DIXIÈME LECON
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LES PAPES D'AVIGNON.—LE PROCÈS DES TEMPLIERS.—LE QBAND SCHISME D'OCCIDENT. —GALILÉE,-—SUPPRESSION DE LA COM- PAGNIE DE JÉSUS.—LES PAPES ET LA BIBLE.—CONDUITE PRIVÉE DES PAPES. —— SERVICES RENDUS AU MONDE PAR LA PAPAUTÉ.-—-PIE 1X,
Ce qu'il faut penser du séjour des Papes à Avignon, Factions qui ensanglantent l'Italie. —Schisine de Louis de Bavière. — Ulément V et le procès des Templiers. Suppression légitime de cet Ordre.— Le Pape Jean XXII n'a pas erré au sujet de la vision béatifique. Sa bulle concernant les Franciscains ne contredit pas ceile de Nicolas IIT.—Grand schisme d'Occi-
dent. L'élection d’Urbain VI était certainement légitime. Les antipapes à Avignon. Concile de Pise. Trois prétendants à la Papauté, Concile de Constance. Abdicatien de Jean XXII! et de Grégoire XII, et déposition de Benoit XILI. Martin V est élu Pape. L'unité formelle de l'Eglise ne fut pas rompue par ce schisme, La IVe et la Ve session du concile de Constance ne peuvent aucunement servir lea fausses prétér ions du galiicanisme.—Le procès de (Galilée et sa condamnation ne peuvent compromettre les Papes.—Suppression de la compagaie de Jésus par Clément XIV ; son rétablissement par | Pie VII. —Les Papes ont-ils interdit la lecture de la Bible ?— : Réponse aux objections tirées de la conduite privée de
. certains -Papes.—Services immenses rendus à la société par | les souverains Pontifes ; reconnaissance qu’ils mériteut de | notre part.—Pie IX ; ses gloires et ses épreuves.
MESSIEURS, ï
Dans les quelques leçons que j'ai données jusqu'à présent, j'ai travaillé à rétablir la véritésur les points
les plus difficiles de l’histoire des Papes et surtout à faire briller à vos regards l’orthodoxie des souverains Pontifes qui avaient été le plus violemment attaqués. Il me reste encore quelques objections peu impor: tantes à résoudre ; ce n’est pas mon dessein d'entrer dans les détails ; je me contenterai de donner des principes de solution à chacune de difficultés, me réservant de traiter plus tard ces quelques ques tions avec un soin plus spécial.
D'abord, que doit-on penser du séjour des Pape: à Avignon ? Quelles en furent les conséquences ?
Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis la mort de Boniface VIIL (1303), que Bertrand de Goth, archevèque de Bordeaux, fut élevé au souverain pontificat. Au lieu de se fixer à Rome, suivant la coutume, il établit sa résidence à Avignon, tout e1 portant le titre d'évèane äe Rome. Ses successeurs Jean XXII, Bensit XII, Cléinent VI, Innocent VI. Urbain V et Grégoire XI l'imitèrent, et pendant soixante-dix ans les Romains eurent læ douleur, suivant l'expression de Pétrarque, de voir les souverains Pontifes préférer « les bords sauvages du Rhône aux rives fortunées du Tibre.» Les Italiens ont donné à cette période le nom significatif de captivité de Babylone, d'exil du Saint-Siège, etc.
Il paraît bien établi que lé séjour des Papes à Avignon a été préjudiciable à Rome, à l’ftalie et à l'Eglise eutière.
Rome et la province environnante étaient en proie à des révolutions continueélles ;:c'étaient les
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Gibelins qui s’'acharnaient contre les Guelfes, et qui faisaient une lutte incessante contre l'Eglise et les souverains Pontifes. Les pèlerinages au tombeau des saints Apôtres devenaient bien moins fréquents ; la piété diminuait; les églises étaient abandennées et tombaient en ruines, ainsi que les monsstères ; l'herbe croissait dans les rues ; Rome présentait l'aspect d'une ville désolée et en pleine décadence.
Le patrimoine de Saint-Pierre avait été,en l'absence du Pape, occupé par quelques factienx, sartout dans lEtrurie, la Flaminie, la Sabine, l'Ombrie, le Picénum, etc, Il est vrai que, sous Innocent VE, le tribun Nicolas de Rienzi rétablit l’ancienne répu blique romaine et ramena à l'obéissance les chefs. des factions ; mais bientôt, enflé d’orgueil, il ordonna au Pape et aux cardinaux de se présenter devant lui. Innocent envoya desuite une armée qui parvint à faire reconnaître l'autorité pontificaie.
L'Italie était ouverte à tous les envahisseurs, parte qu'elle se trouvait sans défense. Louis de Bavière en profta pour se proclamer roi de Rome et des Romains; à la tête de ses Gibelins, il écrasa le roi de Naples, Robert, qui agissait comme représentant du Saint-Siége. Jean XXII menaça des foudres de l'excommunication le sacrilége usurpateur ; ‘celui-ci, méprisant les anathèmes du Pontife, pénétra dans Rome, et y fit sacrer un antipape de son choix; Nicolas V, des mains duquel il se fit ensuite couronner. Le Pape excommunia lesrebelles et ordonna des processions et des prières publiques pour faire
cesser le schisme ; aussitôt Louis de Bavière fut abandonné des Gibelins et se vit obligé de reprendre la route de l’Allemagne ; son antipape, touché de repentir, se présenta à Jean XXIT, demanda et obtint son pardon. |
Mais ces maux causés à Rome et à l'Italie ne furent que peu de chose en comparaison des mal heurs qui en résultèrent pour l'Eglise. La plupart des peuples entretenaient une certaine défiance de ces Papes français, parce qu'ils croyaient apercevoir au fond de chacun des actes pontificaux la politique odicuse de la France ; ou bien ils étaient dans une profonde indifférence vis-à-vis d'eux. Tous leurs efforts pour concilier les princes, ou pour réprimer l'audace des hérétiques, devenaient suspects ; la France était comme un spectre hideux, qui sé dressait entre les Papes, d'un côté, les princes et les peuples, de l’autre, qui empêchait ces derniers de se soumettre avec le respect convenable, et qui les portait même à s’insurger. De là résultait un amoindrisserient considérable de l’autorité pontificale ; de là aussi, l'impuissance de leurs efforts dans la destruction des abus.
C'est ce qui se remarqua clairement dans !a fameuse querelle de Louis de Bavière avec le duc Frédéric d'Autriche, au sujet de la succession aû trône d'Allemagne, devenu vacant par la mort de Henri VIE. Les deux prétendants démandèrent la confirmation du Pape Jean XXII; celui-ci voulut, avant de juger ,'examinet leurs droits respectifs,
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Mais Louis de Bavière, redoutant l'influence du roi de France &ans la décision du souverain Pontife, se précipita dans un schisme qui du: 1squ'à sa mort (1347).
C'est aussi de la translation de la résidence des Papes à Avignon qu'est né le grand schisme d'Occident. En effet, les successeurs de Clément V à Avignon furent tous français ; la plupart des cardinaux appartenaient à cette nation et désiraient vivement que la cour romaine demeurât en France. De leur côté, les Romains et les Italiens en général voulaient que cetté dignité suprème fût conférée à un Italien, qui fixerait sa résidence à Rome. C’est ce qui fit qu'après la mort de Grégoire XI, qui était revenu dans la Ville Eternelle, on élut légitimement un Italien qui prit le nom d’Urbain VE, et qu'environ un mois plus tard douze cardinaux français et uu espagnol élurent l’antipape Clément VII. De là le grand schisme d'Occident qui dura quarante années, et qui causa des maux immenses à l'Eglise.
Il est une conclusion qui découle tout naturellement des faits qui viennent d’être exposés; c'est qu’il est extrêmement important que les Papes soient indépendants chez eux, et affranchis de toute influence politique extérieure ; il faut qu'ils jouissent de la liberté nétessaire à l'exercice complet de leur
autorité suprême. Autrement leur action pourrait
saus cesse être entravée, directement ou indirectement, par les caprices d'un souverain ; leurs relations avec l’épiscopat, avec les princes, avec les états,
au sujet des affaires de l'Eglise, deviénnent de suite difficiles. Cette indépendance temporelle est encore requise afin que tout le monde ‘soit nersuadé que le Pape n'agit pas sous l'impulsion d'un souverain, mais que c’est dans le calme et avec une entièro liberté qu’il rend ses décrets, qu'il donne ses définitions, qu'il juge les causes matrimoniales, qu'il dirime les conflits qui s'élèvent entre les tètes couronnées, et qu'il exerce ses fonctions de Vicaire de Jésus-Christ. Elle est encore nécessaireafin que l’élection des Papes se fasse en dehors de toute influence d’un pouvoir séeulier, et que tous les fidèles rendent aux Pontifes Romains les témoignages d’obéissance et de vénération, qui leur sont dùûs, témoignages qu’ils renderaient avec peine en faveur de celui qu'ils sauraient être l’humble sujet d’un souverain tem: porel. De nos jours, un monstre s’est rencontré qui a eu l’audace d'aller s'installer au Quirinai, près des salles du conclave, et de confiner PieIX au Vatican ;
tout le monde sait de quelle liberté jouit le chef de
l'Eglise, malgré toutes les belles promesses qui lui ont été faites; il est prisonnier, et sa voix ne peut se faire entendre à l'univers catholique, que lorsqu'elle a franchi les limites de l'Italie. Il en sera de mèmo chaque fois que l'indépendance temporelle sera enlevée à la Papauté ; mais Dieu ne permettra jamais que l'impiété trône longtemps dans la Ville Sainte.
Il ne faudrait pas croire cependant que les Papes n'avaient aucun motif pour se fixer à Avignon, et
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que le caprice seul les détermina à abandonner Rome. Qu'on veuille bien se rappeler que Rome était déchirée depuis longtemps par les factions des Guelfes et des Gibelins ; que la Toscane était en proie à deux partis, les blancs et les noirs; que Venise était entrée en campagne pour s'emparer du marquisat de Ferrare, etc. Il était assez difficile pour les Papes d'aller se jeter au milieu de ces luttes qui ensanglantaient toute l'Italie. D'ailleurs, ils possédaient en France le Gomtat Venaissin
depuis 1272, par suite de la cession qu'en avait faite Philippe-le-Hardi au Pape Grégroire X, et Clément VI, en 1348, fit l'acquisition de la ville d'Avignon ; ils étaient donc dans leurs propres domaines, et jouissaient d’une tranquillité qu’ils n'auraient pu avoir à Rome. Il est vrai que leur absence fut nuisible à l'Italie et à l'Eglise ; mais enfinils avaient des raisons pour se justifier de leur séjour en France.
IL faut lire avec réserve et circonspection ce qu'ont écrit beaucoup d’Italiens et d'Allemands sur chacun des Papes d'Avignon. Ils ont représenté ces Pontifes sous les couleurs les plus sombres ; Pétrarque en a fait des hommes corrompus, vendus aux rois de France, poussant jusqu’à l'excès le scandale du népotisme, et subvenant aux folles dépenses de leur cour au moyen de fôrtes sommes d’argeul, aw’ils prélevaient sous le nom d'annates, de commendes, de réserves et de bénéfices. Ge poëte, qui a peu d'autorité comme historien, et qui s’est toujours montré hostile aux Papes d'Avignon, a fvidemment exagéré ; çar si l'on parcourt les écrits