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lement la hiérarchie. Ignore-t-on que dans cette
société religieuse la moindre innovation soulevait |
des débats qui duraient près d’un siècle ?
Il ne nous reste des trente-deux premiers Parss que vingt-deux épîtres d’une incontestable auth ti cité. Leurs véritables lettres étaient le plus souvent
remplacées par des lettres apocryphes : maïs qu'est ce que cela prouve ? Cela prouve qu'on attachait une |
extrême importance à tous leurs écrits et à leur autorilé ; le nom d’un Pape ris en tête d’une lettre lui
assurait un succès complet et facile, On n’a guère | tenté de faire passer des écrits étrangers sous le non | des patriarches d'Alexandrie ou d'Antioche. Pour: quoi cela ? Parceque ces noms n'avaient plus la même À
valeur que celui de l’'évèque de Rome. L’'ardeur
des faussaires à fabriquer au moins cent cinquante- À
trois lettres pontificales pendant les trois premiers
siècles, est encore un argument puissant en faveur |
de l'autorité des Papes.
J'aurais pu multiplier les faits historiques qui ser- | ventà établir que les Pontifes Romains ont exercé pai- À
siblement la plénitude de leur pouvoir sur toute l'E:
glise, et que les patriarches, comme les évèques, les |
prètres et les simples fidèles, recouraient à ce tribunal suprême dans toutes les questions épineuses;
mais je pense en avoir dit suffisamment pour réfuter #
l'objectio”. que je m'étais proposée. J'aurais pu confirmer l’éloquence de ces faits par les témoignages irréfragables des Pères de l'Eglise, par les litres non équivoques et si nombreux qui exaltent la prééminence de l'Eglise de Rome, racine de toutes
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les autres, lien de l'unité, préposée aux autres, ete. et qui montrent l’évêque de Rome comme le Chef, le Pasteur universel, le Pontife supréme, le Vicaire de
À Jésus-Christ : mais cela appartient plutôt au dogme
qu'à l'histoire.
A cette réponse on fait une instance en disant que très-souvent les Papes n'étaient pas obéis dans les jugements qu'ils rendaient, dans les ordres qu'ils
! Jonnaient.
Cela est parfaitement vrai: mais cela ne prouve qu'une chos, c'est que l'orgueil humain existait alors comme il a toujours existé, et comme il existe
| encore aujourd'hui. Quand la sentence rendue par
le Pontife Romain ne cadre pas avec s?s vues, il
Den fausse l'interprétation, il en appelle au concile,
puis du concile aux Saintes Ecritures et des Saintes Ecritures au tribunal de Dieu. C'est la filière ordinairement suivie par tous les hérétiques. Ce pro-
A cédé prouve leur opiniâtreté et leur mauvaise foi,
mais n'infirme en rien l'autorité à laquelle ils auraient dù se soumettre tout d’abord. Je ne sache pas que personne ail songé à nier l'existence de l’autorilé paternelle, parce qu'il y à des enfants insubordonnés et désobéissants; il en est de même pour ceux qui refusent de se soumettre à l'autorité ponti-
l ticale.
Jdene veux pas franchir le seuil du quatrième siècle ; Les faits s'y pressent en si grand nombre que
je ne saurais par où commencer ; et d’ailleurs l’exer-
cice de cette autorité devient si évident, si palpable et si fréquent, dans toates les sphères de la hiérar.
chie et dans toutes les questions quise rattachent à l’ordre spirituel, que la plupart de nos adversaires n’osent le contester. Ilest certain que du moment que l'Eglise obtient sa liberté sous Constantin-le- Grand, la Papauté devient partout maitresse de fait, comme elle l'était de droit auparavant. Elle sort de l’obscurité des catacombhes, con nie le soleil du sein des nuages ; elle préside Îles conciles, elle envaie partout ses légats, elle règle la discipline, elle repousse l'erreur, elle garde intactes les vérités révélées ; sor action vivificatrice anime tout, s'étend à tout, illumine les inteiligences et réchauffe les cœurs ; personne ne s'étonne de celte influence, per: sonne ne la repousse ; c’est, dans un autre ordre de choses, l’astre du jour qui projette ses rayons bienfaisants sur toutes les contrées de l'univers, et qui répand partout sur son passage la chaleur et la vie.
Vous rencontrerez parfois des historiens roman: clers qui vous diront, avec un grand sérieux, que la puissance spirituelle des souverains Pontifes est düe au génie pratique des Romains, à ] ar esprit d'organisation.
Je ne nie pas l'existence de celesprit pratique chez les Romains, ce qui faisait déjà dire à Virgile que leur mi° son, à eux, était de gouverner ; je ne nie pas non plus que Dieu se serve quelquefois des forces de la nature pour le triomphe de sa grâce ; mais la nature et ses forces sont loin de suffire à expliquer le fait dont il s’agit. Qui pourra jamais croire qu'il suflisait d’être captif dans la prison Mamertine, au pied du fameux Capitole, près du trône des Césars.
DANS LES PREMIERS SIÈCLES. b
pour concevoir de suite l'idée de gouverner le
achent |
rsaires monde, et pour avoir les moyens de mettre ce prod , Ÿ . A r . - .
1oment Jet à exécution ? Quise persuadera qu'un pauvre btin . » batelier de la mer de Galilée et ses successeurs, dont
plusieurs n'étaient pas méme Romains, persécutés, ont de u'aqués comme des bêtes fauves, en bulte au mépris téein net à la haine des puissants du paganisme ; quicroira, envoie dis-je, que ces pauvres victimes eussent conçu un alle: vo: plan si gigantesque et eussent pu le réaliser sans le S FÉTÉ secours d'en haut, sans une providence toute spéciale Honda à de celui qui avait constitué Pierre le fondement de É C r ni .
l'Eglise, le pasteur de tout le troupeau, le confirma-
de fait,
à es “ . teur de ses frères dans la foi? Non, il faut autre dre de À chose que des talents naturels, autre chose que du s bien. génie pour entreprendre et exécuter une œuvre et qui aussi colossale que celle de faire accepter et respe pecter son autorité par tout l'univers et dans tous RAT les siècles, de soumettre à son enseignement toutes que la les intelligences et les volontés. Dieu seul par la Ra ar Loule-puissance de sa gràce peut opérer un tel proesprit dige. Essayer d'expliquer la Papauté qui est aussi + ancienne que le christianisme, qui a dominé tout | l'univers pendant près de dix-neuf siècles, qui a e chez résisté à loutes les persécutions païennes, à toutes le RUN les invasions barbares, aux attaques ‘ncessantes de ne nie
la part des hérétiques, des peuples et des princes, ) essayer d'expliquer une telle institution et son auto- )rité suprême sans une charte divine, sans une
is des r'âÂce :
me | origine céleste, sans une protection particulière du Gore Très-Haut, c’est une grossière absurdité, ou plutôt rtine, c'est admettre un miracle plus grand que tous ceux
égars.
dout on voudrait nier l'existence. Luther lui-mème dit à ce sujet: «Ce qui me porte à croire que Île Pontife Romain est sur tous les autres qui ont la qualité de Pontifes, c'est premièrement la volonté de Dieu, qui est visible en cette affaire; car le Pontife Romain n'eût jamais pu arriver à cette monarchie, si Dieu ne l’eût voulu. Or la volonté de Dieu, de quelque manière qu’elle nous soit signifiée, doit ètre reçue avec respect, et partant il n’est pas permis de résister au Pontife Romain en sa priinauté. Cette raison est si puissante que, quand même il n’y aurait en sa faveur aucun texte de la Sainte Ecriture, ni aucune autre raison, celle-ci serait assez forte pour réprimer ceux qui lui résistent. » (1)
Qu'on ne dise pas non plus que cette suprématie universelle des Papes est dûe aux évêques et aux patriarches, qui favorisaient l’usurpation des Pontifes, où aux empereurs qui voyaient en eux un appui, ou enfin aux Barbares qui s'empressèrent de reconnaitre l’autorité des évêques de Rome.
Cette manière d'expliquer l'accroissement successif, continuel et coupable, de l'autorité des Papes, est tout-à-fait inadmissible ; c'est un beau rêve qui n’a aucune réalité. Comment, en effet, supposer que tous les évèques, que tous les pairiarches aient abdiqué spontanément leur indépendance, leur autorité jusque là égale à celle de l’évêque de Rome, pour se proclamer les serviteurs très-humbles, les obéissants inférieurs de leur collègue de Rome, qui, suivant nos adversaires, n'aurait recu de Jésus-
(*) Résolution sur treize propositions, c, T.
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Christ que le mème degré d'autorité qu'eux ? Il faut être sous l'empire de bien terribles préjugés, ou ignorer complètement les sentiments naturels au cœur de l’homme pour croire à une abdication si étrange, si peu conforme aux plus intimes instincts de l'humanité déchue. D'ailleurs les faïis que nous avons rapportés tout-à-l'heure, sont loin de confirmer cette idée d'une cession volontaire et spontanée de leur pouvoir en faveur des Papes ; ils reconnaissent leur autorité parce qu'ils les regardent comme les successeurs et les héritiers des prérogatives du Prince des Apôtres, de saint Pierre, à qui Jésus- Christ a dit: «Tu es Pierre et sur cettè pierre je bâtirai mon Eglise, etc. Pais mes agneaux, pais mes brebis ; confirme tes freres dans la foi.» Voilà la lettre divine de créance donnée par Jésus-Christ aux évêques de Rome, et à laquelle se soumettent les pasteurs et les fidèles de tout l'univers ; voilà la raison fondamentale et unique de leur obéissance.
Cet argument des détracteurs des Papes suppose en outre une infâme trahison de la part de tout l’'épiscopat. Il faudrait admettre en effet, que tous les évèques et patriarches se sont entendus entre eux pour substituer à Jésus-Christ, chef suprème de l'Eglise, un simple évêque ou un patriarche, pour se donner un chef que Jésus-Christ n'avait pas jugé à propos de leur donner, pour changer la hiérarchie divinement instituée dans une Eglise qui doit durer jusqu’à la fin des siècles. Or, je vous le demande, est-il croyable que tant de saints prélats, qui souf-
fraient les horreurs du martyre plutot que de se laisser enlever la moindre parcelle de leur foi, aient consenti à opérer un changement si radical dans la divine constitution de l'Eglise, et à trahir la sublime mission qui leur avait été confiée ? Non, cela n'est pas croyable, et d’ailleurs il faudrait des témoiynages irréfragables pour établir ce fait; les hypothèses ne peuvent satisfaire un esprit sérieux, sur. tout lorsqu'elles semblent dénuées de toute vraisemblance.
Attribuer aux concessions des empereurs l'autorité croissante des évêques de Rome, ne parait pas moins insoutenable. A coup sûr, on ne doit pas désigner par là les empereurs romains des trois premiers siècles, qui leur firent endurer les plus effroyables persécutions, qui les exposèrent aux bètes féroces dans les amphithéâtres on à la hache des bour: reaux, qui les conduisirent au martyre : ce seraient, certes, d’étranges concessions faites à l'ambition des Pontifes et à leur pouvoir toujours croissant! Et cependant, nous avons vu que, pendant ces trois siècles, les Papes exerçaient leur autorité suprême dans tous les pays du monde. Apparemment qu’elle devait provenir d'une autre source que de la libéralité des empereurs.
El est vrai qu'au quatrième siècle les empereurs commencent à se montrer favorables au chris:ianisme, et à faire respecter les lois de l'Eglise. Mais aussi il n’est pas inutile de remarquer que c’est précisément à cette époque que Constantin-le-Grand
ne
DANS LES PREMIERS SIÈCLES. 5i
transfère le siége de son empire de Rome à Byzance. Rome perdait du coup la toute-puissance politique, qui, suivant nos adversaires, aurait donné origine et accroissement à leur autorité usurpée. L'empire des Césars venait de perdre son prestige aux yeux de l'Occident ; il allait bientôt se diviser, s'affaiblir au milieu des luttes intestines, et succomber devant les invasions barbares. Et en outre, quelle protection accordèrent aux Papes des empereurs tels que Constance, Julien l’'Apostat, Valenset une foule d'autres monstres qui occupèrent alors le trône ? Quelles concessions pouvaient faire aux Pontifes Romains des hommes qui les faisaient enlever de Rome, et mourir en exil, qui, incapables de se défendre contre cette nuée de Barbares qui saccageaient leurs domaines, n'avaient d'espoir de salut que dans l'intervention mème des l'apes ? On voit donc de suite que cette assertion n’est pas mieux fondée que les Lrécédentes.
Quelques-uns ajoutent que les Barbares ont accru l'autorité de l'évêque de Rome en se soumettant avec trop de facilité à ses prétentions exagérées. (C’est encore une affirmation gratuite et démentie par l'histoire. En effet, ces Barbares étaient pour la plupart ou ariens opiniâtres, ou païens ; on sait que jamais l'Eglise catholique n’eût tant de sang à verser que lors de leur passage ; personne n'’ignore que Rome mème fut prise, saccagée et brûlée plusieurs fois par ces hordes sauvages, et que l’Europe catholique fut ensanglantée. Et après cela on vient nous
LA SEE TR RER EM Pt
dire que ces féroces enfants du Nord favorisèrent l'ambition des chefs de l'Eglise! C’est comme si l’on voulait soutenir que les Iroquois, qui semaient partout le carnage et la mort, ont accru les prétentions et l'autorité de Mgr. de Laval. Ilest vrai que les Papes purent quelquefois réussir à arrêter leur marche; mais au lieu de voir dans ce succès un fait purement humain, résultant d’une trop grande condescendance de ces peuples, j'y vois plutôt une intervention divine, une protection toute providentielle, en un mot, la main de Dieu, comme l'affirmaient les chefs eux-mêmes de ces Barbares.
Donc ce ne sont ni les évêques, ni les patriarches, ni les empereurs, ni le génie pratique des Romains, ni les Barbares, qui ant donné au Pape sa primauté sur l'Eglise universelle: c'est Jésus-Christ luimème. (!) Il semble avoir voulu couronner cette suprématie dans l’enseignement et l'autorité de Rome, par la prééminence dans le sacrifice de la vie pour rendre témoignage à la foi chrétienne. Les souverains Pontifes brillent au premier rang dans la nombreuse phalange des martyrs. A partir de saint Pierre, on compte trente Papes qui ont versé leur sang pour la foi pendant les trois premiers siècles. Dieu voulait par là ajouter un nouvel éclat à la couronne déjà si brillante des évêques de Rome, dépositaires de l’infaillibilité et de l’autorité suprème que Jésus-Christ leur a communiquées.
(") La papauté aux prises avec le protestantisme, par l’abbé C, M, Magnin.
Nos adversaires vont encore plus loin et se prévalent de cet état de souffrance et de persécution des vremiers Papes pour contester les droits des Pontifes actuels, Dans ce bienheureux temps, nous disentils, il n’y avait pas de bulles, pas d’encycliques, pas de légats, pas de cardinaux, pas de domaine temporel, pas de trône ; saint Pierre a passé plusieurs années en prison; ses successeurs pendant trois cents ans ont vécu pauvres et retirés : pourquoi donc, dans les siècles suivants, les Papes n’auraient-ils pas donné le même exemple de pauvreté évangélique ?
A cette objection, je pourrais répondre avec un célèbre capucin : dans votre enfance vous ne preniez d'autre nourriture que du lait, vous n’aviez pas un poil au menton ; pourquoi donc maintenant ne vous contentez-vous plus de vous nourrir de lait, et pourquoi portez-vous une barbe capable de déparer une chèvre ? De mème, pourrais-je vous dire, pourquoi maintenant faut-il à Québec un parlement, plusieurs églises, une université, tant de couvents, tant de sociétés de commerce? IL n’y en avait pas tant à l'époque de Champlain et même jusqu’à la conquête. Messiaurs, l’objection qu’en nous fait contre l'Eglise est à peu près de la même force : on voudrait que l'Eglise maintenant répandue chez tant de peuples et dans un si grand nombre de royaumes, dirigée par Dieu d’après une économie différente de celle des premiers siècles, qui étaient un âge de prodiges et de merveilles, fût gouvernée de la même ma, nière que dans son enfance,
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Personne n'ignore que les institutions ne sont jamais, dès leur berceau, tout ce qu’elles deviennent plus tard ; ce qui n’était d'abord qu’un germe devient une plante. La mème chose a eu lieu pour l'Eglise : elle était alors dans les langes de l'enfance ; maintenant elle est répandue par le monde entier. Aussi tous les prophètes nous la montrent-ils croissant tous les jours en beauté, mème extrinsèque ; ils nous la représentent tantôt sous la figure de la plus puissante monarchie qui ait jamais existé, tantôt sous Ja figure d’une cité destinée a être vue de tous les points du globe, tantôt sous l’image d’une montagne vers laquelle accourent toutes les nations, ou d'une grande reine qui reçoit les hommages des peuples etdes souverains, Une Eglise telle que la voudraient nos adversaires, serait loin de répondre à ces hrillantes allégories des prophètes.
D'ailleurs le simple bon sens ne suffit-il pas pour démontrer que cet état de persécutions et de souffrances n'était pas l’état normal de l'Eglise ? On dit que les Papes n’avaient pas de trône. Oui, mais qu'en résultait-il ? IL en est résulté que saint Pierre a été crucifié, que ses successeurs ont souffert le martyre pendant trois siècles, que les évèques et les fidèles étaient réduits à se cacher sous terre, à vivre dans les catacombes ou dans les forêts, à sacrifier leur vie pour demeurer fidèles à leurs croyances Voudrait-on par hasard que la persécution et le massacre des chrétiens fussent l’état ordinaire de l'Eglise ? Nous admirons autant que qui que ce soit l'héroïsme du martyre, mais il ne renferme pas une
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réponse à notre question. Autre chose est que Jésus- Christ ait permis pour un temps ces persécutions, afin de donner une preuve de la divinité de l'Eglise et un exemple de courage aux siècles futurs ; autre chose est que ces tribulations et ces souffrances constituent la marche régulière de l'Eglise au Christ; la premivre alternative est une vérité, la seconde, un étrange paradoxe. On devrait plutôt raisonner ainsi : les premiers Papes n’ont pas eu de trône etont eu toute espèce de maux à souffrir ; donc leurs successeurs doivent être dans une autre condition, afin que cet état de choses, destiné à être temporaire seulement, ne devienne pas un effet permanent.
Je répondrai encore à nos adversaires, avec le R. PP. J'ranco, (!) que, s'ils veulent absolument rétablir pour les Papes cet état de perfection et de pauvreté évangéliques des premiers siècles, ils ne doivent pas être injustes; ils doivent le rétablir aussi pour les fidèles et pour eux les premiers. Je leur dirai donc : les premiers chrétiens priaient souvent et pour cela se retiraient dans la solitude des catacombes: ils recevaient la sainte Eucharistie à peu près tous les jours. Prenez donc, vous aussi, la coutume de fréquenter les églises, d’y prier avec ferveur, et de vous approcher de la sainte table. Les premiers chrétiens, d’après ce que nous en dit saint Luc, vendaient librement leur patrimoine et en
(*) Risposte popolari alle obiezioni piu communi contro la religione, Roma, 1864.
portaieut le prix aux Apôtres; commencez par con tribuer largement au denier de saint Pierre, et dé. pensez vos biens en bonnes œuvres. Les premiers chrétiens ne rougissaient pas de leur foi; ils la professaient au prix de leur sang et de leur vie ; ils ne formaient tous ensemble qu'un cœur et qu'uve âme: vous aussi, montrez-vous chrétiens : n'ayez pas honte de votre foi; défendez-la en toutes circonstances; ne persécutez pas ceux qui ne par tagent pas toutes vos opinions. S'il n’y a d'irrépréhensible que ce qui s'est pratiqué dans Ja primitive Eglise, hâtez-vous donc d'embrasser le genre de vie de celte époque; vous pourrez alors dévlamer avec plus d'apparence de justice contre les Pontifes Romains. Mais il est remarquable que ce nc sont pas tous ces grands prôneurs de la perfection des preniers siècles, qui sont bien empressés de la mettre en pratique. [Il est bien plus facile de tracer aux autres une règle de vie austère et pénitente, que de s’astreindre soi-même à la suivre.
« Les Papes n'avaient pas de pouvoir temporel !» Je le crois bien. Il y a bien d’autres choses qu'ils n'avaient pas; ils n'avaient pas un coin de terre pour y vivre en repos ; ils n'avaient pas la liberté de prier et de parler; ils n'avaient pas le droit d'exister et de vivre ; ils n'avaient pas la faculté de sortir de la prison Mamertine ou des catacombes ; ils n'avaient pas mème le libre exercice de leur pouvoir spirituel; pour eux la tyrannie seule et l'injustice étaient en vigueur: c’est là le régime que
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quelques pharisiens modernes voudraient rétablir, régime où il est plus facile de trouver une lecon qu'un exemple.
“ Dans ce temps-là, il n'y avait pas le bulles, pas d'encycliques !”—Ges paroles, MM. sons une amère dérision du malheur, Je suppose que les courrier: de l'empire, que les secrétaires de Néron et de Domitien, que les messagers de Trajan, de Marc-Aurèlo et de Dioclétien auraient été chargés d'expédier dans toutes les parties du monde romain, les dépèches de la chancellerie de la prisan Mamertine et des catacombes! Vraiment c'est se moquer trop cruellement de ceux qui out mérité, par leur héroïsme au milieu des souffrances, la légitime admiration de tous les siècles. (1)
Je crois donc avoir démontré assez clairement: ln que les Papes ont exercé leur autorité suprème sur l'Eglise universelle pendant les premiers siècles : 20 que cette autorité ne doit son origine ni au génie pratique des Romains, ni aux concessions des patriarches et des évêques, ni à la libéralité desempereurs, ui à la condescendance exagérée des Barbares, n1 à
L aucune cause humaine, mais à Jésus-Christ qui l'a
instituée ; 9° que les changements purement acci-
dontels, survenus avec les siècles dans le gouverne-
ment de l'Eglise, n'affectent en rien sa constitution divine, et ne sont dûs qu'à la diffusion de la religion chétienne par toute la terre, et au changement des clvonstanceés au milieu desquelles l'Eglise continue sa marche triomphante vers les cieux.
(!) Freppel, Apologistes des premiers siècles,