Eus., HE., IL, 2: V
ver aux temps apostoliques et post-apostoliques l’affrmation que toutes les Églises chrétiennes reconnaissaient à la romaine au moins une primauté honorifique. On avance, ilest vrai, un texte d’Ignace qui adresse sa lettre aux Romains « à l'Église qui préside dans le lieu du pays des Romains » (rooxénas y rôrw xwpiov ‘Pœousiwy) et « présidente de la charité » (rooxaBnuévn ris &yérne). Il semble établi que, par la première de ces expressions, il faut entendre tout simplement « l'Église qui préside dans la ville mêmedes Romains, » wptou ne faisant que compléter èv +0rw (ou r6ro), sans signifier « l'Empire’. » Saint Ignace, dit-on, semble viser une présidence mal définie et aucunement délimitée, de l’Église de Rome sur les chrétientés » (de Genouillac). Nous l’ignorons absolu-
ment et 1l serait bien osé de prétendre tirer une. certitude des formules contournées et obscures dont
use le confesseur dans son adresse. Il semble aussi naturel de penser qu’il professait à l’égard de l'Église romaine une considération particulière en raison de sa richesse, de sa prospérité, de sa charité et surtout de l’importance unique que lui donnait sa situation dans la Capitale. C’est l'interprétation que paraît recommander rooxafnpêévn ras ayanns — présidente de la charité, que certains s’obstinent à rendre par prési-
4. De Genouillac, L'Église chrét., p. 236, appuyé sur Harnack,
Das Zeugniss des Ignatius über das Ansehen der rômischen Gemeinde, ap. Sitzungsberichte d. Kais. Preus. Akad. d. Wiss. 3. Berlin, VIX, p. 111 et ss. (1896). Voir aussi Funk, Der Primat der rôm. Kirche nach Ignatius und Irenœus, ap. Kirchengeschichtliche Abhandlungen und Untersuchungen, Bd. I (1* art).
LES SOUVENIRS DU SÉJOUR DE PIERRE A ROME 363 … dente de la fraternité. D'autres, tout en acceptant la traduction qui me semble la bonne, supposent que, dans la pensée de l’évêque, elle signifie « une présidence sur la société de tous les chrétiens, mais au sens tout spirituel que revêtent encore chez Ignace l'idée d'Église universelle et l'expression à xxokur éxxAnoixt. » C’est là une conjecture que le texte ne réclame pas et qu’il ne justifie pas non plus : Ignace dit que la communauté romaine est prééminente par l'amour, par la charité, et rien de plus; une phrase de Denys de Corinthe qu'Eusèbe nous a conservée? me paraît refléter une pensée toute semblable à celle de l’évêque d’Antioche : il y loue l’esprit de charité que l'Église de la Ville tient de ses pères et qui la pousse à envoyer à tous les frères, dans les diverses Églises, des secours de toute nature.
Ce n’est donc pas parce que Pierre passe pour le premier évêque de Rome que l’Église de la Ville jouit, aux deux premiers siècles, d'une réputation et d’une autorité qui excluent d’ailleurs toute idée de pri- mauté; c’est parce qu'elle siège dans la capitale de l’Empire, qu’elle a les moyens d’être largement charitable et qu'elle en use; c’est aussi que son esprit conservateur et juridique, en la gardant des spéculations vertigineuses et des nouveautés trop choquantes, lui fait de bonne heure une si solide réputation de sagesse qu’Irénée voit volontiers dans sa foi