Lipsius, AAG., IT, p
que, nulle part, au cours des écrits, en somme considérables, que nous avons conservés de lui, il ne dise un mot qui fasse supposer que Pierre est venu mourir à Rome, on a peine à le comprendre. Notre apologiste a vécu dans la Ville; il en a, de toute évidence, fréquenté l’Église ; comment aucune allusion ne vientelle sous sa plume, à ce qui devait être le plus beau titre de gloire de la communauté romaine? C’est là toujours l'argument à silentio; sans doute; mais estce que Justin ne devait pas nommer Pierre à propos de Simon, s’il avait eu, si la chrétienté romaine de son temps avait eu connaissance que l’Apôtre eût écrasé le Samaritain dans la Ville? Et n’était-il pas naturel de dresser le glorieux tombeau du martyr en face de la statue du saltimbanque? C’est pourquoi le silence de Justin me paraît peser d’un poids très lourd. Celui d’Irénée n'est guère plus léger. Entendons-nous, l'évêque de Lyon et nous avons déjà examiné la valeur de son assertion, affirme bien que Pierre et Paul ont prêché à Rome et qu’ils y ont enraciné la vérité! ; quand il veut donner comme l’étalon et la norme de la tradition certaine, il les va chercher dans la foi de cette Église romaine issue des deux grands Apôtres?, mais il ne dit pas qu'elle ait été illustrée par leur mort. Quand il donne la liste épiscopale de Rome, voici en quels termes il en marque le début : « Donc, fondant et instruisant l'Église, les glorieux Apôtres transmirent à Linus les fonctions de
4 Haer., Ul, 4, 2. 2. Haer., IL, 3, 2.
l'épiscopat!. » Est-il admissible qu'il n’ait pas d’abord montré quel lustre le double supplice de ses fondateurs ajoutait à l’Église modèle, et même, qu’il n'ait pas indiqué dans quelles tragiques circonstances Linus avait pris la succession de Pierre et de Paul? Iln’avait absolument pas besoin de le dire, pas plus que Justin? C’est contestable et enfin, si le concours de témoignages positifs aussi évidemment vagues que ceux de Clément ou de Denys, semble de nature à fonder une conviction, le concours de silences aussi fâcheux que celui de Justin et celui d’Irénée, peut bien donner quelqu’inquiétude.
On a cru parfois trouver une certitude, touchant la mort de Pierre à Rome, dans un écrit qui n’est pas, à la vérité, de très bon aloi, mais qui pourrait cependant enfermer des faits exacts ; on le nomme L'Ascension d'Isaïe et on le range parmi les apocryphes du Nouveau Testament?. Voici ce qu’on y lit : « Et... descendra Béliar, le grand maître, le roi de ce monde. et il descerdra de son firmament, sous la figure d’un homme, d’un roi injuste, d’un meurtrier de sa mère...