ACTE PREMIER
JEAN
Oui, mais clic aurait dû comprendre...
RICHARD
Ce n'est pas facile de comprendre et d'excuser ce qui nous blesse dans nos sentiments les plus chers et dans nos traditions les plus sacrées. Madame la comtesse de Hun, votre mère, ne voulait pas pour vous du mariage que vous avez fait. Elle vous savait homme de première impression, incapable de résister à votre premier mouvement. Ces dispositions-là sont dangereuses, non seulement pour celui qui les a, mais pour ceux qui l'entourent. Mon âge m'autorise à vous parler ainsi. Madame votre mère a donc fait ce que toute mère prudente, sensée, aimant son fils, aurait fait à sa place. Vous avez, malgré tout, épousé mademoiselle de Quansas. Je ne dis pas que vous avez eu tort ; je fais simplement, comme avoué et comme ami, le résumé d'une situation morale et légale, et, devant les difficultés présentes, je cherche ce que nous pouvons en tirer. Votre sœur est mariée, elle a un mari chef de la communauté, cinq enfants, un héritage consigné aux acquêts, la part qui devait vous revenir ayant été laissée et attribuée par votre mère aux enfants mineurs ; votre mère a fait jurer à votre sœur de ne jamais rien modifier à ses résolutions. Ce sont là d'excellentes raisons pour garder l'argent de sou frère. Je suis avoué; je connais ces légitimes scrupules de la conscience.
Je partirai dès demain pour Rennes, j'irai voir ma sœur, elle consentira peut-être pour l'honneur du nom.
RICHARD
Ce nom n'est plus le sien.
JEAN
J'essaierai toujours.
RICHARD
Espérons, ne comptons pas. Votre femme aussi avait une dernière espérance, et elle a fait une dernière tentative auprès de la famille de... son père : elle a échoué.
JEAN
Oui.
RICHARD
Il y a encore un moyen.
JEAN
Cest...
RICHARD
C'est de convoquer les créanciers et de leur offrir tant pour cent.
JEAN
Jamais !
LION NETTE, qui est entrée sur ces dernières paroles.
Jamais ! — Si nous avons une somme supérieure ou égale à nos dettes, il faut les payer intégralement; si nous n'avons qu'une somme inférieure, il faut la donner en acompte et chercher les moyens de nous procurer le reste; si nous ne le pouvons pas, alors nous avons volé tous ces fournisseurs confiants et nous n'avons plus qu'une chose à faire, mon mari et moi, c'est de nous enfermer dans une chambre bien calfeutrée et bien close, d'allumer un réchaud