LA PRESSE CHEZ LES GOBEMOUGUES
vieux. A l'exemple de ses illustres maîtres, il a toujours professé que le progrès^ cest la révolution. Imbu des saines doctrines, il aimait à répéter qu'à l'origine du mondie, nos premiers pères savaient tout sans avoir rien appris ; que, depuis soixante siècles, la science et la vérité ont toujours été en diminuant, et que le vrai moyen de marcher dans la voie de la civilisation, c'est de retourner en arrière. « Plus on reculera, disait- « il, plus on avancera. Pour trouver une onde « pure, c'est à la source qu'il faut remonter, au « lieu de suivre le fleuve dans ces longs détours « où il se charge de détritus corrompus et cor- « rupteurs. »
« Honorer les grands hommes est le devoir de tous les citoyens. Mais Borne ville est pauvre; c'est un gros bourg habité par de bons paysans qui ne savent ni lire ni écrire, et qui ont toujours dédaigné le commerce et Findustrie ; espérons qu'une souscription nationale nous permettra d'élever une statue au baron Pleurard. Déjà le projet en a été dressé par un homme de talent. On se propose de construire, en guise de piédestal, une fontaine qui fait grande faute au pays. On y gravera les paroles mémorables de
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notre vénérable compatriote : ce sera une leçon pour un peuple insouciant et léger, un encouragement pour les esprits robustes qui ne cèdent pas au vain mirage dMn progrès fallacieux.
« Au milieu du marché le monument fera un effet admirable. Au fond est la caserne, à droite la prison, à gauche l'hôpital. N'est-ce pas la place même qu'aurait choisie l'homme qui, avec tant de courage et de talent, défendait l'antique civilisation contre la barbarie des novateurs? »
Citons encore un récent article de la Modération ^ qui ne manque pas d* intérêt :
a Nous sortons de la Chambre, émus d'un scandale qui révoltera le pays tout entier. Ce ne sont pas seulement les institutions qui s'écroulent, ce sont les manières qui se dépravent, c'est notre vieille politesse, c'est le bon goût qui s'en va.
« Aujourd'hui le comte de Touche-à-Tout s'est surpassé lui-même, il a prononcé un de ces discours qui font époque dans la vie des nations. Il a pulvérisé les vains sophismes avec lesquels on abuse un peuple crédule. « Votre liberté, a-t-il « dit, n'est qu'un leurre et un piège. Vous la dé- « finissez vous-mêmes Je règne de la loi. Qu'est-ce
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« que la loi? Une règle inflexible, appliquée par « des magistrats inexorables. Et ce sont lesrap- « ports compliqués de l'État et des citoyens que « vous voulez soumettre à une mesure déjà trop « rigide pour les intérêts privés ? C'est de la fo- « lie.Vousenarrivez ainsi par la force des choses « ou à la tyrannie, ou à l'anarchie. »
Ces paroles ont été couvertes d'applaudissements sur les bancs de l'opposition.
« Qu'est-ce que l'administration, a repris le « comte? J'accepte votre définition : c'est le « règne de l'homme. Ne voyez-vous pas que des « fonctionnaires, habiles, éclairés, indulgents, « sont seuls en état d'appliquer aux cas particu- '.( liers des mesures qui n'ont rien d'invariable? « Avec eux point d'absolu, l'absolu ne convient a pas aux choses humaines; mais souvent de « la bienveillance et toujours de l'équité. Pour « qui ne se paye pas de mots, n'est-ce point là la « véritable liberté? »
« Farceur I a crié tout à coup une voix trop connue.
a A cette injure toute la Chambre s'est levée comme un seul homme et a demandé le rappel à l'ordre de l'insolent. Après un tumulte qui a
duré plus d'un quart d'heure, le coupable est monté à la tribune; c'était, nous le disons avec tristesse et dégoût, Tancien collègue du comte de Touche-à-Tout, Tavocat Pieborgne.
« Il s'est excusé auprès de la Chambre, il a protesté qu'il ne voulait pas manquer de respect aux représentants du pays, il a déclaré que ce mot malheureux lui était échappé.
« Rétractez-le, rétractez-le I lui a-t-on crié de tous côtés. » Rien n'eût été plus noble qu'une pareille conduite, mais il est des hommes qui ont perdu le sentiment de l'honneur. Pour se justifier, l'avocat Pieborgne n'a trouvé rien de mieux que d'aggraver sa position.
ff En vérité, a-t-il dit, la plaisanterie dû comte « est trop forte. J'ai été dans l'administration, « je sais comment les choses s'y passent. Nourri « dans le sérail, j'en connais les détours. Quand « un citoyen réclame, on ne demande pas- « A-t'il raison ? on demande simplement : Qui le a protège? Tous pour les amis, rien pour les ad- « versaires, c'est la règle. Pour les premiers, l'ada ministration est mieux que la liberté, c'est le a privilège ; pour les seconds, c'est une tyrannie a bâtarde ; partout et toujours c'est l'inégalité !