LA 1V° ET LA V® SESSION DU CONCILE DE CONSTANCE
Constance. La vérité de cette conclusion devient d'autant plus évidente que, vers la fin du concile, le souverain Pontife défendit aux Polonais d'en appeler du Pape au concile général, défense qui contredisait manifestement les décrets en question, puisqu'il est toujours permis d'en appeler d’un tribunal inférieur à un tribunal supérieur.
Il n'est pas inutile de remarquer aussi que ces décrets, considérés en eux-mêmes, ne s'étendaient qu'aux Papes douteux et au cas de schisme. £En effet, ils énoncent toujours clairement qu'il s’agit d'extirper le schisme et de procurer plus facilement et plus sûrement l'union ; le but qu'ils se proposaient en cela, c'était donc uniquement de rétablir la paix et l'unité.
La plupart des historiens s'accordent maintenant à dire que les matières de foi, dont parle Martin V dans sa bulle de confirmation-du concile, se rapportent aux erreurs de Wicleff, de Jean, Huss et de Jérôme de Prague, qui y furent condamnées.
Il n’y adonc rien dans ces décrets qui puisse causer tant de joie aux partisans des doctrines gallicanes, (1) puisque ce concile ne peut leur fournir aucun argument inattaquable. Les théologiens romains ont depuis longtemps démoli cet édifice qui ne reposait que sur une base ruineuse.(?)
(!) Noël Alexandre, Hist. eccl., Diss. IV, in saec. XV ; De lu Luzerne, Défense de la déclaration du clergé de France, p. III, c. 20, etc.
(?) Bellarm., Controv. 1. II de combi, 0 Ce: 19 : Schelstrate, Acta concilii Constantiensis ; Tractatus de’ sensu et auetorit.
J'aurais aimé, Messieurs, à vous exposer clairement tout le fameux procès de Galilée.(1) Mais le temps me fait défaut; peut-être pourrai-je traiter cette question plus tard. Qu'il me suffise de dire actuellement, pour le but que je me propose dans ces leçons, que l’infaillibilité des Papes n'a rien à faire avec ce procès, et ne se trouve pas compromise par la rétractation que Galilée dut faire de ses opinions.
Non-seulement il n’y eut pas l'ombre d’une défnition pontificale, mais même dans tout le décret des cardinaux du Saint-Office, ainsi que. dans la formule d’abjuration, le nom du Pape ne s’y trouve pas une seule fois ; on n’y fait même aucune allusion, ni directe ni indirecte. Cependant comme, à cette époque, la question n'était pas suffisamment élucidée, et que la vérité de notre système astronomique n'était pas encore blen établie, on en concluait qu'il n’y avait pas de raison suffisante pour interpréter les Saintes Ecritures dans un autre sens que dans le sens littéral.
Les plus savants physiciens et astronomes de ce temps, c’est-à-dire, du commencement du dix-septième siècle, étaient d'avis que l'opinion de Galilée
decret. Constant. concil., sess. IV-V ; Card. Orsi, De K. Pont. in synodos œcum. et earum canones auctoritate ; ; Mruazarelli, De auctorit. R. Pont., t. II, c. 17 ; Palma, Praelectiones hist. ecel., t. IV, p. 1, c. 4.
(1) Galilée naquit à Pise, le 18 février, 1564, comparut devant l’Inquisition à Rome, en 1616 et en 1633, et mourut le 8 janvier, 1642. Il est absolument faux que le grand astrouome ait langui plusieurs mois en prison, et ait été maltraité.
était en opposition avec les Livres Saints. Il appartenait donc au Saint-Office, chargé de veiller à la pureté de la doctrine, de voir à ce que l’interprétation de l’Ecriture ne souffrit aucun détriment, par des hypothèses qui ne paraissaient pas encore vraisemblables. Plusieurs théologiens n’hésitaient pas à affirmer que, du moment qu’on apporterait des preuves convaincantes en faveur du système de Galilée sur la mobilité de la terre et l’immobilité du soleil, l'Eglise interpréterait de suite dans le sens figuré et impropre les passages de l'Ecriture, qui semblaient établir la rotation du soleil autour de la terre.
Jamais personne ne songea alors à examiner la doctrine au point de vue d’une définition; on voulait simplement empêcher la diffusion d’une inter. prétation, peut-être erronée, des Saintes Ecritures. Un siècle s'était écoulé depuis l’apparition de Luther et autres réformateurs; l'expérience n'avait que trop démontré combien de sectes disparates peuvent naître de la libre interprétation de la Bible laissée à chaque individu.
Le SaintOffice voulut épargner de semblables malheurs dans le cas actuel ; il y eut dans cette affaire une grande prudence, qu’on devrait savoir apprécier en une matière aussi grave que la doctrine révélée. (:) Supposons qu'il ait erré, cela prouverait tout au plus que les hommes les plus doctes et les plus réfléchis peuvent se tromper malgré toute leur sagesse, et que, par conséquent, l'as-
(1) Bouix, De Papa, t. II, p. 483,
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