‹ La Princesse de BagdadChapitre 32 sur 57 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Oui.

LION NETTE

Vous étiez sûr que je viendrais.

NOURVADY, un peu ironique.

Sur. Je regrette seulement que vous ayez du prendre la peine d'aller rechercher dans votre jardin la clef que vous y aviez jetée.

LIONNETTE

Le fait est que vous avez trouvé, pour m'y contraindre, le moyen qu'il fallait : moyen infâme, monsieur, (a mesure

qu'elle a parlé, elle a ôté les voiles qui lui couvraient le visage et elle les

a jetés sur une table.) Vous reconnaissez, n'est-ce pas, monsieur, l'infamie de ce moyen. Répondez !

NOURVADY.

Je n'ai rien à répondre. Vous êtes chez vous, il me resterait à me retirer devant votre colère et votre insulte, mais, outre que je n'en ai pas le courage, du moment que vous êtes venue ici, c'est que vous avez encore quelque chose à me dire et je reste pour l'entendre.

LIONNETTE

En effet, monsieur, une explication est indispensable entre vous et moi, et comme vous ne vouliez pas revenir chez moi, je suis venue la chercher chez vous. D'ailleurs, j'aime les situations nettes et franches et je ne redoute pas, surtout à ce moment de ma vie, les explications catégoriques et les expressions claires, crues même, si nous devons mieux nous comprendre ainsi. J'en ai entendu de telles

hier, que mes oreilles sont faites à tout maintenant. Un acte comme le vôtre, une démarche comme la mienne, un entretien comme celui que nous allons avoir et qui peut amener des résultats si positifs et si graves, sont tellement exceptionnels, que les mots à double sens ne sauraient y être admis, (sasseyant.) Je vous connais à peine, je ne vous ai jamais attiré par la moindre coquetterie, je ne vous ai jamais rien demandé, et vous venez de me déshonorer moralement et socialement sans que je puisse me défendre. C'est très ingénieux : quoi que je dise, on ne me croira pas. Mon mari, qui m'aime, n'a pas voulu me croire et il m'a traitée 1 Qu'est-ce que je vous ai fait pour que vous vous soyez cru autorisé à m'infliger cet affront public, car, s'il ne l'est pas encore, il le sera demain.

NOURVADY.

Je vous l'ai dit; je vous aime.

LIONNETTE

Et c'est là votre façon de prouver votre amour i

NOURVADY.

Si j'avais eu un autre moyen à ma disposition, je l'aurais

employé. Je VOUS aime. (Changeant de ton et Rapprochant d'elle.) Je

vous aime comme un fou depuis des années. (Eiie recule

involontairement devant le mouvement de Nourvady.) Ne Craignez rien. Je

vous déshonore peut-être aux yeux des autres, mais je vous respecte et vous êtes sacrée pour moi. Si jamais vous m'appartenez, ce ne sera que de votre consentement; c'est que vous m'aurez dit : « Moi aussi je vous aime. » Je connais toutes les amours qu'on achète 1 Ce n'est pas une de celleslà que je vous demande ; vous ne me la donneriez pas, et je n'en voudrais pas de vous. Vous êtes belle, je vous aime

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