Lipsius, AAG., II, p
3. J'ajoute d’ailleurs, en passant, que je ne le trouve pas beaucoup meilleur en ce qui regarde Paul.
chercher une preuve, que nous n’y avons pas découverte, de la venue de Pierre à Rome; nous y chercherions tout aussi vainement un mot qui confirme l'hypothèse de la mise à mort de l’Apôtre dans le même lieu. En revanche, on en pourrait relever un qui semble l’exclure : « Ils étaient libres et moi, jusqu'ici, je suis esclave. » Sans doute le sens ne s'impose pas avec une évidence décisive et il peut être figuré, exprimant, sous une forme assez amphigourique, l'idée de la préexcellence des Apôtres dégagés des liens de la chair, mais il peut aussi signifier ce que les mots suggèrent : quand ils prêchaient, les Apôtres étaient libres et Ignace ne l’est plus; or ce n'est pas dans la pleine liberté de leurs mouvements que Pierre et Paul ont pu rendre de leur sang témoignage au Christ, dans Rome, et je pense que si l’évêque d’Antioche avait eu présent à la mémoire, quand il a écrit sa phrase, le souvenir de leur fin tragique, il aurait trouvé une autre figure.
La tradition cherche encore un appui dans le fragment de Denys de Corinthe, que nous avons déjà rencontré plusieurs fois ; il se place, sans doute, aux environs de 170 et j'en rappelle la teneur’ : « Dans un tel avertissement, vous avez uni Rome et Corinthe, ces deux arbres que nous devons à Pierre et à Paul. Car, de même l’un et l’autre ont planté dans notre Corinthe et nous ont instruits; de même, après avoir enseigné ensemble en Italie, ils ont souffert le mar-
4. Ap. Eus., HE., II, 25, 8: je cite la traduction de M. Grapin.
tyre en même temps » (épaprÜpnouy xarù vüv arèv xa06v). Si le texte permet de ne pas prendre ce « en même temps » dans un sens absolu, il n’impose pas non plus « dans le même lieu. » Qu'il prête à l’interprétation qu'on lui donne le plus souvent, à savoir que les deux Apôtres viennent en Italie, à Rome, pour y subir l'épreuve suprême, je n’en disconviens pas, mais il ne la suggère pas nécessairement; on peut même soutenir qu’il la reçoit de documents postérieurs, venus du temps où la tradition du martyre de Pierre et de Paul à Rome était fixée. Au reste, quel est au juste son autorité? Elle dépend de son originalité, qui pourrait bien se réduire à la forme. Denys connaît la lettre de Clément Romain ; sa phrase n'en serait-elle pas tout simplement inspirée ? Lipsius, qui a posé la conjecture, ne la croit pas fondée; j'ai une impression différente, et si l’on combine la I Cor. de Clément (V et VD) avec celle de Paul (7 Cor., 1, 16), je ne vois pas ce que le texte de Denys apporte de nouveau, en dehors d’une interprétation personnelle et d'une erreur manifeste : la prédication de Pierre à Corinthe.
Pour demeurer circonspect, relativement aux témoignages prétendus décisifs de Clément et de Denys, il suffit de songer au silence de Justin et d’Irénée sur les faits qui nous occupent. Il est déjà extraordipaire que Justin, qui s’indigne de la déification de Simon le Magicien, ne nomme pas son adversaire; mais