Duchesne. Liber pont., I, p. CVI
avec certitude sur ce qui se passe en 258 dans l'Église romaine au sujet des deux corps saints. Est-ce vraiment une translation, ou est-ce simplement l’établissement d'une fête de commémoration? Je n'oserais en décider et les vers de Damase ne nous apportent là-dessus aucune lumière. S'il s’agit d’une commémoration, le texte de la Depositio est parfaitement soutenable et celui du Martyrologe se présente, : comme d’ailleurs celui de Damase, sans autre prétention que de nous apprendre ce qui se passait au temps de sa rédaction : le 29 juin on commémorait les deux Apôtres dans leurs basiliques et aussi à la Platonia, où ils avaient autrefois séjourné, disait-on ; l’addition du Martyrologe passi sub Nerone, Tusco et Basso consulibus, parfaitement absurde, si on la lit telle qu'elle est, a pu très naturellement venir sous la plume d’un rédacteur, mal instruit des fastes consulaires et qui s’est trompé, en cherchant à être précis. J'avoue, d’ailleurs, que s’il s’agit dans notre Depositio d'une translation, le texte qui nous reste doit être erroné, car je ne vois pas pourquoi on aurait, en 258, apporté Pierre du Vatican ad Catacumbas eten même temps transporté Paul, sans doute des mêmes Catacombes, sur la voie d'Ostie; la raison qui amenait l’un à la Platonia devait aussi y amener ou y retenir l’autre.
Je sais bien que l’allégation de la Depositio, même si elle est fausse, n’est pas inexplicable : on peut admettre que son auteur s’est préoccupé d'indiquer l'état de choses de son temps puisqu'en dernière ana-
lyse sa liste est destinée à fixer la date et le lieu de cérémonies commémoratives : vers 336, Pierre serait donc encore ad Catacumbas et Paul déjà sur la voie d’Ostie. La date consulaire viendrait d’un document plus ancien, qui pourrait être libellé ainsi : ZIT Kal. Jul. Petri et Pauli ad Catacumbas, Tusco et Basso cons. ; le Chronographe se serait contenté de faire la correction utile pour Paul. Si l’on n’accepte pas cette hypothèse (Erbes), il en faut envisager une beaucoup plus compliquée pour expliquer le texte actuel de la Depositio', à savoir que, sous Sixte IT (258), les corps des deux Apôtres reposaient encore aux endroits différents que mentionne la Depositio, puis, qu'un peu plus tard, celui de Paul a été apporté à la Platonia, à côté de celui de Pierre, pour être de nouveau transféré sur la voie d’Ostie, dès que la basilique qui lui était destinée fut achevée, en sorte que l’état de choses de 258 se trouvait justement analogue à celui que connaît le Chronographe en 336 ou 354. Mais toutes ces suppositions et translations ne sont garan ties par aucun texte et il demeure que la Depositio s'accorde mal avec le Martyrologe et avec l’inscription damasienne.
Pour ce qui regarde cette dernière, on a bien essayé de lever la difficulté, en présentant une interprétation originale des vers du pape*. Damase n'’au-
1. Lipsius, AAG., II, p. 302, qui préfère d’ailleurs celle que nous venons d'exposer.
2. G. Ficker, Bemerkungen zu einer Inschrift des Papstes Damasus, ap. Zeitschrift f. KG., 1904, t. XXII, p. 333-342.
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rait pas prétendu parler de la sépulture de Pierre et de Paul, mais seulement de leur domicile; c'est pourquoi son inscription porte nomina et non pas corpora ; il aurait simplement voulu, en fixant ainsi le souvenir de la résidence des Apôtres, prouver aux Orientaux, prompts à les revendiquer, qu'ils appartenaient bien à Rome :
Roma suos potius meruit defendere cives,
lisons-nous, en effet, vers la fin de l’inscription. Cette explication rencontre une double difficulté : rien, à vrai dire, ne nous garantit les intentions de Damase; ensuite, l'éloignement de la Platonia, par rapport à la ville (environ une demi-heure de marche), ne permet guère de penser que le pape ait pu y placer l’habitation des Apôtres, d'autant plus qu’il voyait bien que c'était là un lieu de sépulture fort ancien. Je ne saurais donc accepter l'interprétation proposée. Considéré en lui-même, le texte de Martyrologe semble bien étrange ; il est fait de notions disparates; ein Konglomerat aus verschiedenen Quellen, écrit justement Erbes'. Admettons que les mots passi sub Nerone ne représentent qu’une interpolation?, une glose, qu’il convienne de placer entre parenthèses et que la bonne lecture soit : «... tous deux aux Catacombes (ayant souffert sous Néron) sous le consulat de Bassus et de Tuscus; » mais à quel fait se rapporte la date consulaire? A la translation des Apôtres,