‹ La primauté de Pierre et la venue de Pierre à RomeChapitre 50 sur 221 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I. Pierre n’a pu, évidemment, transmettre à personne une autorité dont il n’était pas revêtu, et s’il a fait à Rome un séjour plus ou moins long, au cours de sa carrière missionnaire, il ne s’y est assurément prévalu que de sa qualité d’Apôtre. Cependant certains théologiens attachent encore à ce séjour une décisive importance, touchant le fait séculaire de la souveraineté du pape sur l'Église; ils répètent avec confiance qu’un tel fait n’est pas accidentel, qu'il ne peut même s'expliquer par une combinaison, plus ou moins embrouillée, de circonstances et d'événements, que le pouvoir pontifical, attaché au siège de Rome, se confond, aussi haut que remontent les textes, avec la dignité de la Chaire de S. Pierre, que si cette

4. Au cas mème où Pierre aurait reçu du Christ un pouvoir particulier, il resterait à établir qu'il avait, du même coup, reçu le privilège de le transmettre à qui il le voudrait; mais c’est là une question de pure théologie, que nous pouvons négliger sans inconvénieut pour la suite de notre enquûte.

chaire s’était dressée ailleurs, ailleurs aussi résiderait le principe de la toute-puissance ecclésiastique; c’est pourquoi il nous faut, à notre tour, vérifier les fondements de leurs affirmations, et sans discuter le bien-fondé de leurs raisonnements®, nous demander si les textes confirment ce qu’avancernit les traditions catholiques touchant le rôle de Pierre dans la fondation de l’Église romaine, son séjour, son activité et sa mort dans la Ville.

IL. Nous ne sommes pas très bien renseignés sur la carrière missionnaire de Pierre*. Qu'elle ait été bien remplie, il nous est permis de le supposer, sur cette considération que, plus tard, l'Apôtre apparaît comme le centre, le héros et, au besoin, l’auteur de toute une littérature évidemment liée, sinon à l’histoire, au moins à la légende de la propagande chrétienne; et sur cette autre que les sources juives lui font une place importante dans les souvenirs confus qu’elles nous transmettent des premiers âges de la foi chré-

4. Bellarmin, De rom. pont., 2, 12; cf. De la Servière, La Théol. de Bellarmin, p. 93.

2 Rappelons d’ailleurs que le pontificat romain de Pierre est de foi; Kraus, Hist. de l'Egl., 1, p. 86, écrit : « Pour les catholiques, il y a là, non pas une pure question d'histoire, mais bien un fait dogmatique, c’est-à-dire un fait intimement lié avec le dogme de la primauté du Saint-Siège et dès lors élevé au-dessus de toute contestation ». Même langage ap. De Smedt, Diss., 1, De Romano S. Petri episc., p. 3.

3. On trouvera la question bien exposée, du point de vue catholique, dans le Dict. de la Bible de Vigouroux, art. Pierre (de M. Fillion}; Schmiedel, Simon Peter, $ 24 et ss. et Chase, Peter (Simon), IL, 1; 2; 3, donnent deux autres points de vue. Les textes sont particulièrement bien groupés par Chase.

4, Hoennicke, Judenchristentum, p. 81, n. 1.

tienne‘. Il ne faut point exiger beaucoup plus de précision. D'un passage assez vague de la première lettre de Paul aux Corinthiens, on peut conclure que Pierre, ainsi que « les frères du Seigneur, » a circulé pour gagner des prosélytes?; mais où exactement? Nous l’ignorons*. Le livre des Actes nous le montre faisant des tournées en Judée, en Galilée, en Samarie et il semble vraisemblable qu’il a parcouru toute la Syrie. En Actes XII, 17, nous lisons que, délivré miraculeusement de la prison d'Hérode, « il s’en alla dans un autre lieu. » Nous ne savons pas lequel®, et, à partir de ce moment, l’auteur des Actes

1. S. Krauss, Das Leben Jesu nach jüdischen Quellen, 1902, p-. 226 et ss.; 270 et ss.

2. 1 Cor. IX, 5 : «Est-ce que nous n’avons pas le droit de mener avec nous dans nos tournées (nepéyeiv) une sœur qui soit notre femme (&üelphv yuvaixa), ainsi que les autres Apôtres, et les frères du Seigneur et Céphas? »

3. Hoennicke, Judenchristentum, p. 81; de Monnier, La première épitre, p. 24.

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