‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 62 sur 71 · GLMENT XIV, PIE VIL ET LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

GLMENT XIV, PIE VIL ET LES JÉSUITES

tienne, se liguèrent contre eux, les dénoncèrent aux souverains de France, de Portugal et d'Espagne, comme coupables de tous les forfaits, et les enga- , gèrent à réclamer auprès du Pape la suppression de la Compagnie.

Clément XIII opposa à toutes les instances un refus énergique et digne de tout éloge. Mais on ne manqua pas d’user de représailles; sans aucune forme de procès, on arracha des milliers de ces bons religieux à leurs demeures et à leurs travaux, et on Jes jeta sur la côte de l'Etat Pontifical. Le Pape résista mème à une invasion à main armée de son territoire, et mourut par suite des chagrinsqu’il éprouva.

Son successeur, Clément XIV (1769-1775), essaya, lui aussi, de conjurer la tempête, de calmer les princes; il temporisa un peu. Mais, forcé par les ministres impies des cours étrangères, qui exigeaient impérieusement l'abolition de la Compagnie, dépouillé d’une partie de ses états, menacé d’un schisme, entravé par les souverains dans lexercice de son pouvoir spirituel, il jugea que ce serait un moindre mal de consentir à supprimer la Compagaie, que de continuer et d’empirer peut-être l’état actuel des choses (1773). IL agissait comme le pilote qui, ballotté par la tempête, jette à la mer des marchandisés de grande valeur, plutôt que d'exposer sa vie et celle des passagers. Il avait le pouvoir d’agir ainsi ; il ne nous appartient pas de blâmer cé qu'il crut opportun de faire dans les circonstances pénibles où il se trouvait.

Remarquons toutefois qu'il ne les déclara pas coupables ; il les avait même comblés d’éloges peu auparavant ; cet acte auquel il fut contraint malgré lui, lui coûta des chagrins qui l’accompagnèrent jusqu’au tombeau. Son but qui avait été d’éloigner de l'Eglise des maux plus graves, était excellent, mais -il s'était privé d’une sainte, noble et vaillante milice, destinée à combattre pour l'Eglise dans les mauvais jours.

Pie VIT, encouragé par les demandes unanimes de l'univers catholique, décréta le rétablissement de la Compagnie dans tout le monde (1814). Il n’y avait plus les mêmes obstacles, ni les mêmes haiïnes ; il pensa qu'il serait très-utile de donner à la barque de Pierre, agitée par la tempête révolutionnaire, ces courageux et habiles rameurs. Illefitet fit bien. En tout cela, il n’y a rien qui puisse atteindre de loin ou de près l’infaillibilité pontificale.

Le Morning Chronicle de Québec, dans son numéro du 15 février, 1872, donnait à ses lecteurs un compterendu de l'assemblée des membres et amis de la Société Biblique, tenue à Québec le soir précédent. Bon nombre de révérends orateurs félicièrent ja Société des beaux succès réalisés par le colportage des Bibles, exaltèrent les progrès du protestantisme à Rome mème, sous les yeux du Pape, et proclamèrent l'exactitude de leur version. de la Bible. L'un d’eux alla jusqu’à se déclarer satisfait de

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que feu Mgr. Baillargeon, Archevèque de Québec, avait traduit le Bible et en avait recommandé la lecture à ses ouailles ; il eût aimé à lui serrer la main en signe de sa joie profcende. Une objection sembla demeurer insoluble à la savante assemblée, c’est que les prêtres catholiques puissent s'opposer à la diffusion de la parole de Dieu.

Cette accusation est portée ici contre les prêtres ; d'autres la dirigent contre les Papes. C'est ainsi qu'on prétend que Jean XXII, Clément IX, Clément XI, Benoit XIV, Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI ont condamné la traduction de la Bible en langne vulgaire, et en ont sévèrement interdit la lecture aux fidèles. Voyons ce qui en est.

Quiconque croit que la Bible est un livre qui a Dieu pour auteur, une lettre de Dieu aux hommes (saint Augustin), comprend le danger qu’il peut y avoir à ne pas en saisir le véritable sens; c’est, en effet, de la Sainte Ecriture mal comprise que sont nées toutes les erreurs, toutes les sectes les plus monstrueuses. L'Eglise chargée par Jésus-Christ d'enseigner toutes les nations et de communiquer oralement la vérité révélée aux hommes, a le droit, et encore plus, le devoir de prendre les mesures riécessaires peur empècher autant que possible toute fausse interprétation de la parole de Dieu.

C'est ce devoir impérieux qui a dicté aux Papes les restrictions apportées à la lecture des traductions de l’Ecriture en langue vulgaire, restrictions que les protestants ont décorées du nom de défenses de

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