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LA TRAHISON

I La Princesse de Babylone, Chap.X,

Le temps, qui change tout, en avait fait une ville dont la moitié était très-noble et très-agréable, l'autre un peu grossière et ridicule : c'était l'emblème de ses habitans. Il y avait dans son enceinte environ cent mille personnes au moins qui n'avaient rien à faire qu'à jouer et à se divertir: ce peuple d'oisifs jugeait des arts que les autres cultivaient; ils ne savaient rien de ce qui se passait à la cour, quoiqu'elle ne fût qu'à quatre petits milles d'eux; il semblait qu'elle en fût à six cent milles au moins; la douceur de la société, la gaieté, la frivolité, étaient leur importante et leur unique affaire : on les gouvernait comme des enfans à qui l'on prodigue les jouets pour les empêcher de crier; si on leur parlait des horreurs qui avaient deux siècles auparavant désolé leur patrie, et des temps épouvantables où la moitié de la nation avait massacré l'autre pour des sophismes, ils disaient qu'en effet cela n'était pas bien, et puis ils se mettaient à rire et à chanter des vaudevilles.

Plus les oisifs étaient polis , plaisants et aimables, plus on observait un triste contraste entre eux et des compagnies d'occupés.

Il était parmi ces occupés, ou qui prétendaient l'être, une troupe de sombres fanatiques, moitié absurdes, moitié fripons, dont le seul as-

pect contristait la terre, et qui l'auraient bouleversée, s'ils l'avaient pu, pour se donner un peu de crédit; mais la nation des oisifs, en dansant et en chantant , les fesait rentrer dans leurs cavernes, comme les oiseaux obligent les chatshuansà se replonger dans les trous des masures.

D'autres occupés, en plus petit nombre, étaient les conservateurs d'anciens usages barbares contre lesquels la nature effrayée réclamait à haute voix; ils ne consultaient que leurs registres rongés des vers : s'ils y voyaient une coutume insensée et horrible, ils la regardaient comme une loi sacrée. C'est par cette lâche habitude de n'oser penser par eux-mêmes , et de puiser leurs idées dans les débris des temps où l'on ne pensait pas, que dans la ville des plaisirs il était encore des mœurs atroces. C'est par cette raison qu'il n'y avait nulle proportion entre les délits et les peines : on fesait quelquefois souffrir mille morts à un innocent pour lui faire avouer un crime qu'il n'avait pas commis.

On punissait une étourderie de jeune homme comme on aurait puni un empoisonnement ou un parricide. Les oisifs en poussaient des cris perçans, et le lendemain ils n'y pensaient plus, et ne parlaient que de modes nouvelles.

Ce peuple avait vu s'écouler un siècle entier

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pendant lequel les beaux-arts s'élevèrent à un degré de perfection qu'on n'aurait jamais osé espérer : les étrangers venaient alors, comme à Babylone, admirer les grands monumens d'architecture, les prodiges des jardins, les sublimes efforts de la sculpture et de la peinture; ils étaient enchantés d'une musique qui allait à l'âme sans étonner les oreilles.

La vraie poésie, c'est-à-dire celle qui est naturelle et harmonieuse, celle qui parle au cœur autant qu'à l'esprit, ne fut connue de la nation que dans cet heureux siècle. De nouveaux genres d'éloquence déployèrent des beautés sublimes; les théâtres surtout retentirent de chefsd'œuvre dont aucun peuple n'approcha jamais; enfin le bon goût se répandit dans toutes les professions, au point qu'il y eut de bons écrivains même chez les druides.

Tant de lauriers , qui avaient levé leurs tètes jusqu'aux nues, se séchèrent bientôt dans une terre épuisée; il n'en resta qu'un très-petit nombre, dont les feuilles étaient d'un vert pâle et mourant. La décadence fut produite par la facilité de faire et par la paresse de bien faire, par la satiété du beau et par le goût du bizarre. La vanité protégea des artistes qui ramenaient les temps de la barbarie; et cette même vanité.

©n persécutant les talens véritables , les força de quitter la patrie : les frelons firent disparaître les abeilles.

Presque plus de véritables arts, presque plus de génie; le mérite consistait à raisonner à tort et à travers sur le mérite du siècle passé : le barbouilleur des murs d'un cabaret critiquait savamment les tableaux des grands peintres ; les barbouilleurs de papier défiguraient les ouvrages des grands écrivains ; l'ignorance et le mauvais goût avaient d'autres barbouilleurs à leurs gages; on répétait les mêmes choses dans cent volumes sous des titres différens ; tout était ou dictionnaire ou brochure. Un gazetier druide écrivait deux fois par semaine les annales obscures de quelques énergumènes ignorés de la nation, et de prodiges célestes opérés dans des galetas par de petits gueux et de petites gueuses ; d'autres ex-druides vêtus de noir, près de mourir de colère et de faim, se plaignaient dans cent écrits qu'on ne leur permît plus de tromper les hommes, et qu'on laissât ce droit à des boucs vêtus de gris; quelques archi-druides imprimaient des libelles diffamatoires.

Amazan ne savait rien de tout cela ; et quand il l'aurait su, il ne s'en serait guère embarrassé, n'ayant la tête remplie que de la princesse de

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Babylone, du roi d'Egypte et de son serment inviolable de mépriser toutes les coquetteries des dames, dans quelque pays que le chagrin conduisît ses pas.

Toute la populace légère, ignorante, et toujours poussant à l'excès cette curiosité naturelle au genre humain , s'empressa longtemps auprès de ses licornes; les femmes, plus sensées, forcèrent les portes de son hôtel pour contempler sa personne.

Il témoigna d'abord à son hôte quelque désir d'aller à la cour; mais des oisifs de bonne compagnie, qui se trouvèrent là par hasard, lui dirent que ce n'était plus la mode, que les temps étaient bien changés , et qu'il n'y avait plus de plaisirs qu'à la ville. Il fut invité le soir même à souper par une dame dont l'esprit et les talens étaient connus hors de sa patrie , et qui avait voyagé dans quelques pays où Amazan avait passé ; il goûta fort cette dame et la société rassemblée chez ellle: la liberté y était décente, la gaieté n'y était point bruyante, la science n'y avait rien de rebutant, et l'esprit rien d'apprêté. Il vit que le nom de bonne compagnie n'est pas un vain nom, quoiqu'il soit souvent usurpé. Le lendemain il dîna dans une société non moins aimable mais beaucoup plus voluptueuse. Plus il fut satis-

fait des convives, plus on fut content de lui. Il sentit son cœur s'amollir et se dissoudre comme les aromates de son pays se fondent doucement à un feu modéré , et s'exhalent en parfums délicieux.

Après le dîner, on le mena à un spectacle enchanteur , condamné par les druides , parce qu'il leur enlevait les auditeurs dont ils étaient le plus jaloux. Ce spectacle était un composé de vers agréables , de chants délicieux , de danses qui exprimaient les mouvemens de l'âme , et de perspectives qui charmaient les yeux en les trompant. Ce genre de plaisir, qui rassemblait tant de genres, n'était connu que sous un nom étranger : il s'appelait opéra , ce qui signifiait autrefois dans la langue des sept montagnes , travail, soin, occupation, industrie, entreprise, besogne, affaire. Cette affaire l'enchanta. Une fille sourtout le charma par sa voix mélodieuse, et par les grâces qui l'accompagnaient; cette fille d'affaire, après le spectacle, lui fut présentée par ses nouveaux amis : il lui fit présent d'une poignée de diamans. Elle en fut si reconnaissante qu'elle ne put le quitter du reste du jour. Il soupa avec elle; et pendant le repas il oublia sa sobriété, et après le repas il oublia son serment d'être toujours insensible à la beauté, et inexorable aux

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tendres coquetteries. Quel exemple de la faiblesse humaine 1

La belle princesse de Babylone arrivait alors avec le phénix, sa femme de chambre Irla, et ses deux cents cavaliers gangarides, montés sur leurs licornes. Il fallut attendre assez longtemps pour qu'on ouvrît les portes. Elle demanda d'abord si le plus beau des hommes, le plus courageux, le plus spirituel et le plus fidèle était encore dans cette ville. Les magistrats virent bien qu'elle voulait parler d'Amazan. Elle se fit conduire à son hôt«l ; elle entra, le cœur palpitant d'amour; toute son âme était pénétrée de l'inexprimable joie de revoir enfin dans son amant le modèle de la constance. Rien ne put l'empêcher d'entrer dans sa chambre ; les rideaux étaient ouverts; elle vit le bel Amazan dormant entre les bras d'une jolie brune: ils avaient tous deux un trèsgrand besoin de repos.

Formosante jeta un cri de douleur qui retentit dans toute la maison, mais qui ne put éveiller ni son cousin ni la fille d'affaire ; elle tomba pâmée entre les bras d'Irla. Dès qu'elle eut repris ses sens, elle sortit de cette chambre fatale avec une douleur mêlée de rage. Irla s'informa quelle était cette jeune demoiselle qui passait des heures si douces avec le bel Amazan. On lui dit que

c'était une fille d'affaire fort complaisante, qui joignait à ses talens celui de chanter avec assez de grâce. «O juste Ciel! ô puissant Orosmade! s'écriait la belle princesse de Babylone tout en pleurs, par qui suis-je trahie, et pour qui ! Ainsi donc, celui qui a refusé pour moi tant de princesses m'abandonne pour une farceuse des Gaules! Non, je ne pourrai survivre à cet affront.

— Madame , lui dit Irla , voilà comme sont faits tous les jeunes gens d'un bout du monde à l'autre : fussent-ils amoureux d'une beauté descendue du ciel, ils lui feraient dans certains momens des infidélités pour une servante de cabaret.

— C'en est fait, dit la princesse, je ne le reverrai de ma vie; partons dans l'instant même, et qu'on attelle mes licornes. » Le phénix la conjura d'attendre au moins qu'Amazan fût éveillé et qu'il pût lui parler. « Il ne le mérite pas , dit la princesse; vous m'offenseriez cruellement; il croirait que je vous ai prié de lui faire des reproches, et que je veux me raccommoder avec lui: si vous m'aimez, n'ajoutez pas cette injure à l'injure qu'il m*a faite. » Le phénix, qui après tout devait la vie à la fille du roi de Babylone, ne put lui désobéir. Elle repartit avec tout son monde. « Où allons-nous ? Madame, lui deman-

dait Irla. — Je n'en sais rien , répondit la princesse; nous prendrons le premier chemin que nous trouverons; pourvu que je fuie Amazan pour jamais, je suis contente. » Le phénix, qui était plus sage que Formosante, parce qu'il était sans passion, la consolait en chemin; il lui remontrait avec douceur qu'il était triste de se punir pour les fautes d'un autre ; qu'Amazan lui avait donné des preuves assez éclatantes et assez nombreuses de fidélité pour qu'elle pût lui pardonner de s'être oublié un moment; que c'était un juste à qui la grâce d'Orosmade avait manqué, qu'il n'en serait que plus constant désormais dans l'amour et dans la vertu ; que le désir d'expier sa faute le mettrait au-dessus de lui-même ; qu'elle n'en serait que plus heureuse; que plusieurs grandes princesses avant elle avaient pardonné de semblables écarts , et s'en étaient bien trouvées. Il lui en rapportait des exemples: et il possédait tellement l'art de conter que le cœur de Formosante fut enfin plus calme et plus paisible. Elle aurait voulu n'être point sitôt partie ; elle trouvait que ses licornes allaient trop vite ; mais elle n'osait revenir sur ses pas; combattue entre l'envie de pardonner et celle de montrer sa colère, entre son amour et sa vanité, elle laissait aller ses licornes; elle

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courait le monde, selon la prédiclion de l'oracle de son père.

Amazan à son réveil apprend l'arrivée et le départ de Formosante et du phénix; il apprend le désespoir et le courroux de la princesse; on lui dit qu'elle a juré de ne lui pardonner jamais. «Il ne me reste plus, s'écria-t-il, qu'à la suivre et à me tuer à ses pieds. »

Ses amis de la bonne compagnie des oisifs accoururent au bruit de cette aventure; tous lui remontrèrent qu'il valait infiniment mieux demeurer avec eux, que rien n'était comparable à la douce vie qu'ils menaient dans le sein des arts et d'une volupté tranquille et délicate ; que plusieurs étrangers, et des rois même, avaient préféré ce repos si agréablement occupé et si enchanteur, à leur patrie et à leur trône; que d'ailleurs sa voiture était brisée , et qu'un sellier lui en faisait une à la nouvelle mode; que le meilleur tailleur de la ville lui avait déjà coupé une douzaine d'habits du dernier goût; que les plus spirituelles et les plus aimables de la ville, chez qui on jouait très-bien la comédie, avaient retenu chacune leur jour pour lui donner des fêtes. La fille d'affaire, pendant ce temps-là, prenait son chocolat à sa toilette, riait, chantait, et faisait des agaceries au bel Amazan , qui s'a-

perçut enfin qu'elle n'avait pas le sens d'un oison.

Comme la sincérité, la cordialité, la franchise ainsi que la magnanimité et le courage, composaient le caractère de ce grand prince, il avait conté ses malheurs et ses voyages à ses amis : ils savaient qu'il était cousin issu de germain de la princesse; ils étaient informés du baiser funeste donné par elle au roi d'Egypte. «On se pardonne, lui dirent-ils , ces petites frasques entre parens, sans quoi il faudrait passer sa vie dans d'éternelles querelles. » Rien n'ébranla son dessein de courir après Formosante; mais sa voiture n'étant pas prête, il fut obligé de passer trois jours parmi les oisifs, dans les fêtes et dans les plaisirs : enfin il prit congé d'eux en les embrassant, en leur fesant acepter les diamans de son pays les mieux montés , en leur recommandant d'être toujours légers et frivoles, puisqu'ils n'en étaient que plus aimables et plus heureux. « Les Germains, disait-il, sontles vieillards de l'Europe, les peuples d'Albion sont les hommes faits , les habitans de la Gaule sont les enfans, et j'aime à jouer avec eux. »

ES guides n'eurent pas de peine à suivre la route de la princesse; on ne parlait que d'elle et de son gros oiseau; tout les habitans étaient encore dans l'enthousiasme de l'admiration. Les peuples de la Dalmatieetdela marched'Ancône éprouvèrent depuis une surprise moins délicieuse quand ils virent une maison voler dans les airs; les bords de la Loire, de la Dordogne , de la Garonne, de la Gironde, retentissaient encore d'acclamations.

Quand Amazan fut au pied des Pyrénées, les magistrats et les druides du pays lui firent danser malgré lui un tambourin ; mais sitôt qu'il eut franchi les Pyrénées, il ne vit plus de gaieté ni de joie. S'il entendit quelques chansons de loin à loin, elles étaient toutes sur un ton triste; les

habitans marchaient gravement avec des grains enfilés et un poignarda leur ceinture; la nation, vêtue de noir, semblait être en deuil. Si les domestiques d'Amazan interrogeaient les'passans, ceux-ci répondaient par signes; si on entrait dans une hôtellerie, le maître de la maison enseignait aux gens en trois pasoles qu'il n'y avait rien dans la maison , et qu'on pouvait envoyer chercher à quelques milles les choses dont on avait un besoin pressant.

Quand on demandait à ces silenciaires s'ils avaient vu passer la belle princesse de Babylone, ils répondaient avec moins de brièveté : « Nous l'avons vue, elle n'est pas si belle: il n'y a de beau que les teints basanés; elle étale une gorge d'albâtre, qui est la chose du monde la plus dégoûtante, et qu'on ne connaît presque point dans nos climats. »

Amazan avançait vers la province arrosée du Bétis. Il ne s'était pas écoulé plus de douze mille années depuis que ce pays avait été découvert par les Tyriens, vers le même temps qu'ils firent la découverte de la grande île Atlantique, submergée quelques siècles après. Les Tyriens cultivèrent la Bétique , que les naturels du pays laissaient en friche, prétendant qu'ils ne devaient se mêler de rien, et que c'était aux

Gaulois leurs voisins à venir cultiver leurs terres. Les Tyriens avaient amené avec eux des Palestins, qui dès ce temps-là couraient dans tous les climats, pour peu qu'il y eût de Targent à gagner. Ces Palestins, en prêtant sur gages à cinquante pour cent, avaient attiré à eux presque toutes les richesses du pays. Cela fit croire aux peuples de la Bétique que les Palestins étaient sorciers; et tous ceux qui étaient accusés de magie étaient brûlés sans miséricorde par une compagnie de druides qu'on appelait les rechercheurs ou les anthropokaies. Ces prêtres les revêtaient d'abord d'un habit de masque , s'emparaient de leurs biens, et récitaient dévotement les propres prières des Palestins, tandis qu'on les cuisait à petit feu por Vamor de Bios.

La princesse de Babylone avait mis pied à terre dans la ville qu'on appela depuis Sévilla, Son dessein était de s'embarquer sur le Bétis, pour retourner par Tyr à Babylone revoir le roi Bélus son père, et oublier, si elle pouvait, son infidèle amant, ou bien le demander en mariage. Elle fit venir chez elle deux Palestins qui fesaient toutes les affaires de la cour. Ils devaient lui fournir trois vaisseaux. Le phénix fit avec eux tous les arrangemens nécessaires, et convint du prix après avoir un peu disputé.

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L'hôtesse était fort dévote, et son mari , non moins dévot, était familier, c'est-à-dire espion, des druides rechercheurs anthropokaies ; il ne manqua pas de les avertir qu'il avait dans sa maison une sorcière et deux Palestins qui fesaient un pacte avec le diable , déguisé en gros oiseau doré. Les rechercheurs, apprenant que la dame avait une prodigieuse quantité de diamans, la jugèrent incontinent sorcière ; ils attendirent la nuit pour renfermer les deux cents cavaliers et les licornes, qui dormaient dans de vastes écuries : car les rechercheurs sont poltrons.

Après avoir bien barricadé les portes, ils se saisirent de la princesse et d'Irla ; mais ils ne purent prendre le phénix, qui s'envola à tire d'aile : il se doutait bien qu'il trouverait Amazan sur le chemin des Gaules à Sévilla,

Il le rencontra sur la frontière de la Bétique, et lui apprit le désastre de la princesse. Amazan ne put parle-r : il était trop saisi, trop en fureur. Il s'arme d'une cuirasse d'acier damasquiné d'or, d'une lance de douze pieds, de deux javelots, et d'une épée tranchante, appelée la fulminante, qui pouvait fendre d'un seul coup des arbres, des rochers et des druides; il couvre sa belle tête d'un casque d'or ombragé de plumes de héron et d'autruche ; c'était l'ancienne armure

de Magog, dont sa sœur Aidée lui avait fait présent dans son voyage en Scythie; le peu de suivans qui l'accompagnaient montent comme lui chacun sur sa licorne.

Amazan , en embrassant son cher phénix, ne lui dit que ces tristes paroles : « Je suis coupable : si je n'avais pas couché avec une fille d*affaire dans la ville des oisifs, la belle princesse de Babjlone ne serait pas dans cet état épouvantable. Courons aux antrhopokaies ! » Il entre bientôt dans Sévilla; quinze cents alguazils gardaient les portes de l'enclos oii les deux cents Gangarides et leurs licornes étaient renfermés sans avoir à manger ; tout était préparé pour le sacrifice qu'on allait faire de la princesse de Babylone, de sa femme de chambre Irla et des deux riches Palestins.

Le grand anthropokaie, entouré de ses petits anthropokaies, était déjà sur son tribunal sacré; une foule de Sévillois, portant des grains enfilés à leurs ceintures, joignaient les deux mains sans dire un mot; et l'on amenait la belle princesse, Irla, et les deux Palestins, les mains liées derrière le dos, et vêtus d'un habit de masque.

Le phénix entre par une lucarne dans la prison, où les Gangarides commençaient déjà à enfoncer les portes ; l'invincible Amazan les

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brisait en dehors. Ils sortent tous armés, tous sur leurs licornes ; Amazan se met à leur tête : il n'eut pas de peine à renverser les alguazils, les familiers, les prêtres anthropokaies ; chaque licorne en perçait des douzaines à la fois; la fulminante d'Amazan coupait en deux tous ceux qu'il rencontrait; le peuple fuyait en manteau noir et en fraise sale, toujours tenant à la main ses grains bénits por l'amor de Dios.

Amazan saisit de sa main le grand rechercheur sur son tribunal, et le jette sur le bûcher qui était préparé à quarante pas; il y jette aussi les autres petits rechercheurs l'un après l'autre; il se prosterne ensuite aux pieds de Formosante. «Ah! que vous êtes aimable ! dit-elle, et que je vous adorerais si vous ne m'aviez pas fait une infidélité avec une fille d'affaire ! a

Tandis qu'Amazan fesait sa paix avec la princesse, tandis que les Gangarides entassaient dans le bûcher les corps de tous les anthropokaies, et que les flammes s'élevaient jusqu'aux nues, Amazan vit de loin comme une armée qui venait à lui: un vieux monarque, la couronne en tête, s'avançait sur un char traîné par huit mules attelées avec des cordes; cent autres chars suivaient; ils étaient accompagnés de graves personnages en manteau noir et en fraise , montés

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sur de très-beaux chevaux; une multitude de gens à pied suivait, en cheveux gras et en silence.

D'abord Amazan fit ranger autour de lui ses Gangarides, et s'avança la lance en arrêt. Dès que le roi l'aperçut, il ôta sa couronne, descendit de son char, embrassa l'étrier d'Amazan , et lui dit : « Homme envoyé de Dieu, vous êtes le vengeur du genre humain, le libérateur de ma patrie, mon protecteur. Ces monstres sacrés dont vous avez purgé la terre étaient mes maîtres au nom du Vieux des sept montagnes; j'étais forcé de souffrir leur puissance criminelle ; mon peuple m'aurait abandonné si j'avais voulu seulement modérer leurs abominables atrocités : aujourd'hui je respire, je règne, et je vous le dois. »

Ensuite il baisa respectueusement la main de Formosante, et la supplia de vouloir bien monter avec Amazan, Irla et le phénix dans son carrosse à huit mules. Les deux Palestins banquiers de la cour, encore prosternés à terre de frayeur et de reconnaissance , se relevèrent ; et la troupe des licornes suivit le roi de la Bétique dans son palais.

Comme la dignité du roi d'un peuple grave exigeait que ses mules allassent au petit pas, Amazan et Formosante eurent le temps de lui

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conter leurs aventures. Il entretint aussi le phénix, il l'admira et le baisa cent fois. Il comprit combien les peuples d'occident , qui mangeaient les animaux et qui n'entendaient plus leur langage, étaient ignorans , brutaux et barbares; que les seuls Gangarides avaient conservé la nature et la dignité primitive de l'homme : mais il convenait surtout que les plus barbares des mortels étaient ces rechercheurs anthropokaies dont Amazan venait de purger le monde ; il ne cessait de le bénir et de le remercier. La belle Formosante oubliait déjà l'aventure de la fille d'affaire, et n'avait l'âme remplie que de la valeur du héros qui lui avait sauvé la vie. Amazan, instruit de l'innocence du baiser donné au roi d'Egypte, et de la résurrection du phénix, goûtait une joie pure et était enivré du plus violent amour.

On dîna au palais, et on y fit assez mauvaise chère ; les cuisiniers de la Bétique étaient les plus mauvais de ' l'Europe : Amazan conseilla d'en faire venir des Gaules; les musiciens du roi exécutèrent pendant le repas cet air célèbre qu'on appela dans la suite des siècles les Folies d'Espagne. Après le repas on parla d'affaires.

Le roi demanda au bel Amazan, à la belle Formosante, et au beau phénix , ce qu'ils prétendaient devenir, ff Pour moi, dit Amazan, mon

intention est de retourner à Babylone, dont je suis l'héritier présomptif, et de demander à mon oncle Bélus ma cousine issue de germain, l'incomparable Formosante , à moins qu'elle n'aime mieux vivre avec moi chez les Gangarides.

— Mon dessein, dit la princesse , est assurément de ne jamais me séparer de mon cousin issu de germain; mais je crois qu'il convient que je me rende auprès du roi mon père, d'autant plus qu'il ne m'a donné permission que d'aller en pèlerinage à Bassora, et que j'ai couru le monde. — Pour moi, dit le phénix, je suivrai partout ces deux tendres et généreux amans.

— Vous avez raison, dit le roi de la Bétique; mais le retour à Babylone n'est pas si aisé que vous le pensez; je sais tous les jours des nouvelles de ce pays-là par les vaisseaux tyriens et par mes banquiers palestins, qui sont en correspondance avec tous les peuples de la terre : tout est en armes vers l'Euphrate et le Nil ; le roi de Scythie redemande l'héritage de sa femme à la tête de trois cent mille guerriers tous à cheval; le roi d'Egypte et le roi des Indes désolent aussi les bords du Tigre et de l'Euphrate , chacun à la tête de trois cent mille hommes, pour se venger de ce qu'on s'est moqué d'eux; pendant que le roi d'Egypte est hors de son pays,

son ennemi le roi d'Ethiopie ravage l'Egypte avec trois cent mille hommes, et le roi de Babylone n'a encore que six cent mille hommes sur pied pour se défendre.

« Je vous avoue, continua le roi, que lorsque j'entends parler de ces prodigieuses armées que l'Orient vomit de son sein, et de leur étonnante magnificence, quand je les compare à nos petits corps de vingt à trente mille soldats qu'il est si difficile de vêtir et de nourrir, je suis tenté de croire que l'Orient a été fait bien longtemps avant l'Occident; il semble que nous soyons sortis avant-hier du chaos, et hier de la barbarie.

— Sire, dit Amazan, les derniers venus l'emportent quelquefois sur ceux qui son entrés les premiers dans la carrière. On pense dans mon pays que l'homme est originaire de l'Inde ; mais je n'en ai aucune certitude.

— Et vous, dit le roi de la Bétique au phénix, qu'en pensez-vous? — Sire, répondit le phénix, je suis encore trop jeune pour être instruit de l'antiquité : je n'ai vécu qu'environ vingtsept mille ans; mais mon père, qui avait vécu cinq fois cet âge, me disait qu'il avait appris de son père que les contrées de l'Orient avaient toujours été plus peupléeset plus riches que les autres.

Il tenait de ses ancêtres que les générations de tous les animaux avaient commencé sur les bords du Gange. Pour moi, je n'ai pas la vanité d'être de cette opinion; je ne puis croire C|ue les renards d'Albion, les marmottes des Alpes et les loups de la Gaule viennent de mon pays, de même que je ne crois pas que les sapins et les chênes de vos contrées descendent des palmiers et des cocotiers des Indes.

— Mais d'où venons-nous donc? dit le roi. — Je n'en sais rien, dit le phénix : je voudrais seulement savoir où la belle princesse deBabylone et mon cher Amazan pourront aller. — Je doute fort, repartit le roi, qu'avec ses deux cents licornes il soit en état de percer à travers tant d'armées de trois cent mille hommes chacune. — Pourquoi non ? » dit Amazan.

Le roi de la Bétique sentit le subUme du pourquoi non? mais il crut que le subhme seul ne suffisait pas contre des armées innombrables. «Je vous conseille, dit-il, d'aller trouver le roi d'Ethiopie: je suis en relation avec ce prince noir par le moyen de mes Palestins ; je vous donnerai des lettres pour lui : puisqu'il est l'ennemi du roi d'Egypte, il sera trop heureux d'être fortifié par votre alliance. Je puis vous aider de deux mille hommes très-sobres et très-braves ; il

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ne tiendra qu'à vous d'en engager autant chez les peuples qui demeurent ou plutôt qui sautent au pied des Pyrénées, et qu'on appelle Vasques ou Vascons. Envoyez un de vos guerriers sur une licorne avec quelques diamans, il n'y a point de Vascon qui ne quitte le castel, c'est-à-dire la chaumière de son père, pour vous servir; ils sont infatigables, courageux'et plaisans : vous en serez très-satisfait. En attendant qu'ils soient arrivés, nous vous donnerons des fêtes et nous vous préparerons des vaisseaux : je ne puis trop reconnaître le service que vous m'avez rendu.»

Amazan jouissait du bonheur d'avoir retrouvé Formosante, et de goûter en paix dans sa conversation tous les charmes de l'amour réconcilié, qui valent presque ceux de l'amour naissant.

Bientôt une troupe fière et joyeuse de Vas- <;ons arriva en dansant au tambourin, l'autre troupe fière et sérieuse de Bétiquois était prête. Le vieux roi-tanné embrassa tendrement les deux amans : il fit charger leurs vaisseaux d'armes, de lits, de jeux d'échecs, d'habits noirs, de goliles, d'oignons, de moutons, de poules, de farine et de beaucoup d'ail, en leur souhaitant une heureuse traversée , un amour constant et des victoires.

La flotte aborda le rivage où l'on dit que tant

de siècles après la Phénicienne Didon, sœur d'un Pygmalion, épouse d'un Sychée, ayant quitté cette ville de Tyr, vint fonder la superbe ville deCarthage, en coupant un cuir de bœuf en lanières, selon le témoignage des plus graves auteurs de l'antiquité, lesquels n'ont jamais conté de fables, et selon les professeurs qui ont écrit pour les petits garçons, quoique après tout il n'y ait jamais eu personne à Tyr qui se soit appelé Pygmalion, ou Didon, ou Sychée, qui sont des noms entièrement grecs, et quoique enfin il n'y eût point de roi à Tyr en ces temps-là.

La superbe Carthage n'était point encore un port de mer; il n'y avait là que quelques Numides qui fesaient sécher des poissons au soleil. On côtoya la Bizacène et les Syrtes , les bords fertiles où furent depuis Cyrène et la grande Chersonèse.

Enfin on arriva vers la première embouchure du fleuve sacré du Nil. C'est à l'extrémité de cette terre fertile que le port de Canope recevait déjà les vaisseaux de toutes les nations commerçantes , sans qu'on sût si le dieu Canope avait fondé le port, ou si les habitans avaient fabriqué le dieu, ni si l'étoile Canope avait donné son nom à la ville, ou si la ville avait donné le sien à l'étoile. Tout ce qu'on en savait, c'est que la

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Ville et l'étoile étaient fort anciennes; et c'est tout ce qu'on peut savoir de l'origine des choses, de quelque nature qu'elles puissent être.

Ce fut là que le roi d'Ethiopie, ayant ravagé toute l'Egypte, vit débarquer l'invincible Amazan et l'adorable Formosante : il prit l'un pour le dieu des combats, et l'autre pour la déesse de la beauté. Amazan lui présenta la lettre de recommandation du roi de la Bétique. Le roi d'Ethiopie donna d'abord des fêtes admirables, suivant la coutume indispensable des temps héroïques ; ensuite on parla d'aller exterminer les trois cent mille hommes du roi d'Egypte, les trois cent mille hommes de l'empereur des Indes, et les trois cent mille hommes du grand kan des Scythes, qui assiégaientl'immense, l'orgueilleuse, la voluptueuse ville de Babylone.

Les deux mille Bétiquois qu'Amazan avait amenés avec lui dirent qu'ils n'avaient que faire du roi d'Ethiopie pour secourir Babylone ; que c'était assez que leur roi leur eût ordonné d'aller la délivrer, qu'il suffisait d'eux pour cette expédition.

Les Vascons dirent qu'ils en avaient bien fait d'autres; qu'ils battraient tout seuls les Égyptiens, les Indiens et les Scythes, et qu'ils ne voulaient marcher avec les soldats de la Bétique

qu'à condition que ceux-ci seraient à l'arrièregarde.

Les deux cents Gangarides se mirent à rire des prétentions de leurs alliés, et ils soutinrent qu'avec cent licornes seulement ils feraient fuir tous les rois de la terre. La belle Formosante les apaisa par sa prudence et par ses discours enchanteurs. Amazan présenta au monarque noir ses Gangarides, ses licornes, les Bétiquois, les Vascons, et son bel oiseau.

Tout fut prêt bientôt pour marcher par Memphis, par Héliopolis, pasArsinoé, parPétra, par Artémite, par Sora, par Apamée, pour aller attaquer les trois rois, et pour faire cette guerre mémorable, devant laquelle toutes les guerres que les hommes ont faites depuis n'ont été que des combats de coqs et de cailles.

Chacun sait comment le roi d'Ethiopie devint amoureux de la belle Formosante, et comment il la surprit au lit, lorsqu'un doux sommeil fermait seslonguespaupières. Onsesouvientqu'Amazan, témoin de ce spectacle, crut voir le jour et la nuit couchant ensemble. On n'ignore pas qu'Amazan, indigné de l'affront, tira soudain sa fulminante, qu'il coupa la tête perverse du nègre insolent, et qu'il chassa tous les Éthiopiens d'Egypte. Ces prodiges ne sont-ils pas écrits

dans le livre des chroniques d'Egypte? La renommée a publié de ses cent bouches les victoires qu'il remporta sur les trois rois avec ses Espagnols, ses Vascons et ses licornes. Il rendit la belle Formosante à son père; il délivra toute la suite de sa maîtresse que le roi d'Egypte avait réduite en esclavage. Le grand kan des Scythes se déclara son vassal, et son mariage avec la princesse Aidée fut confirmé. L'invincible et généreux Amazan, reconnu pour héritier du royaum.e de Babylone, entra dans la ville en triomphe avec le phénix, en présence de cent rois tributaires. La fête de son mariage surpassa en tout celle que le roi Bélus avait donnée. On servit à table le bœuf Apis rôti. Le roi d'Egypte et celui des Indes donnèrent à boire aux deux époux, et ces noces furent célébrées par cinq cents grands poètes de Babylone.

O Muses! qu'on invoque toujours au commencement de son ouvrage, je ne vous implore qu'à la fin. C'est en vain qu'on me reproche de dire grâces sans avoir dit 6cn€c?ic/fe. Muses! vous n'en serez pas moins mes protectrices. Empêchez que des continuateurs téméraires ne gâtent par leurs fables les vérités que j'ai enseignées aux mortels dans ce fidèle récit, ainsi qu'ils ont osé falsifier Candide, l'Ingénu, et les chastes aven-

tures de la chaste Jeanne, qu'un ex-capucin a défigurées par des vers dignes des capucins, dans des éditions bataves. Qu'ils ne fassent pas ce tort à mon typographe, chargé d'une nombreuse famille, et qui possède à peine de quoi avoir des caractères, du papier et de l'encre.

O Muses ! imposez silence au détestable Cogé, professeur de bavarderie au collège Mazarin, qui n'a pas été content des discours moraux de Béiisaire et de l'empereur Justinien, et qui a écrit de vilains libelles diffamatoires contre ces deux grands hommes.

Mettez un bâillon au pédant Larcher, qui, sans savoir un mot de l'ancien babylonien , sans avoir voyagé comme moi sur les bords de l'Euphrate et du Tigre, a eu l'impudence de soutenir que la belle Formosante, fille du plus grand roi du monde, et la princesse Aidée, et toutes les femmes de cette respectable cour, allaient coucher avec tous les palefreniers de l'Asie, pour de l'argent, dans le grand temple deBabylone, par principe de religion. Celibertin de collège, votre ennemi et celui de la pudeur, accuse les belles Égyptiennes de Mendès de n'avoir aimé que des boucs, se proposant en secret, par cet exemple, de faire un tour en Egypte pour avoir enfin de bonnes aventures.

Comme il ne connaît pas plus le moderne que l'antique, il insinue, dans l'espérance de s'introduire auprès de quelque vieille, que notre incomparable Ninon, à l'âge de quatre-vingts ans, coucha avec l'abbé Gédoyn, de l'Académie française et de celle des inscriptions et belles-lettres. Il n'a jamais entendu parler de l'abbé de Châteauneuf, qu'il prend pour l'abbé Gédoyn. Il ne connaît pas plus Ninon que les filles de Babylone.

Muses, filles du ciel, votre ennemi Larcher fait plus : il se répand en éloges sur la pédérastie; il ose dire que tous les bambins de mon pays sont sujets à cette infamie. Il croit se sauver en augmentant le nombre des coupables.

Nobles et chastes Muses, qui détestez également le pédantisme et la pédérastie , protégezmoi contre maître Larcher!

Et vous, maître Aliboron, ditFréron, ci-devant soi-disant jésuite; vous dont le Parnasse est tantôt à Bicêtre et tantôt au cabaret du coin ; vous à qui l'on a rendu tant de justice sur tous les théâtres de l'Europe, dans l'honnête comédie de V Écossaise; vous digne fils du prêtre Des fontaines, qui naquîtes de ses amours avec un de ces beaux enfans qui portent un fer et un bandeau comme le fils de Vénus, et qui s'élancent comme lui dans

les airs, quoiqu'ils n'aillent jamais qu'au haut des cheminées; mon cher Aliboron , pour qui j'ai toujours eu tant de tendresse, et qui m'avez fait rire un mois de suite du temps de cette Écossaise, je vous recommande ma Princesse de Bahylone : dites-en bien du mal, afin qu'on la lise.

Je ne vous oublierai point ici, gazetier ecclésiastique , illustre orateur des convulsionnaires, père de l'Église fondée par l'abbé Bécherand et par Abraham Chaumeix ; ne manquez pas de dire dans vos feuilles, aussi pieuses qu'éloquentes et sensées, que h Princesse de Bahylone est hérétique, déiste et athée. Tâchez surtout d'engager le sieur RibaUier à faire condamner la Princesse de Bahylone par la Sorbonne : vous ferez grand plaisir à mon libraire, à qui j'ai donné cette petite histoire pour ses étrennes.

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