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LA PRESSE,CHEZ LES GOBEMOUCHES

ministration du comte de Touche-à-Tout, les Gobemouches étaient la terreur de leurs voisins, l'envie de toutes les nations de Tunivers. Au dehors, notre armée faisait trembler la terre; au dedans, les Gobemouches vivaient heureux et fiers sous là tutelle de leur grand gouvernement. Des ministres habiles les débarrassaient de ces soucis journaliers qui maintenant les écrasent. Il n'y a plus de repos pour ce malheureux peuple, qu'on accable du soin de ses propres affaires, La garde nationale, l'église, l'école, la commune, le jury, les sociétés d'enseignement ou de bienfaisance, les lectures publiques, les bibliothèques populaires , nous prennent tous nos loisirs. Il ne nous est plus permis de nous amuser; nous sommes les esclaves de la liberté !

« Les femmes mêmes, ces gracieuses créatures dont la nonchalance est le plus grand charme, sont transformées et défigurées par le régime odieux qu'on nous impose. Les toilettes, les promenades au bois, les équipages, l'opéra, le turf, les jockeys, les petits scandales de la cour et de la ville, ces mille riens qui font l'amusement d'une vie élégante, ne sont plus l'objet de leurs aimables causeries; elles parlent religion, cha-

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rite, écoles, politique : ce sont des hommes. Si on les laisse faire, la plus belle moitié du genre humain en sera bientôt la plus ennuyeuse et la plus triste. On ne voit pas pourquoi on n'en ferait pas des électeurs : nous y viendrons. En attendant, le luxe s'éteint, le goût s'altère, les arts deviennent sérieux, c'est une décadence universelle.

a Voilà où nous ont conduits les imaginations chimériques d'un enfant ! Voilà où nous a réduits le servilisme de ministres fainéants qui^ pour plaire au maître, ne craignent pas de ruiner notre administration nationale, d'anéantir cette prodigieuse centralisation qui faisait la gloire et la joie de nos pères. Aujourd'hui, chacun fait ce qu'il veut, c'est la tyrannie individuelle poussée à ses dernières limites. Indifférence, impuissance et lâcheté, voilà les vertus à la mode en haut lieu ; nos ministres sont la honte et le rebut de la civilisation; l'étranger s'en moque, les bons citoyens les exècrent, tous les honnêtes gens les méprisent.

« Ah ! si nous avions la liberté de la presse I Mais, en reconnaissant à chaque Gobemouche le droit de fonder un journal, les perfides ont bien

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SU ce qu'ils faisaient. Sous prétexte d'affranchir la presse, ils Font asservie. Autrefois, la simple nouvelle de l'indisposition du comte de Toucheà-Tout suffisait pour, inquiéter le pays tout entier; aujourd'hui, nous avons beau crier à l'incapacité et à la trahison des ministres, personne ne nous écoute. Chacun s'occupe de son école et de sa commune ; personne ne s'inquiète d'un gouvernement dont il n'a plus rien à craindre ni rien à espérer. C'en est fait de la grande nation, il n'y a plus de Gobemouches !

c( Ad. Couleur. »

Dans le même numéro, on lit un peu plus loin :

« Il y aura cette année un excédant de recettes considérable ; on l'évalue à plus de cent millions. On dit que l'intention des ministres est d'employer cette somme à diminuer les droits de mutation et d'enregistrement. C'est bien là. ce qu'on appelle courir après une fausse et misérable popularité. Autrefois, on eût employé cette somme à augmenter notre armée nationale; mais toutes les traditions d'honneur sont perdues ; on a fait de nous un peuple de boutiquiers.

« Des ministres sans pudeur osent se glorifier de cet accroissement de revenus. « C'est, disentc( ils , une preuve que la richesse grandit avec la lia bertë. » Mais qui trompe-t-on ici? Ne sait-on pas que les dépenses des citoyens augmentent dans une proportion effrayante depuis que PÉtat laisse tout à leur charge? On assure que cette année on leur a fait donner volontairement plus de deux cents millions pour les écoles ; encore un peu de temps, le budget de l'instruction populaire nriontera plus haut que notre ancien budget de la guerre. Le jour où Ton voudra se battre, où Irouvera-t-on de l'argent? Vienne un homme d'État chez les Cocqsigrues, vienne un de ces grands politiques qui mènent les peuples à la victoire et à la gloire, que deviendrons-nous ? On dit que nos arsenaux sont pleins et qu'une armée régulière de deux cent mille hommes offre des cadres suffisants pour contenir nos braves gardes nationaux. On répète qu'il n'est pas un citoyen qui n'ait l'habitude des armes ; mais, si cela est bon pour défendre un pays, que d'ailleurs personne ne menace, est-ce ainsi que nous imposerons nos idées au monde et qu'il ne se tirera plus un coup de canon sur la terre sans

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notre permission ? Un seul mot résume la situation : AVIUSSEMEM*, ATUISSEHENT, ATILISSEMEITr I

c< Ad. Couleur. »

« P. S. Deux mots à l'adresse de certains journaux qui ne vivent que de scandale. On ose dire que le nom de notre rédacteur en chef ne lui appartient pas; on croit reconnaître, sous ce pré tendu pseudonyme, le nom d'un sieur La Douceur, qu'on ne rougit pas d'appeler l'ancien gardien des chiens perdus. On assure que nous faisons de l'opposition pour le compte d'un grand personnage qui veut renverser le gouvernement depuis qu'il n'en est plus le maître. Nous dédaignons ces plates injures et nous n'y répondons que par le mépris. Nous nous glorifions d'avoir servi comme un humble soldat sous le drapeau administratif de l'illustre comte de Touche-à- Tout. Quant à l'ambition que l'on prête à ce grand homme, il n'en a qu'une : c*est de tirer les Gobemouches de l'abîme où les précipite la folie de quelques rêveurs* Qu'y a-t-il d'élonnant qu'un patriotisme aussi pur fasse du comte de Touche-à-Tout le chef de l'opposition? »

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Extrait du journal le Conservateur.

« Ou nous écrit de Borneville :

a Hier ont eu lieu les obsèques de notre éminent concitoyen le baron Géronte Pleurard. Sa mort a été subite. Les médecins disent qu'il a été foudroyé par une attaque d'apoplexie ; des journaux qui ne respectent rien ont parlé d'indigestion ; la vérité est que notre illustre compatriote a succombé à la maladie qu'un peuple étranger a si justement nommée le cœur brisé. Les réformes téméraires qu'on essaye en ce moment terrifiaient l'honorable baron, et comme l'a dit éloquemment sur sa tombe l'adjoint au maire de Borneville, a il n'avait pu voir sans effroi qu'on a coupât l'ancre de salut et qu'on lançât le vais- « seau de l'État sur des océans sans rivages. » Tous les honnêtes gens tremblent comme lui.

« Issu d'une famille de robe, nourri par une mère qui, en véritable Romaine, n'a jamais su autre chose que filer sa quenouille et rester au logis, le baron Pleurard avait reçu en naissant les solides principes qu'il a défendus jusqu'à son dernier jour. Il est resté fidèle à l'antique devise de sa maison : Nova antiqnaj ou le neuf c'est le

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