LA PRESSE CHEZ LES GOBEMOUCHES
faite. Tous les amis de Tancien ministre s'étaient donné rendez-vous à T hôtel Vermiglione pour protester contre la scandaleuse conduite du chevalier Pieborgne. L'assemblée n'était pas nombreuse; il y avait peu de députés. Un mot de la marquise a eu le plus grand succès. On lui parlait de la politique inaugurée par le jeune roi : Bon, at-elle dit, c*est de V enfantillage !
« Ce mot a couru toute la ville ; le soir même on l'a répété dans une maison où se trouvait le chevalier Pieborgne, qu'on ne prend jamais en défaut. « La nouvelle politique, a-t-il dit en « riant, ne plaît pas à la belle marquise? Quoi de « plus naturel? elle n'est pas fardée. »
« Quand donc fera-t-on une loi pour brider la langue des avocats ! »
11 nous serait aisé de prolonger à l'infini ces citations. Il y a, dit-on, dans la seule ville de Plaisir-sur-Or cent journaux quotidiens qui crient chaque matin que tout est perdu. Il est vrai qu'il y en a cent autres qui crient que tout est sauvé. Mais à quoi bon fatiguer le lecteur? Une cliose est certaine, c'est que la révolution, prédite chaque jour, n'est pas aussi voisine que certaines gens le désirent, si Ton en croit du
moins le chevalier Pieborgne, qui a résumé en une phrase piquante TefTet produit par ce déluge
de gazettes.
« Les Gobemouches, a-t-il dit, sont aujourd'hui comme le chien du forgeron, qui s'endort quand on frappe sur l'enclume, et qui se réveille aussitôt qu'on ne fait plus de bruit. »