‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 185 sur 221 · Duchesne, Liber pont., !, p · texte numérisé non relu

Duchesne, Liber pont., !, p

2, Todestage, p. T2.

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déformée de ce qui lui paraît la vérité, à savoir que la tradition la plus ancienne plaçait ad Catacumbas la sépulture des deux Apôtres et que c’est Paul qui en est parti le premier (primum quidem'), comme semble aussi l’attester la Depositio. En général, on s'accorde à considérer l'attribution d’une translation au temps de Corneille comme un anachronisme, ou un quiproquo?. Erbes conjecture que le rédacteur de la notice s’est trompé sur la date du pontificat de Corneille, qu’il a rapporté à ce pape le fait, quil trouvait dans la Depositio, d’une translation de Paul et qu’il a placé à côté, par manière de pendant, et pour mettre son récit d'accord avec ce qu’il voyait, la translation de Pierre au Vatican; nous ignorons où il a été chercher l’idée de l'intervention de cette Lucina, qui nous est d'ailleurs inconnue.

Considérons enfin la lettre de Grégoire le Grand (Epist., IV, 30). Dans le temps de la passion des Todestage, p. 73.

Duchesne, Liber pont., 1, p. CVIT; Lipsius, AAG., IH, p. 395. . Corneille fut enterré dans une crypte de la voie Appienne, qui fut, au dire de de Rossi, fondée par la matrone Lucine, laquelle ne serait autre que Pomponia Græcina (?); cf. Roma sotter., I, p. 319; IT, p. 282. Quoi qu'il en soit, il ne s’agit pas d’une contemporaine de Corneille, mais le rédacteur du Liber pontificalis a pu s'y tromper. — Je laisse de côté diverses difficultés de détail que présente encore le texte de notre notice; nous n’en sommes malheureusement pas à cela près : c'est aux eaux salviennes (ad aquas salvias) que la tradition place la décollation de Paul, et sans en être fort éloigné, ce lieu ne se confond pas avec celui où se trouve le tombeau de l’Apôtre (Duchesne, Liber pont., I, p. 152). Le in monte aureum n’est pas facile à comprendre (Lipsius, AAG., I, p. 402); le in templum Apollonis, emprunté à la notice de Pierre

du même Liber pontificalis, comme le inter corpora sanctorum episcoporum, n'est pas ici plus vraisemblable,

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Apôtres, nous dit-elle, des fidèles vinrent d'Orient, qui réclamèrent leurs corps, comme ceux de leurs citoyens. Ils reposaient alors au second mille, depuis la ville, au lieu dit ad Catacumbas ; mais comme toute la multitude réunie des ravisseurs s’efforçait de les enlever, le tonnerre et la foudre l’épouvanta et la dispersa, si bien qu’elle renonça à son dessein. Sur ces entrefaites, les Romains sortent de la ville, reprennent les corps saints et les déposent aux lieux où ils sont encore. Nous avons déjà rencontré cette histoire de pseudo-enlèvement des reliques apostoliques par des Orientaux, dans la finale des Acta Petri et Pauli'; en soi, elle n’est pas soutenable, car elle met en œuvre des sentiments, touchant les reliques, qui ne sont guère intelligibles qu’au début du moyen âge ; mais ne reflète-t-elle pas une tradition déformée? Evidemment, ici comme dans les Acta, elle flotte hors de toute précision chronologique : eo tempore quo passi sunt, désigne simplement un temps rapproché, par rapport au vi° siècle, de celui du martyre des Apôtres; mais, dans la version de Grégoire le Grand, elle comporte au moins deux affirmations nettes : 1° la sépulture première des deux Apôtres se trouvait ad Catacumbas; 2° c'est

1. Je ne m'’attache pas à la variante du récit de ces Acta qui se trouve en appendice de la passion syriaque de S. Scharbil, ap. Cureton, Ancient syriac documents, p. 61, et qui place l’affaire sous le pape Fabien (236-250), parce que, de l’aveu même de Mgr Duchesne, Liber pontif., 1, p. GV, qui pourtant serait tenté d'en tirer quelque chose, la chronologie de ce document est très fautive; il est inutile de chercher une complication nouvelle.

plus tard, et en même temps, qu'ils sont transportés, à litre définitif, dans le tombeau qu'ils occupent encore. Les circonstances du transfert mises à part, et je ne crois pas qu'il y ait lieu d’attacher beaucoup d'importance à cette différence, la lettre de Grégoire rend un son analogue à celui que nous a donné Ja notice de Corneille.

Si j'ai confronté ces divers documents relatifs aux reliques apostoliques, ce n’est pas dans l’espoir de les accorder; je crois, d'autre part, qu'il est assez vain de chercher à déterminer objectivement le degré de confiance que mérite chacun d’eux pris à part; la Depositio et le Martyrologe dérivent probablement d’un ancien calendrier de l’Église romaine, mais, selon toute apparence, aucun des deux ne l'a exactement reproduit; la notice de Corneille et la lettre de Grégoire s’inspirent de traditions locales, évidemment confuses et mêlées, au temps où l’une et l’autre ont été rédigées; la persécution de Dioclétien a dû bouleverser ou même détruire les archives ecclésiastiques de Rome et, si elles ont été reconstituées après la tourmente, ce n’a pu être, pour bien des pièces, que de mémoire, opération toujours redoutable pour l'exactitude des faits, particulièrement à une époque où le sens historique n'était guère développé. J'ai donc surtout voulu montrer quelles difficultés sortaient du rapprochement des textes et faire voir à quel point sont vagues et incertains les souvenirs qu'ils enferment. Tout au plus, de leur ensemble, peut-on tirer quelques impressions : 4° les préoc-

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cupations de l’Église romaine, touchant la sépulture des deux Apôtres, ne paraissent évidentes que vers le milieu du rm siècle; 2° la tradition garde le souvenir d’un séjour des reliques de Pierre et de Paul ad Catacumbas; elle est, au début du moyen âge, incapable de dire nettement quand ce séjour a commencé et dans quelles circonstances, et combien de temps il a duré; mais deux textes, au moins, celui de la notice de Corneille et celui de Grégoire le Grand, acceptent les Catacombes comme le lieu de lapremière sépulture des Apôtres; l'inscription dama sienne ne les contredit pas ; la Depositio' et le Martyrologe lui-même n’opposent point à cette opinion un obstacle invincible, attendu qu’il n’est pas absolument certain que ce soit une translation qu’ils commémorent à cette date de 258 ; 3° il n’est pas improbable que la tradition qui place au Vatican et sur la voie d'Ostie les tombeaux primitifs de Pierre et de Paul soit une conclusion très tardive (iv® siècle?) et longtemps contredite (Lettre de Grégoire), dont il faut chercher l’origine dans l'affirmation qui fait mourir Pierre au Vatican et Paul non loin de la voie d’Ostie.

IL. Maintenant, que représente cette date ZIT Kal, Jul = 29 juin, sur laquelle s'accordent la Depositio el le Martyrologe? Telle que ces documents prétendent

4. Il va de soi que si on veut prendre le texte de la Depositio tel qu'il se présente et si on croit qu’il ne se trompe pas en séparant Pierre de Paul en 258, son affirmation vaut toujours pour Pierre, et cela, en l'espèce, nous suffit.

nous la donner, ce n'est pas, pense-t-on d’ordinaire, celle du martyre, mais bien celle d'une translation qui se place en 258 : la commémoration fixée à cette époque ne se modifie pas lorsqu’au 1v° siècle les reliques sont transportées dans leurs basiliques, parce que la fête qu’elle suppose est profondément ancrée dans les habitudes de la piété‘. Et pourtant, on ne peut guère douter que, pour beaucoup de Romains du 1v° siècle, et probablement même pour le clergé de la Ville, cette date du 29 juin n’ait représenté celle de la mort de Pierre et de Paul?. Outre le Matyrologe hiéronymien qui place au ZII Kal. Jul., le natale, c’est-à-dire la commémoration du martyre des Apôtres, le catalogue philocalien porte dans sa liste épiscopale : Petrus... passus cum Paulo die III Kal. Julias ; les fastes consulaires du même recueil donnent aussi, à l’année 55 : Nerone Caes. et Vetere. His cons. passi sunt Petrus et Paulus III Kal. Jul. Ne serait-on pas tenté de penser que la communauté romaine avait gardé le souvenir exact du natale des Apôtres, mais que l'événement dont leurs reliques avaient fourni l’occasion en 258, avait en quelque sorte attiré et comme absorbé la date, qui

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