La Princesse Badourah
NVIRON à vingt journées de navigation des côtes de Perse, il y a dans la vaste mer une île que l’on appelle l’île des enfants de Khaledan. Cette île est divisée en plusieurs grandes provinces, toutes considérables par des villes florissantes et bien. peuplées, qui forment un royaume très puissant. Autrefois elle était gouvernée par un roi nommé Schahzaman, qui avait quatre femmes en mariage légitime, toutes quatre filles de roi, et soixante concu-
bines.
Schahzaman s’estimait le monarque le plus heureux de la terre, par la tranquillité et la prospérité de son règne. Une seule chose troublait son bonheur : c’est qu'il était déjà avancé en âge, et qu'il n’avait point d’enfants, quoiqu'il eût un si grand nombre de femmes. Il ne savait à quoi attribuer cette stérilité ; et, dans son affiction, il regardait comme le plus grand malheur qui puisse lui arriver de mourir sans laisser après lui un successeur de son sang. Il dissimula longtemps le chagrin cuisant qui le
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tourmentait, et il souffrait d'autant plus, qu'il se faisait violence pour ne pas paraître qu’il en eût. Il rompit enfin le silence ; et, un jour, après qu'il se fut plaint amèrement de sa disgrâce à son grand vizir, à qui il en parla en particulier, il lui demanda sil ne savait pas quelque moyen d’y remédier.
“ Si ce que Votre Majesté me demande, répondit ce sage ministre, dépendait des règles ordinaires de la sagesse humaine, elle aurait bientôt la satisfaction qu’elle souhaite si ardemment; mais j'avoue que mon expérience et mes connaissances sont au-dessous de ce qu’elle me propose : il n'y a que Dieu seul à qui l’on puisse recourir dans ces sortes de besoins; au milieu de nos prospérités, qui font souvent que nous l’oublions, il se plaît à nous mortifier par quelque endroit, afin que nous songions à lui, que nous reconnaissions sa toute-puissance et que nous lui demandions ce que nous ne devons attendre que de lui. Vous avez des sujets qui font une profession particulière de l’honorer, de le servir et de vivre durement pour lamour de lui: mon avis serait que Votre Majesté leur fit des aumônes et les exhortât à joindre leurs prières aux vôtres. Peut-être que dans le grand nombre il s’en trouvera quelqu'un assez pur et agréable à Dieu pour obtenir qu'il exauce vos vœux. ?
Le roi Schahzaman approuva fort ce conseil, dont il remercia le grand vizir. Il fit porter de riches aumônes dans chaque communauté de ces gens consacrés à Dieu; il fit
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même venir les supérieurs; et, après qu'il les eût conviés à un festin, il leur déclara son désir et les pria d’en avertir les dévots qui étaient sous leur obéissance.
Schahzaman obtint du ciel ce qu’il souhaitait : une de ses femmes lui donna un fils au bout de neuf mois. En actions de grâces, il envoya aux communautés des musulmans dévots de nouvelles aumônes, dignes de sa grandeur et de sa puissance ; et l’on célébra la naissance du prince, dans l'étendue de ses États, par des réjouissances publiques d’une semaine entière. On lui porta le prince dès qu’il fut né, et il lui trouva tant de beauté, qu’il lui donna le nom de Camaralzaman, Lune du siècle.
| Le prince Camaralzaman fut élevé avec tous les soins imaginables ; et, dès qu’il fut en âge, le sultan Schahzaman son père lui donna un sage gouverneur et d’habiles précepteurs. Ces personnages, distingués par leur capacité, trouvèrent en lui un esprit aisé, docile et capable de recevoir toutes les instructions qu’ils voulurent lui donner, tant pour le règlement de ses mœurs que pour les connaïissances qu’un prince comme lui devait avoir. Dans un âge plus avancé, il apprit de même tous ses exercices, et il s'en acquittait avec une grâce et une adresse merveilleuses,
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dont il charmait tout le monde et particulièrement le sultan
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Quand le prince eut atteint l’âge de quinze ans, le sultan, qui l’aimait avec tendresse et qui lui en donnait
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