‹ La Princesse de BagdadChapitre 33 sur 57 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

cl vous avez un chagrin, un ennui, une préoccupation vulgaire, indigne de vous, qu'une personne de votre race et de votre qualité ne doit jamais connaître. A cause de quoi? A cause de quelques billets de mille francs qui vous manquent et que j'ai, moi, à profusion, à n'en savoir que faire. Ce chagrin, cet ennui, peuvent vous faire perdre votre repos, votre beauté, votre vie même, car vous êtes femme à mourir d'un obstacle que vous n'auriez pu vaincre: j'ai ce qu'il faut pour dissiper ce chagrin et cet ennui, je les dissipe. Fallait-il donc vous en demander la permission? Si je vous avais vue, emportée par votre cheval, vous aurais-jc demandé la permission de vous porter secours? je me serais jeté à la têle de votre cheval et je vous aurais sauvée, ou il m'aurait passé sur le corps. Si je vous avais sauvé la vie et que j'eusse survécu, vous m'auriez peut-être aimé pour cet acte héroïque; si j'avais été tué, vous m'auriez certainement plaint et pleuré ! Je n'ai pas exposé ma vie en vous sauvant comme je Tai fait, je n'ai pas accompli un acte d'héroïsme, je n'ai fait qu'une chose facile pour moi, mais je n'avais pas le choix des circonstances.

LIONNETTE

Eh ! bien, votre dévouement s'est trompé, monsieur, et si je suis ici, chez vous, c'est pour vous sommer de réparer> avant qu'il soit irréparable, le mal que vous me faites.

NOURVADY.

Je n*y peux plus rien moi-même. J'ai justement employé ce moyen parce que je le savais unique et irrémédiable. — Il faudrait que vos créanciers consentissent à reprendre leurs créances et à rendre l'argent ; croyez-vous qu'ils y consentent ?

EIONNETTE.

Ainsi, vous vous êtes dit : Cette femme que je respecte, que j'estime, que j'aime, je vais d'abord la compromettre et la déshonorer aux yeux de tous ; je vais la faire mépriser, insulter et chasser par son mari, et, la première émotion passée, comme elle n'aura pas autre chose a faire, elle en prendra son parti et elle sera à moi ?

nourvady.

Je ne me suis rien dit du tout. Il ne m'a pas plu que des marchands pussent vous poursuivre et vous humilier; je les ai payés. Je ne veux pas que vous soyez triste ; je ne veux pas que vous soyez pauvre. C'est une fantaisie comme une autre, et j'accepte toutes les conséquences de mes fantaisies. Si vous étiez à ma place, vous feriez ce que j'ai fait.

El ON NET TE.

Non! Si j'étais un homme et que je prétendisse aimer une honnête femme, quoi qu'il advînt, je respecterais toujours en elle sa dignité et les convenances de son monde.

nourvady.

Est-ce bien une femme de votre supériorité qui parle de convenances du monde? Les femmes comme vous ne •ont-elles pas au-dessus de tout cela? Fallait-il que je vinsse délicatement et hypocritement mettre au service de votre mari la somme dont il avait besoin? « Arrangez vos affaires, cher ami, vous me rendrez cette bagatelle quand vous pourrez. » J'aurais certainement agi de la sorte si je ne nous avais pas aimée : vous aimant, devais-jc le faire, c'est-à-dire spéculer sur votre reconnaissance, sur l'impossibilité où le comte était de s'acquitter avec moi, et sur de

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