‹ La Princesse de BagdadChapitre 10 sur 57 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

L 1 0 N N E T T E . Oui!

TKÉVELÉ.

Alors, belle comtesse, permettez-moi de vous faire observer que vous n'êtes jamais où nous sommes. Veuillez donc nous renseigner. Quand on vous voit, on vous aime; mais quand on vous aime, où vous voit-on?

LION NETTE, souriant.

TRÉVELÉ.

Nous l'avons supposé, mais voilà deux heures...

LIONNETTE

Oh ! pas deux heures...

TRÉVELÉ.

Voilà trois heures que vous nous avez abandonnés au milieu de la serre. Un domestique est d'abord venu chercher le comte ; nous avons accepté cette épreuve ; mais, à votre tour, vous avez disparu sans qu'on eût même besoin de venir vous chercher. Eh bien, nous sommes charmants tous les trois, Godler, Nourvady et moi ; il est difficile de trouver trois hommes plus aimables et plus spirituels, mais nous avons une telle habitude de nous voir que nous ne nous amusons plus du tout quand nous sommes seuls ensemble. Donc, si après nous avoir eus depuis sept heures, vous trouvez qu'en voilà assez, ditesnous-le tout bonnement. Nous allons remonter en voiture et nous en aller au cercle où nous ferons une bonne partie de baccarat; nous tâcherons, Godler et moi, de gagner

une centaine de mille francs à ce millionnaire de Nourvady; ça le déridera peut-être un peu.

Messieurs, je vous fais toutes sortes d'excuses. Il s'agissait d'une affaire imprévue, importante. (Eiie présente Richard.) Maître Richard, avoué, un vieil ami à moi.(Eiie présente les hommes.) Monsieur de Trévelé, monsieur Godler, monsieur Nourvady. (Les hommes saluent.) Et maintenant, pour vous remettre de toutes vos fatigues et de tous vos chagrins, je vais vous offrir une tasse de thé, ou de café glacé, ou de chocolat.

Elle s'est approchée de la table, sur laquelle, pendant cette tirade, les domestiques ont apporté les objets désignés.

RAOUL, entrant avec sa gouvernante, qui reste près de la porte, et allant à sa mère.

Maman !

LIONNETTE

Messieurs, voici monsieur mon fils, que je vous demande la permission de vous présenter. Salue, Raoul.

Raoul salue déjà comme un homme du monde, en réunissant ses talons et en baissant la tète, Trévelé et Godler l'embrassent, Nourvady lui bai.se la main, après avoir hésité un moment. Raoul revient à sa mère qui l'embrasse, en le prenant par le cou.

RAOUL

Prends garde, tu vas chiffonner mon col.

LIONNETTE

Je te demande pardon, c'est que j'avais besoin de t'ernbr&gser. Tu ne m'aimes donc pas?

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