‹ La primo-infection tuberculeuse de la conjonctiveChapitre 20 sur 23 · TRUE · texte numérisé non relu

TRUE

OBSERVATION N° 2 (publiée avec le docteur A. CAN- TONNET dans le Journal des Praticiens, 4 juin 1938, 52? année, n° 23).

Le jeune P... André, âgé de 15 ans, sans profession, entre dans le service d’ophtalmologie de Laënnec le 6 janvier 1938 pour une conjonctivite gauche avec adénopathie satellite.

Son histoire est la suivante :

L’affection a débuté le 24 juillet 1937, par une sensibilité de la région prétragienne gauche qui attire en premier l'attention. Deux jours plus tard, en cet endroit, une tuméfaction apparaît, précédant de quelques heures une modification de la conjonctive qui devenait rouge sans être sensible. Il consulte alors à l'hôpital Ambroise Paré et il a retenu le diagnostic de conjonctivite à granulations folliculaires qui fut porté. On suspecte la bacillose et on fait une inoculation au cobaye du produit de raclage de la lésion oculaire. Le résultat, nous dit-il, aurait été positif.

En septembre 1937, il va consulter aux Enfants- Malades où il a été opéré, quelques années auparavant, d’ostéomyélite. Il reçoit là un traitement qu’il ne peut préciser. Sa mère, inquiète, redoutant une syphilis héréditaire, l’emmène consulter à l’Institut Fournier. Malgré un Bordet-Wassermann négatif, il reçoit une série de sulfarsénobenzol.

Au début de novembre, dans la chaîne cervicale

Met Les

gauche, des ganglions apparaissent qui grossissent progressivement et deviennent volumineux.

En décembre, il consulte à Laënnec au dispensaire Léon-Bourgeois. Le docteur Baron vérifie par radiographie l'intégrité de ses poumons et, sur le conseil du docteur Troisier, on pratique des examens bactériologiques. Le frottis des sécrétions conjonctivales ne montre aucun germe, mais, dans le pus prélevé par ponction ganglionnaire, on trouve aisément des bacilles de Koch. A

Quelques jours plus tard, le 6 janvier 1938, il entre dans le service d’ophtalmologie.

L'examen local pratiqué à ce moment montre effectivement à gauche, d’une part, des lésions oculaires, d’autre part, une volumineuse adénopathie dans le territoire homologue.

Les lésions oculaires sont complètement indolores. Le malade n’accuse aucune souffrance, aucune gêne. Cependant, ces déformations sont importantes. La paupière supérieure gauche, en particulier, est épaissie, œdématiée, de coloration violacée. En la retournant, on observe, sur le fond rouge foncé de la muqueuse, de nombreuses granulations jaunâtres isolées les unes des autres. Celles-ci se voient également, quoique en nombre moins important, dans le cul-de-sac conjonctival inférieur et sur la conjonctive bulbaire qui est infectée. Sur la cornée, on note une petite phlyctène à six heures. Par contre, l'iris est normal. Les pupilles réagissent bien à la distance et à la lumière. Le fond d’œil est normal.

sep ee

L’adénopathie est véritablement volumineuse. On voit, dans la région prétragienne gauche, une grosse tuméfaction de trois centimètres de diamètre. La peau est un peu rouge ‘à ce niveau. La palpation, à peu près indolore, révèle une fluctuation de cette masse de laquelle, effectivement, on retire facilement par ponction un pus grumeleux. Au-dessous, dans la région sous-angulo-maxillaire et, plus bas encore, le long du sterno-cléido-mastoïdien jusque dans le creux sus-claviculaire, on voit un énorme paquet ganglionnaire déformant tout le côté gauche du eou. Ce sont des ganglions assez gros, bien isolés les uns des autres, indolores, ne présentant aucune zone de fluctuation.

L'examen général ne révèle rien d’anormal. Les poumons sont indemnes, tant cliniquement que radiologiquement. Sur la radiographie du thorax, en particulier, on ne note aucune trace d’un chancre d’inoculation antérieur.

Le cœur est normal. La tension artérielle est à 12-8. Pas de troubles digestifs. Pas de splénomégalie. Aucune adénopathie dans les autres territoires ganglionnaires. Pas de signes neurologiques. Ni sucre, ni albumine dans les urines. L'état général est excellent. La température est normale. Il n'existe aucun amaigrissement. En somme, il s’agit d’une lésion purement locale, tuberculeuse sans aucun doute, puisque le pus ganglionnaire contient des bacilles de Koch, mais d’un type spécial. Cet ensemble clinique, en

FR, eee

effet, formé d’une lésion conjonctivale avec adénopathie satellite prétragienne, évoque l’idée d’un complexe primaire, d’une tuberculose de primo-infection.

De fait, les antécédents de ce sujet sont purs de tout accident bacillaire. Il habite Billancourt depuis six ans et séjournait auparavant à Gagny (Seine-et- Oise). Jusqu'au début de sa maladie. Il fréquentait l’école communale. I1 a eu rougeole et coqueluche dans son enfance, mais aucune manifestation pulmonaire. Ostéomyélite opérée aux Enfants-Malades en 1933. Une jeune fille de 24 ans, qui vit dans sa famille, a été suspectée par la mère du malade d’être l’agent contaminateur. Examinée par le docteur Baron, elle s’est révélée inddmne de bacillose. On ne trouve aucune autre source possible de contagion.

Le malade a sept frères et sœurs bien portants. Une sœur est décédée en bas âge de croup. | Le père et la mère jouissent d’une excellente santé.

Divers examens complémentaires ont été pratiqués :

1° Un nouveau frottis des lésions conjonctivales a donné : rares hématies, pas de bacille de Koch, pas d’autres germes. Le pus du ganglion, par contre, a montré sans difficulté du bacille de Koch après coloration de Zielh. ;

20 La cüti-réaction à la tubercuüline était fortement positive. On obtenait une réaction phlycténulaire sur une papule de 10 millimètres de diamètre entourée d’üne auréole érythémateuse de 2 cm. 1/2 de dia-

mètre.

Er

Il existait, en effet, une sensibilité marquée à la tuberculine comme le montrent des intradermo-réactions de Mantoux pratiquées avec des dilutions croissantes. La réaction-limite était obtenue avec 1/10° de centimètre cube d’une dilution au 1/10.000°.

3° La numération globulaire donnait les résultats

suivants :

Globules'rouges io. .... 4.060.000 .- blancs Si Me RP eee 7.200 Éémoglobine 7: RER er 75 La formule leucocytaire était la suivante :

Polynucléaires neutrophiles ......... 72 % Grands mononucléaires ............. 3 % Moyens mononucléaires ............. -10 % Evimphocytes Per Re 9 Prde transition 26e ps ARTE 6 %

4° La mesure de la vitesse de sédimentation des hématies a été pratiquée :

15 mm. en une heure; 37 mm. en deux heures;

82 mm. en vingt-quatre heures; 1-ram.1/2 "en GB.

5° La mesure des anticorps tuberculeux au sérum faite à l’Institut Pasteur a donné : + 3 doses. Enfin, on a ensemencé du sang sur milieu en petragnani sans résultat.

L'évolution au début a donné quelques inquiétudes. En effet, les lésions oculaires avaient une tendance

Page 1