‹ La primauté et l'infaillibilité des souverains pontifes [microforme]Chapitre 63 sur 71 · EF LA BIBLE · texte numérisé non relu

EF LA BIBLE

lire la Bible. L'expression estinexacte ; car les Papes n’ont jamais prohibé d’une manière absolue et génénérale de lire les Saintes Ecritures ; la défense n’a porté que sur certaines traductions mal faites, et ne concernait que les nersonnes et les pays où cette lecture pouvait en réalité offrir quelque danger.

Comme les agents des sociétés bibliques colportaient de nos jours une multitude de Bibles falsifiées, dont la propagation couvrait un actif commerce de petits traités pleins d’hérésies et de fiel contre l'Eglise, le Saint-Siége a, pour cette raison, fait de nouvelles défenses, dont le Faut était clairement exprimé. Les protestants ont pris de là occasion de blâmer l'Eglise et les Papes, de leur reprocher leur pusillanimité et de s'apitover sur les malheureux catholiques qui ne peuvent pas lire Ia parole de Dieu.

Cependant la conduite l'Eglise est tres-prudente et très-sage. Personne n'ignore que grand nombre de passages de l’Ecriture sont fort obscurs, incompréhensibles à la plupart des lecteurs; beaucoup d’autres sont susceptibles d’interprétations diverseset certainement fausses. Je n’en veux d'autre preuve que les innombrables sectes qui fourmillent depuis la Réforme, qui s'appuient toutes sur la Bible, et dont la plupart doivent certainement en avoir travesti le sens, à moins qu’on ne veuille bien admettre que Dieu a révélé le vrai et le faux, le ouietle non; ce qui est impie et absurde.

Il était donc du devoir de l'Eglise de veiller à ce que ce livre divin ne fût pas altéré, à ce que le

véritable sens n’en fût pas méconnu : de là lés sages restrictions qu’elle a mises à la lecture de la Bible. Elle ne la regarde pas comme nécessaire au salut ; elle prétend qu’il n’y a pas que la lecture des Saintes Ecritures qui mène à la vérité ; autrement, ceux qui ne savent pas lire, ne pourraient être sauvés; elle sait aussi que l’enseignement oral est le moyen choisi par Jésus-Christ, pour propager et conserver la vérité révélée, et c’est pour cela que la prédication se fait si souvent chez les catholiques, et en langue vulgaire.

L'Eglise et ses chefs ne se sont jamais montrés ennemis de la Bible : preuve, les innombrables traductions qui en ont été faites à toutes les époques ; preuve, les savants et nombreux travaux, les annotations précieuses qu’y ont jointes les érudits catholiques, et qui en rendent le sens facile à saisir, en mème temps qu'elles éloignent tout danger. C’est ainsi que l’unité-et l'intégrité de doctrine, voulues par Jésus-Christ lui-même, se conservent chez les catholiques ; ils ne mettent pas l’autorité de l'Eglise au-dessus de celle de l’Ecriture, puisque toutes deux sont divines, mais ils croient que l'Eglise a reçu en dépôt toute la révélation, qu’elle en a le véritable sens, et que, même humainement parlant, il est plus sage de préférer l'interprétation que l'Eglise nous donne de la parole de Dieu, à l'interprétation que chacun de nous pourrait en donner.

Donc, en résumé, les Papes se sont contentés de protester contre les traductions infidèles de la Bible,

contre la nécessité pour les fidèles de lire la Bible, contre les sociétés bibliques ; mais ils ont permis les traductions légitimement autorisées par le Saint- Siége, ou publiées avec des annotations tirées des Pères de l'Eglise ou d'interprètes savants et catholiques. (:) Leur but certainement très-louable était de conserver intact le texte sacré, et d’éloigner des fidèles le danger de travestir le sens de ce livre que Dieu nous a donné.

Les ennemis de l'Eglise catholique tirent leurs principales et leurs plus nombreuses objections contre l’infaillibilité pontificale des fautes personnelles reprochées à certains Papes.

I! y a d’abord une réponse générale à donner à cette difficulté ; elle convient à tous les cas, quel que soit le nom du Pape qui esten cause. C’est que l'infaillibilité n’a absolument rien à faire avec la conduite privée. Il est facile, en effet, de supposer que quelqu'un ne puisse enseigner l'erreur, bien qu’il puisse être un homme peu vertueux, ou mème corrompu. Autre chose est d’être scandaleux, autre chose de promulguer une fausse doctrine. C’est pourtant cette distinction si élémentaire que certains écrivains ne savent ou ne veulent pas faire. Quand même on me dirait que tel Pape a été un monstre, coupable de tous les crimes, violateur de tous les commandements de Dieu et de l'Eglise,

(:) Grégoire XVI, Encyclique du 8 mars, 1845, Inter praeci puas inationes.

cela ne ferait pas vaciller ina foi un seul instant. Pourquoi? Parce que Jésus-Christ a restreint ses promesses à la prérogative de l’infaillibilité et n’a pas jugé à propos de les étendre à l’impeccabilité ; parce que le péché fait bien perdre, il est vrai, le grâce sanctifiante, mais ne prive pas de la juridiclion, non plus que de la prérogative de ne pas errer. Je me coutenterais alors de déplorer les vices personnels du Pontife, mais je me soumettrais de tout cœur à ses sentences doctrinales ; je vénèrerais ses enseignements et j'y donnerais ladhésion humble et complète de ma foi. Puis je répèteraig à mes interlocuteurs la belle réponse que fit Jésus-Christ dans un cas semblable : « Les scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse; faites donc et pratiquez tout ce qu’ils vous disent, mais ne faites pas ce qu'ils font »

A cette réponse, j'en ajouterai une autre, qui ne me parait pas moins vraie, c’est que l’on a énormé. ment exagéré les fautes des Papes. Plus on a étudié leur histoire sans préjugés, et dans les documents contemporains, plus on s’est convaincu que la mauvaise foi seule avait pu ternir ainsi la répu:tation d'hommes parfois vraiment remarquables par leurs vertus et leurs belles qualités. Les préjugés qu'apportent certaines personnes à leurs études sur cette matière, leur font apercevoir tous les actes pontificaux sous un aspect sinistre ; leurs yeux sont malades ; ils ne peuvent voir que sous de fausses couleurs ; la moindre démarche, innocente en elle-même et à laquelle on ne ferait pas attention s'il

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