CONCLUSION
Venons maintenant à nos lettres particulières. Il est inutile de dire que nous en laissons toute la responsabilité à nos correspondants, quoique nous ayons lieu de les croire bien informés.
Pour rien au mondé, nous ne voudrions commettre le délit de fausses nouvelles, délit aussi subtil que les miasmes cholériques, et non moins dangereux. On ne le voit pas même au microscope, et cependant on en meurt.
Le père Lapointe est concierge du château.
Avec son habit galonné et son tricorne, il est aussi insolent que si le ciel l'avait fait naître dans une loge. Il méprise les petits et respecte les grands ; chacun l'admire et le salue de trèsloin!
Le sergent Lafleur est gardien en chef des jar-
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diiis royaux. C'est toujours le meilleur des hommes. On en fait tout ce qu'on veut, pourvu qu'on lui laisse conter la grande bataille de Necedad, et l'histoire des six aides de camp coupés en morceaux. Tous ses subordonnés Taiment et lui obéissent. II n'a de difficultés qu'avec un certain Leloup, qui a pour les chiens errants une faiblesse désolante; il demande la patte à tous les caniches en rupture de ban. Le bon Leloup cherche partout le chien de la reine, et ne peut se consoler d'avoir manqué sa fortune ; il y en a plus d'un comme lui.
Narcisse reçoit, dépouille et analyse toutes les pétitions adressées au roi. Ce n'est pas une petite besogne. Les Gobemouches ont encore l'habitude de compter sur le prince un peu plus que sur Dieu. Mais Narcisse est bon et patient; il n'oublie pas la misère passée. Ce qu'il a souffert autrefois le rend indulgent pour ceux qui souffrent et se plaignent aujourd'hui. Il a toute la confiance de Jacinthe, et il en est digne.
Giroflée est toujours bonne fille. Mais depuis qu'elle a un mari qui porte la croix et des moustaches, elle est si heureuse qu'elle a juré que ses six garçons (car elle en veut six) seront
GOMGLUSIOM. 311
tous soldats. Narcisse essaye de la convertir à des idées moins farouches. Peine perdue. Giroflée n'est pas moins têtue que son père, et s'en souvient à l'occasion. Toutes ses voisines, du reste, sont de son avis. Qu'y a-t-il de plus beau que l'uniforme, les panaches, les pompons et les moustaches ? C'est avec la femme que la folie est entrée sur la terre, elles n'en sortiront que de compagnie .
En passant près du château, le vieil Arlequin est entré chez ses amis. Par malheur on Ta remarqué, et à la seconde visite, un solliciteur adroit a trouvé moyen de lui attacher six pétitions au cou et trois à la queue. Depuis lors, on n'a plus revu le bouledogue. Est-il vivant, est-il mort, personne ne s'en inquiète, hormis Jacinthe, qui pense souvent à celui qu'il appelle son seul ami^
Le prince est toujours triste. De temps en temps, il vient chez Giroflée qui a le talent de l'égayer par son babil et ses chansons ; mais le travail l'accable, et peut-être aussi le chagrin. On rompt avec la femme qu'on méprise, mais on n'arrache pas, eu un jour, l'amour qu on a dans le cœur. Giroflée, qui se souvient de Fi-
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dèle, plaisante Jacinthe, tout roi qu il est. Elle lui parle de toutes les princesses qui cherchent un mari. Elle a raison. Arlequin s'est dégoûté de lespèce humaine, après avoir été trompé trois frois, mais Arlequin n'était qu unchien. L'homme, celfe créature supérieure, a été plus heureusement doué ; on peut le trahir sans compter. Ce fil d'or et de soie que laParque roule entre ses doigts, et que nous appelons la vie, ce sont les illusions qui nous séduisent et nous rendent heureux ; aussi longtemps que dure le charme, nous vivons, quel que soit notre âge; mais le jour où nos yeux s'ouvrent, notre cœur se sèche, nous sommes morts. A seize ans, on n'en est pas là. Jacinthe laisse parler Giroflée ; c'est déjà beaucoup. Aussi chez les gens bien informés qui savent les choses avant qu'elles existent, commence-t-on à parler d une fille du roi des Cocqsigrues qui se résignerait volontiers à devenir la reine des Gobemouches. Si jamais la nouvelle parait dans la Vérité offUieUey j'en ferai part aux curieux.
Et maintenant, il ne me reste plus qu'à finir comme les comédies espagnoles :
CONCLUSIOiN. 515
Quien quiere hacer aplicaciones Cor su pan se lo coma S
sans oublier la révérence finale, qui ne fut jamais plus nécessaire : Excusez les fautes de fauteur.
^ Si quelqu'un cherche ici des allusions, qu'il les mange avec son pain.