consolatus est nos Deus » -.

Hora est : C'est encore, c'est surtout l'heure djc prier, quand nous avons reçu de Dieu quelque grand témoignage de sa bonté. Nous avons recours à lui aux heures où nous sentons le besoin de ses lumières, de son assistance, de ses paternelles libéralités, de ses consolations. S'il nous exauce, n'avons-nous plus rien à lui dire ? — N'a-t-il pas droit à la prière de notre cœur reconnaissant ? — Pouvons-nous connaître ses dons, sans les reconnaître, c'est-à-dire sans les retourner à leur principe sous la forme d'un acte libre ? — Parce que cet acte libre est une réponse gracieuse de notre âme à un acte gracieux, nous l'appelons l'action de grâces.

1. Qaod est momenianeum et levé Iribiilationis nostr3e...œternum glorise pondus operalur. (II Cor., cap. x, 17).

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