‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 44 sur 71 · F SON · texte numérisé non relu

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porte, d’après les manuscrits des archives du Vati. can, la réponse que donna le cardinal Cajetan, neveu de Boniface, à toutes ces accusations. Il établit d’abord que le Pape se trouvait à Rieti, lorsque les deux cardinaux assiégés arrivèrent en costume de pénitents, pour solliciter leur pardon. C'était bien la démarche de zens qui n’agissent pas sur la foi d’un traité, mais qui se rendent à discrélion. Le commandant des troupes pontificales était déjà maitre de la ville, lorsque les Colonna en sortirent; est-il crovable, demande le neveu du Pape, que Boniface se contentât d’arborer son drapeau sur les murs de Palestrine, lorsqu'il en était le maitre ? De plus il n’y avait aucune bulle, aucune lettre qui attestât l'existence de cette convention; le prince de Tarente et autres témoins encore vi. vants pouvaient garantir qu'il n’y avait jamsts eu de traité, et que les Colonna avaient tout simplement demandé pardon de leurs fautes. (Cette réponse du cardinal Cajetan ne put jamais être réfutée ; et, en dépit des adversaires puissants de Boniface, la mémoire de ce Pontife fut lavée de la grave accusation d’avoir violé la foi jurée.

On a encore affirmé que Boniface avait promis à Gui de Montefeliro l'absolution de tous ses péchés, s'il lui découvrait un mnoyen de s'emparer de Palestrine ; on ajoute que celui-i lui conseilla de pr'amettre beaucoup et de tenir peu, et qu’ainsi il fit tomber les Colonna dans un guet-apens. Ce fait ri ne tire son origine que du grand poëte italien,

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Dante Alighieri et qui a élé répélé par Ferreti de Vicence et Pippino, tous ennemis acharnés de Boniface, n’est guère vraisemblable. En effet, ce Gui de Montefeltro, qui avait d’abord été l'ennemi du Saint. Siége et un illustre guerrier, s'était réconcilié avec le Pape, en 1236, et s'était fait moine de l’ordre de saint François. Tous les historiens racontent ce fait au long ; aucun üe mentionne sa présence au siége de Palestrine, non plus que ce conseil nalhonnèle.

Toutes les relations de ce lPontife avec les divers souverains sont empreintes de la plus profonde sagesse. Ses efforts tendaient constamment au réta. blissement de la paix. Aussi mérita-t-il l'honneur d’être choisi comme médiateur entre les rois de France et d'Angleterre. Le jugement qu'il rendit est, de l’aveu mème des protestants, un modèle de prudence et d'équité. Les deux princes acceptèrent franchement le verdictqu'il avait rendu, ets ’empressèrent de s’y conformer.

H'est donc absolument faux que la-querelle qui s’'éleva entre Boniface et Philippe-le-Bel, aitliré son origine, comme on l’a affirmé, de l'intervention intempestive du Pape dans les affaires politiques de ce $ souverain; c'était Philippe et Edouard d'Angleterre pi qui Pavaient eux-mêmes choisi comme arbitre. Les princes chrétiens d'alors jugeaient, non sans raison, qu'aucune autorité au monde n’était plus grande, plus juste et plus sûre que celle du souverain Pontife pour régler leurs différends. C’est ainsi que Boniface réconcilia les Bolonais avec le marquis

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d'Este, pacifña les républiques de Gènes et de Venise, dépuis longtemps en guerre l’une contre l’autre, et travailla à rétablir la concorde en Sicile et en Allemagne.

Il est également faux que Boñiface ait voulu se constitue} Jüge du différend survenu entre Philippele-Bel'et Gui, comte de Flandre. Ce dernier avait promis sa fille en mariage au fils du roi d’Angleterre ; Philippe n'avait pas donné son assentiment à cette union, et de crainte qu’il n’en résultât pour lui quelque événement malheureux, il fit jeter en prison le comte et sa fille, qui mourut peu de temps après. De retour en Flandre, Gui voulut se venger et commença la guerre contre Philippe-le-Bei : voilà la véritable cause de la lutte. Boniface n'y fut pour rien ; son nom ne se trouve mêlé à aucun des

incidents de cette guerre. Les écrivains contempo-

rains n'en disent absolument rien ; ni Boniface, ni Philippe, ni ses ministres ne font la moindre mention d’une intervention quelconque. Il est cependant bien certain que ces derniers n'auraient pas manqué de proclamer bien haut ce fait important, s’il eût existé, afin de se donner un motif de lui reprocher son immixtion dans les affaires politiques.

La véritable cause du différend entre le Pape et le roi de France, remonte à la bulle Clericis laicos, par laquelle le. Pape voulait maintenir la liberté et les droits de l'Eglise, soustraire le clergé aux exactions continuelles et inloiérables des souverains, et

faire cesser des guerres très-souvent injustes,

Nous avons déjà vu comment Philippele-Bel répondit à cet acte de justice et de bienveillance du Pape, en défendant d'exporter de l'argent et tout objet de valeur hors du royaume. Toutefois Boniface songeait sérieusement à conférer à son frère, Charles de Valois, la couronne du Saint-Empire romain et à le mettre à la téte d’une expédition qu'on organisait contre les Turcs.

Rien ne put déterminer le roi de France à des idées de paix et de conciliation. Engagé dans la guerre de Flandre, il lui fallait beaucoup d'argent, et, en dépit de toutes les protestations du Pape, il s'en procurait en accablant d'impôts les églises et le clergé. Il refusa au souverain Pontife la dime qui devait être prélevée pour entreprendre une croisade ; il s’allia avec Albert, roi des Allemands, et donna asile et protection aux cardinaux Colonna, ennemis mortels du Pape. Celui-ci lui envoya un légat, l'évèque de Pamiers, pour lui défendre d'appliquer la dime et les revenus des bénéfices vacants à un autre objet que la croisade, et pour réclamer contre la violation des immunités ecclésiastiques. Le roi donna ordre d'arrêter le Ilégat, fit instruire son procès par larchevèque de Narbonne, sous prétexte qu'il était coupable de haute trahison, et demanda à Boniface dé dégrader cetévèque, à qui il voulait faire subir dés peines temporelles. Le procès fut instéuit par deux conseillers du roi, ie chancelier Pierre Flotte et Guillaume de Nogarèet.

Fe Pape envoya un autre légat, Jacques deg

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Normands, pour exiger la mise en liberté de l'évèque de Parniéts, pour enjoindre au roi de ne plus usurper les revenus ecclésiastiques, et l'empècher de détourner les offrandes faites en faveur des Saints Lieux; en cas de refus, le royaume devait être soumis aux censures de l'Eglise. Mais arrivé à Paris, le légat eut le déplaisir de se voir enlever ses lettres apostoliques ; le comte d'Artois, prince du sang, les jeta au feu en présence du roi et des grands. Jacques des Normands recut l’ordre de partir pour Rome avec l'évêque de Pamiers qu'on mit en liberté.

Boniface fut vivement affligé de ces procédés de Philippe- le-Bel ; : il voyait avec peine un prince chrétien se soustraire à l'autorité du Saint-Siége, en mépriser les conseils, en usurper les droits et se précipiter vers un schisme déplorable. Pourtant le Pape ne faisait que presser l'exécution des lois de l'Eglise ; il était dans son droit et il accomplissait un devoir.

Le Pape expédia en France, au commencement de décembre, 1301, plusieurs bulles importantes ; dans l’une, il convoquait tous les archevêques, évèques et docteurs en théologie et en droit du royàäume à un concile, qu’il devait tenir à Rome l’année suivante, afin d'apporter un remède aux maux qui désolaient la France; dans la seconde, il suspendait toutes les grâces accordées à Philippe et aux siens, parce qw’ils en abusaient pour fouler aux pieds les droits les plus sacrés de l'Eglise; dans la troisième, (Ausculta, fi), qui est la plus célèbre, le. Pape pro-

364 LE PAPE BONIFACE VIll

testait de sa bienveillance et de son dévouement euvers le royaume de France; puis il reprochait paternellement au roi ses méfaits, ses usurpations,— reproches qui étaient certes bien fondés et bien mérités,—lui rappelait que les Papes étaient supérieurs aux rois, et enfin le priait d'envoyer au concile de Rome des représentants qui pourraient défendre sa cause.

Le perfide chancelier de France, Pierre Flotte, substitua à cette bulle un autre document, qu'il présenta au roi, et qui était rempli de paroles dures et de doctrines exagérées. Philippe, enflammé de colère, convoqua de suite les trois ordres de la nation, et, en attendant, il fit brûler publiquement (11 fé. vrier, 1302) par le comte d'Artois, la lettre que Pierre Flotte lui avait remise comme étant de Boniface. En inmètie temps, Guillaume de Nogaret, poussé par les cardinaux Colonna, présenta au roi un mémoire, dans lequel il soutenait que Boniface n’était pas Pape, qu'il était hérétique, simoniaque à l'excès, et manifestement plongé dans toute espèce de crimes.

L'assemblée qu'avait convoquée Philippe, eut lieu le 10 avril, 1302. Pierre Flotte se répandit en invectives côntre le Pontife, qui était alors un vénérable vieillard de quatre-vingt.cinq ans, et l’accusa de prétendre que le roi lui était soumis pour le temporel de son royaume. Les évèques essayèrent vainement de faire connaitre la véritable pensée du Pape; ils supplièrent le roi de leur permettre de se rendre au concile de Rome; cette permission leur fut péremptoirement refusée, En même temps, Philippe

nent >hait DS, — bieu su pé- connt dé-

‘lotte, il préres et de coation, (11 f6- Pierre niface.

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écrivit au Pape une lettre qui est un modèle d'insolence. La voici:

« Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à Boniface, soi-disant Pape, peu ou point de salut.

«Sache Ta grande Fatuité que pour le temporel nous ne sommes soumis & personne ; que la collation des bénéfices et des prébendes vacantes nous appartient par le droit de notre couronne; que les fruits de ces bénéfices sont à nous: que les provisions que nous avons données et que nous donne-

rons sont valides pour le passé et pour l'avenir, et

que nous en maintiendrons les possesseurs envers et conire tous. Ceux qui croient autrement, nous les réputons insensés, »

« Donné à Paris, etc. »

Le Pape vit bien que l’on avait altéré ses paroles, et, dans un consistoire de cardinaux, tenu en août, 1302, il accusa Pierre Flotte de ce méfait, déclara qi''il revendiquait la suhordination des rois et des royaumes à son autorité pour les choses temporelles, non pas & raison du domaine (ratione dominii), mais seulement en tant qu’il y a péché etinjustice (ratione peccati}, et ajouta qu’il était bien loin de nier la distinction des deux pouvoirs institués de Dieu. Il terminaiten manifestant le désir de demeurer en bonne intelligence avec le roi, mais il ajoutait que, si par hasard celui-ci refusait d’acquiescer à ses légitimes demandes, il se verrait dans la pénible nécessité de procéder contre lui et de le déposer.

‘Le 4er Novembre, 1302, jour fixé pour la célébr a-

366 LE PAPE BONIFACE Vi!

tion du concile, quatre archevêèques et trente-cinq évêques de France se trouvaient à Rome, malgré Ja défense formelle du roi. Le Pape y publia là fameuse bulle Unam sanciam, qui a loujours été le cauchemar du gallicanisme, et qui n’est cependant que l'expression des vrais rapports qui doivent exister entre l'Eglise et l'Etat, entre le pouvoir religieux et le pouvoir civil, dans un état chrétien. Elle ne contenait aucune doctrine nouvelle ; elle s’appuyait sur les écrits de saint Bernard et de Hugues de Saint. Victor. Boniface aurait pu, s’il l'eût voulu, établir sa thèse sur Ia tradition constante des Pères, des conciles et des Papes, qui se sont occupés de ceite question. C’est à cause de cette bulle que le Pontife fut traité d'hérétique.

. Tdisaiten premier lieu que toute créature hu: Maine est soumise au Pape, mème les rois.—Mais celte docirine a toujours été et sera toujours absolument vraie. Le Pape est constitué par Jésus-Christ lui-même chef de l'Eglise universelle, pasteur de tout son troupeau: d'où il suit que tous, sans exception, rois, princes, archevêques, évêques, etc., sont subordonnés à son autorité spirituelle. Ne pas être soumis au successeur de Pierre, c'est être schismatique, c’est être en hehors de la base que Jésus. Christ a donnée à son Eglise.

. Il proclame dans la même bulle que, dans l'Eglise et sous sa puissance, il y a deux glaives, le spirituel et le matériel; le premier doit être employé par l'Eglise, et le second, pour l'Eglise; l’un est dans la main de lautorité religieuse, l’autre, dans celle

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de l'autorité civile, des rois et des guerriers, sons la direction de l'Eglise ; le glaive matériel doit évidemment être subordonné au spirituel, puisqu'il est incontestable que la puissance spirituelle surpasse en noblesse et en dignité toute puissance ter. restre.

IL est certain que Boniface établit clairement 1a dépendance et La subordination de l'autorité civile vis-à-vis de l'autorité religieuse. Mais il ne voulait pas dire par là que les royaumes dépendent du Pape en qualité de fiefs, et que le souverain Pontife a un domaine direct sur le pouvoir temporel des princes ; cela signifiait simplement que la puissance séculière ne doit jamais empècher la société reliyieuse d'arriver à sa fin, et qu'elle doit mème, en certains cas, lui prèter son concours pour l'aider à atteindre sa fin; cela signifiait encore que, dans le cas où les souverains deviennent despotes, et causent lé malheur des peuples et la ruine de l'Eglise, le Pape a le droit et le devoir de les reprendre, et, s'ils né se corrigent, de les excommunier et de déclarer leurs sujets délié- de leur serment de fidélité. Ainsi donc subordination non-seulement néga:ive, mais même positive, quoiqu'indirecte, de la puissance séculière vis-à-vis ae la puissance religieuse : voilà la doctrine que Boniface expose dons sa bulle et c'est cette doctrine qu'enseignent encore tous Le vrais théologiens.

Mais, dit- -0:, Clément V (1) n'a-til pas révoqué la

(1) Extrav. comm. 1. V, tit, 7, e. 2.

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368 LE PAPE BONIFACE VIfi

bulle Una sanctam, à cause des doctrines exagérées qu’elle renfermait ? Nullement; il n’a fait au con. traire que la confirmer et l'expliquer. IL dit en effet que, par la définition de Boniface, le roi de France Philippe et son royaume ne sont pas plus soumis à l'Eglise Romaine qu'ils ne l’étaient auparavant, c'est-ù dire, que Boniface ne constitua pas un droit nouveau, mais se contenta de confirmer d’une manière authentique un droit ancien et divin. De là il suit que Boniface VIT, dans sa bulle, a enseigné une certaine subordination du pouvoir royal vis-àvis de l'autorité religieuse : doctrine conforme à l’enseignement des Pères de l'Eglise, qui répètent souvent que le pouvoir civil doit secourir et protéger l'Eglise.

Le roi, de son côté, fit défense de sortir du royaume sans son autorisation et d'exporter de l'argent. Le Pape, à la demande pressante de Charles de Valois, envoya au roi le cardinal Lemoine, homme conciliant et d'origine française. Philippe donna des réponses négatives ou insignifiantes, qui furent jugées inadmissibles par le Collége des cardinaux. Boniface déclara le roi passible de l’excommunicition, s'il ne changeait bientôt d'avis. Le cardinal Lemoine, chargé de l’annoncer à Philippe, fut jeté en prison à Troyes, avant d’avoir pu s'acquitter de sa mission.

‘Le roi de France lassait la patience du Pontife ;

il rendait inutiles toutes ses négociations, toutes ses mesures pacifiques. Dans deux assemblées, tenues

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le 12 avril, et le 4 juin, il se servit de Guillaume de Nogaret et de Guillaume du Plessis, pour accuser, par leur entremise, le souverain l’ontife de toute espèce de méfaits, c'était, disait-on, un hérétique qui avait nié l’immortalité de l'âme, la vice éternelle, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; c'était un usurpateur du Saint-Siége, meurtrier de Célestin V, un homme qui pratiquait des sortiléges, qui entretenait des familiarités avec le démon, qui avait violé tous les préceptes du décalogue, toutes les lois divines et humaines, et qui avait méprisé la France et son roi. Philippe en appela au concile général et au futur Pape légitime ; c'était un procédé bien peu digne d’un prince chrétien, et d’uu roi de France ; c'était un renversement manifeste de l’ordre hiérarchique.

Boniface, qui n'ignorait pas toutes les couspirations qu'on ourdissait contre lui de l’autre cèté des Alpes, erut qu'il était plus prudent pour lui desortir de Rome et de se réfugier à Anagni, sa ville natale. Là, il tint un consistoire de cardinaux, en présence desquels il se justifia, avec serment solennel, de tous les crimes dont on l’accusait.

Mais on vit alors pénétrer en Italie le fameux Nogaret, qui prétextait un but de conciliation entre Philippe et le Pape. Arrivé à Sienne, il s’adjoignit un membre de la famille Colonna (Sciarra), certains seigneurs mécontents, et des gens du peuple afamés de brigandage. Ils parurent bientôt devant Anagni et parvinrent à forcer les portes du palais pontifical,

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aux cris de : Meure le l’ape: Boniface ! Vive le roi de France !

Boniface était alors âgé de quatre-vingt-six ans. En apprenant l’arrivée des ennemis, il demeura caline, se revètit de ses habits pontificaux, alla se prosterner devant l'autel, où il fit généreusement à Dieu le sacrifice de sa vie, et prit place sur son trône avec la couronne en tête; il tenait dans ses mains la croix et les clefs. |

On ouvre bientôtles portes de sachambre ; Sciarra Colonna se précipite vers lui l'épée à la main, l'attitude calme du Pontife l’impressionne si vive: ment qu'il demeure comme glacé ou paralysé ; il s'arrête, il tremble, il recule, il n’ose porter une main sacrilége sur le Vicaire de Jésus-Christ. Nogaret l’insulte, fait des menaces et lui annonce qu'il veut l'emmener à Lyon, pour être déposé par le concile. Le Pape lui répond fièrement et avec une diguité qui humilia l’orgueilleux Nogaret : « Voici ma tête, voici mon cou ; je souffrirai patiemment, moi, catholique, moi, Pontife légitime et Vicaire de Jésus-Christ, que des hérétiques me condamnent et me déposent. Je désire mourir pour la foi de Jésus-Christ et pour son Eglise. »

Pendant que certe scène imposante avait lieu daus ’appartement du Pape. les brigands qui accompagnaient Nogaret et Colonna pillaient le palais pontifical, s’emparaient de tous les objets précieux, ainsi que des sommes qui étaient destinées aux frais d'une croisade çontre les Sarrasins, et se répandaient

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ensuite dans la ville pour v exercer leurs déprédations.

Les habitants d'Anagni furent honteux et confus d'avoir ainsi délaissé le Pape, et d'avoir permis qu'il tombât au pouvoir d’une troupe de brigands. Ils coururent aux armes, en criant: «Vive le Pape! mort aux traitres !» Les envahisseurs furent honteusement expulsés ; Nogaret s'enfuit précipitamment en. France ; les remords de sa conscience l'y suivirent. Il sollicita et obtint l’absolution de ses crimes, à la condition d'aller se fixer en Terre. Sainte; mais il mourut subitement huit jours äprès. Dieu exerçait ses vengeances. Philippe-le-Bel termina sa carrière à l’âge de quarante-six ans par suite d'une chüûte de cheval, et Sciarra Colonna passa le reste de sa vie au milieu des chagrins et des dis. grâces. ne.

Boniface fut ainsi arraché aux mains de ses ennemis ; il accorda le pardon à plusieurs des principaux meneurs, et se reudit à Rome. Il n'étaut pas encore au terme de ses afllictions. Deux historiens contempo: rains racontent que la famille des Ursins, qui était en. révolte contre lui, lui interdit l'entrée des palais pontificaux. C'était, certes, un coup bien rude après les nombreuses épreuves qu'il avait eu à subir pendant sa carrière de quatre-vingt-sept années. Sa poaition n'était guère meilleure qu'à Anagni. Les oulrages dont il avait été accablé, et l'ingratitude que lui avaient prodiguée ses concitoyen*, achevèrent de piner sa constitution. Une fièvre Siolenio le saisit

et lemporta en quelques jours Il mourut le 11-Oc. tobre, 1308, après avoir déclaré qu'il PRÉQREEM de boir cœur à tous ses ennemis.

:Veut-on savoir maintenant comment certains .. tofiens nous le représentent dans ses derniers moments ? Ferreti, Sismondi, et mème d’autres écrivains, qui ont probablement peu examiné les documents, tels que Henri Martin, Henri Léo, César Cantu, Chateaubriand, etc. nous disentque le Pape,aprèsson

retour à Rome, tomba, dans des accès de rage, chassa.

ses. domestiques et ferma la porte de sa chambre par dedans, se frappa la tête contre la muraille jusqu'à ensanglanter ses. cheveux blancs, rongea son

bâton, se déchira les mains avec Fe dents, invo-.

qua Béelzébuth, et mourut étouffé sous les couvertures de son lit Ces circonstances ne se trouvent pas toutes consignées dans chaque hisiorien, mais sont dispersées plus où moins ici et là, suivant le degré de loyauté et de sincérité de chacun.

Que ce grand Pape, doué d’une intelligence supérieure et bien cullivée, homme de convictions profondes et d’un caractère naturellement peu flexible, ait éprouvé de terribles souffrances morales, en se voyant abreuvé d'injures et aux mains d’une troupe de scélérats; que le chagrin de voir les droits de l'Eglise foulés aux pieds et que les épreuves successives aient accéléré le terme de sa carrière, cela est très: probable. Mais le genre de mort qu’on lui attribue doit être reiégué parmi les fables. En effet, presque tous les historiens de l’époque disent que, forcé par la maladie de garder le lit, il prononga, suivant

1pérOble, 1 se upe l'Eves r'ôspue l'es- )rcé ant

l'usâge des Pontifes Romains, sa. profession. de fai. : récita tous les articles de la doctrine catholique en

présence de huit cardinaux et autres personnges

remarquables, et rendit tranquillement son âme au Souverain Juge.

Qu'it ait souillé de sang sa blanche Pre | n'est guère possible, puisqu'il était complètement

chauve.

Qu'il se soit rongé les mains ct frappé la tête contre la muraille, c'est un fait également inad-

m 5sible. En effet, lorsqu’en 1605, ou trois cent deux

ans après.sa mort, sous le pontificat de Paul V, on

ouvrit son cercueil, en présence d’un grand nombre de prélats et de seigneurs, pour le transporter à sôn

nouveau tombeau, dans les souterrains dè la bas.

lique de Saint-Pierre, on trouva son corps entier, sans corruption et sans aucune plaie; les veines et les moindres vaisseaux sanguins étaient encore visibles. On prit acte de toutes les circonstances, et on les fit rédiger minutieusement par le notaire Grimaldi, assisté de témoins, Comment se faitil qu'il n'eùt plus de blessures alors, s’il en eût eu auparavant ? Est-ce que par hasard la nature pourrait cicatriser des plaies, même après la mort ? (1) Messieurs, voilà pius de cinq siècles que Boniface Villest descendu dans la tombe, et l’on n’a cessé d'acenmuler sur sa Lète les calomnies les plus noires, les accusations les plus atroces, On répète sans cesse qu'il a abusé de son autorité contre les princes et

(1) Z, PR, Palma, Praelect, hist. eccl,, t, II, p. 471, etc.

Lt nr À de)

Mi me se foie

le clergé, qu'il était intraitable, etc. Mais est-ce donc un abus que de s’opposer aux usurpations des princes, à leur'immixtion dans les affaires de l'Eglise ? Est-ce un abus que d'empêcher les souverains d’accabler leurs sujets de lourds impôts, et d’extorquer du clergé, pour une fin indigne, des biens qui sont le patrimoine .des pauvres, et le soutien des guerres saintes ? Est-ce un abus que de chercher à punir des sujets rebelles à l'Eglise et à l'autorité temporelie ? Non, certes; ce n'est là qu’un usage par. faitement légitime d’une puissance divinement conférée pour le maintien de la foi, de l'unité, et des principes de la justice et de la saine morale. Heureux eussent été les souverains et les sujets, s’ils n’avaient jamais cessé de reconnaître ce pouvoir suprème, équitable envers tout le monde, et où tous trouvaient une égale protection. Au lieu de voir les nations se ruér les unes sur les autres, au lieu d’avoir à déplorer leurs désastres dans des luttes colossales, on aurait la consolation de les voir s'adresser à ce tribunal supérieur à toutes les puissances de la terre; ses jugements seraient acceptables et universellcment acceptés; les lauriérs de la paix commence. raient à refleurir et le monde ne s'en porterait que mieux. (1).

Je conclus donc, en terminant, que la saiñe critique historique ne trouve rien de répréhensible

() Les documents concernant Boniface VIII se trouvent dans Raynaldus, ad an, 1294-1303 ; Mansi, t. XXIV, p. 1131, etc. ; Bolland., mens. maïi, t. IV, p.4°2. On trouve six Constitutions

du même Pape dans le Bullarium magnum, t, T, Lyon, 1672, p. }98-207, NEW Lisi Dr e 8 19 .. 4 Y I

dans les actes du Pape Boniface VIIL Son élévation au pontificat-est düe, non pas à ses intrigues, mais à son mérite; ses relations avec les cardinaux Colonna et Philippe-le-Bel sont empreintes de sagesso et de modération, et sa mort, douce et calme, fut celle d’un homme qui a consumé sa vie à accomplir les-devoirs que lui imposaient ses hautes fonc: tions, A tt TL

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