ACTE PREMIER 3i
née, irréparablement ruinée. Vous pouvez accepter, il est vrai, les propositions que madame de Spadetta vous fait faire et vous libérer de cette façon. Ce ne serait plus la dette, mais ce serait la gêne et peut-être la misère, sans compter que ce serait un grand chagrin pour vous de vous séparer de certaines lettres, chagrin que quiconque vous aime doit vous épargner.
LION NET TE, se rasseyant.
Comment savez-vous cela?
N'OURVADY.
Avec de l'argent, on sait tout ce qu'on veut savoir, surtout quand madame de Spadetta peut fournir les renseignements dont on a besoin. Vous souvient-il, comtesse, qu'an jour, passant dans les Champs-Elysées avec votre mari et moi, vous avez remarqué, au n° 20, un hôtel dont on venait d'achever la construction, il y a de cela quelques mois.
LIONNETTE
Oui.
NOURVADY.
Vous avez admiré l'élégance extérieure de cet hôtel. Cela suffisait pour que je ne voulusse pas qu'un homme l'habitât ; une autre fois, en passant, vous auriez pu regarder machinalement de ce côté, et le propriétaire, à sa fenêtre, eût pu s'imaginer que c'était lui que la belle comtesse de Hun regardait. J'ai acheté cette maison et je l'ai fait meubler aussi élégamment que possible. Si, dans un an, dans deux ans, dans dix ans, si — demain, — les circonstances vous forçaient à vendre cet hôtel où nous sommes en ce moment, rappelez-vous cette maison des Champs-Elysées que
nul n'a jamais habitée. Les voitures attendent sous les remises, les chevaux dans les écuries, les valets dans les antichambres. La petite porte que cette clef ouvre n'est que pour vous, (n montre une petite cief.) Cette porte, vous la reconnaîtrez facilement. Votre chiffre est dessus. Dès que vous la franchirez, si vous la franchissez un jour, vous n'aurez même plus la peine d'en ouvrir une autre; toutes les portes seront ouvertes sur le chemin qui conduit à votre appartement. Dans le salon se trouve un coffret arabe d'un travail merveilleux ; ce coffret contient un million en or, frappé exprès pour vous ; c'est de l'or vierge, tel que doit être l'or que vos petites mains daigneraient toucher. Vous pouvez puiser à même dans ce coffre ; quand il sera vide, il se remplira tout seul, il y a un secret. Les titres qui vous constituent la propriété de cet hôtel sont déposés dans un des meubles de ce salon. Vous n'aurez qu'à les signer le jour où vous voudrez bien légalement être propriétaire. Ai-je besoin d'ajouter que vous ne devrez rien à qui que ce soit pour tout cela et que vous resterez absolument libre et maîtresse de vos actions. Demain, je passerai la journée dans cette maison, à m'assurer que tout y est bien en état de vous recevoir, et je n'y reparaîtrai plus que si vous m'avez dit vous-même d'y revenir — ou d'y rester.
Lionnette prend la clef que Nourvadya déposée sur la table tout en parlant, se lève. va la jeter par la fenêtre ouverte et passe devant Nourvady pour aller rejoindre Godler et Trévelé.
NOURVADY, pendant qu'elle passe devant lui.
Cette fenêtre donne sur votre jardin, comtesse, et non sur la rue. Dans un jardin, une clef se retrouve.
Il salue et s'éloigne pour sortir.
LIONNETTE, u demi-voix.
L'insolent 1