ACTE PREMIER
JEAN
A un autre !
Ll 0 N NETTE, riant.
Tu es fou ! Tu as toujours été un peu fou ! Il est vrai que si tu n'avais pas été fou, tu ne m'aurais pas épousée.
JEAN
Que je sois fou ou non, réponds-moi.
LIO N NETTE
Non, lu peux être tranquille; je n'ai jamais pensé à un autre.
JEAN
Et si je mourais, si je me tuais, si tu devenais veuve enfin, et que cet homme qui est là, cet homme bizarre, ce millionnaire, t'offrit de l'épouser, tu l'épouserais !
LIONNETTE
Nous n'en sommes pas là.
JEAN
Qui sait? En attendant, cet homme t'aime et veut arriver, sans attendre ma mort, à se faire aimer de toi. Tu l'as vu aussi bien que moi.
L ION NETTE
Quelle est la femme qui ne voit pas ces choses-là ? Demande à celles à qui on n'a jamais dit ou laissé voir qu'on les aimait, ce qu'elles pensent de la vie. Notre rêve, c'est d'entendre des déclarations, notre art, c'est de les écouter, notre esprit et notre force, de ne pas y croire.
JEAN
11 s'est déclaré?
Jamais.
Ta parole ?
D'honneur.
Il y arrivera.
LIONNETTE
JEAN
LIONNETTE
JEAN
LIONNETTE
Il ne sera pas le dernier, j'espère; où veux-tu en venir?
Il se déclarera peut-être au moment où tu n'auras plus que la misère ou le suicide : l'un et l'autre sont bien durs pour une femme jeune et belle.
LIONNETTE, sérieuse et fière.
Tu me confonds avec quelque autre femme que tu as aimée avant moi. Est-ce que je prête vraiment à ces suppositions par mes façons d'être? Eh ! bien, non. J'ai beaucoup de défauts, mais je ne me crois pas de vices, et, malgré mes inquiétudes pour l'avenir, je n'ai pas encore pensé à ces moyens-là. J'espère bien n'y penser jamais.
JEAN
Comme je t'aime ! Tu es ce qu'il y a de plus beau et de plus étrange au monde. Tu as sur moi un pouvoir surhu-