‹ La Princesse de BagdadChapitre 8 sur 57 · ACTE PREMIER II · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER II

LIONNETTE

Je m'en doutais, à quelques mots qu'elle m'avait dits. Je refuse.

RICHARD

Votre mère, avant de mourir, a cédé contre une somme moins importante les lettres qu'elle avait aussi de votre père.

LIONNETTE

Ma mère a fait ce qu'elle a voulu; moi, je fais ce que je veux ; et, comme ma mère est morte, je ne dis pas tout ce que je pense.

RICHARD

Pourquoi tenez-vous tant à ces lettres?

LIONNETTE

Vous le demandez, monsieur Richard? Pourquoi tient-on aux lettres d'un père qu'on aimait, qui vous aimait, qui était l'homme qu'était mon père et qui est mort?

RICHARD

Qu'est-ce que vous comptez en faire ?

LIONNETTE

Les garder, les relire, comme cela m'arrive de temps en temps, lorsque les vivants m'ennuient ou me dégoûtent; el quand je mourrai, les emporter avec moi pour les lui rendre — à lui — s'il est vrai qu'on se retrouve dans la mort quand on s'est aimé dans la vie. Qui sait? après avoir été si puissant sur la terre, il n'aura peut-être que moi au ciel; il faut bien que je garde quelque chose pour me

foire reconnaître — là haut — puisqu'il n'a pas pu me reconnaître ici-bas.

JEAN, à Richard.

Comment ne pas adorer cette femme-là. (n lui prend la tête

dans les mains et lui baise les cheveux.) Tiens.... tiens

RICHARD, prenant la main de Lionnette.

Le fait est qu'elle a de la race, et qu'on vous a bien nommée en vous nommant Lionnette — petite lionne — mais malheureusement ce n'est pas avec ça qu'on paie les créanciers, et je vous ai offert le seul moyen qui vous reste.

LIONNETTE

Dieu a donné, Dieu donnera ; s'il n'y pense pas, au petit bonheur !

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