‹ La Princesse de Lamballe, 1749-1792; d'après des documents inéditsChapitre 20 sur 269 · CHAPITRE PREMIER L HOTEL DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER L HOTEL DE TOULOUSE

Lorsqu'on traverse la place des Victoires, dont lès maisons, bâties au xvif siècle sur un plan uniforme, ont été transformées en partie et déshonorées toutes par de tapageuses enseignes % on aperçoit, au bout de la petite rue Gatinat, jadis de la Vrillière, un porche de pierre cintrée, monumental et de fière allure : c'est l'entrée de l'hôtel que Phélypeaux, seigneur de la Vrillière, fit édifier par Mansart, en i635. Acheté en lyiS par le

I. Cf. la notice d'A. de Boislisle sur la place des Victoires et la place Vendôme et André Hallays. En flânant (feuilleton du Journal des Débats du 29 juillet 1910).

comte de Toulouse, le fils légitimé de Louis XIV et de M™^ de Montcspan, cet hôtel, confisqué pendant la Révolution, servit d'Imprimerie Républicaine de Tan III à l'an VIII, époque à laquelle la Banque de France vint s'y installer pour ne le jdIus quitter ^

De l'ancien palais, agrandi, défiguré, il ne reste guère, à Tintérieur, que la galerie, construite de 1713 à 171 9, par Robert de Cotte ^ Des halls, des bureaux, des cours vitrées, où se presse une fourmilière frémissante d'employés, de garçons de recette, de gardiens, ont remplacé les magnifiques salons décrits par Piganiol de la Force. A la placje du gracieux jardin à la française, orné de bustes d'empereurs romains^, c est la salle bourdonnante où le public apporte, encaisse, échange du numéraire. Les richesses artistiques ont disparu, dis-

1. Cf. Notice sur l'état ancien et nouveau de la galerie de l'hôtel de Toulouse. Imprimerie de la Banque de France, 1876; Georges Eugène Berlin. Notice sur Vhôtel de la Vrillière et de Toulouse ^ le Monde moderne, 1897 ; P. -A. Dupart. Histoire de l'imprimerie impériale de France.

2. En février 1870, sur l'avis de l'architecte Questel, la galerie fut reconstruite en entier par les soins de la Banque de France.

3. Piganiol de la Force. Description historique de la ville de Paris et de ses environs, 1765, tome III.

perséee au vent de la Révolution *, mais les caves regorgent d'or. L'or est le dieu du logis. Il s'entasse dans les cofTres, en sort par l'escompte et les prêts, se renouvelle par d'autres opérations. L'illustre demeure est à jamais conquise à la vie moderne et il est difficile de s'imaginer que, dans la cour d'honneur, où un gardien en capote bleue a remplacé le suisse galonné, caracolèrent jadis de fringants équipages, que des robes brochées balayaient avec grâce les parquets en damiers de la Galerie dorée, que toute la société polie du XVIII® siècle est passée dans les salons, devenus bureaux, où, sans songer, sans doute, à ce passé glorieux, des comptables alignent des chiffres.

En 1767, ce palais appartenait au duc de Penthièvre. C'est là qu'il avait vu mourir sa femme et ses enfants, là que sa mère, cette exquise Sophie de Noailles, à qui l'on ne peut reprocher que sa complaisance aux différentes amours de Louis XV, s'était éteinte à soixante-dix-huit ans 2, quelques

1. Cf. Arch. nat. /"" 12G3, n°' 108 et 118. Rapport des citoyens Lemonnier et Moreau relativement aux monuments d'art existant au ci-devant hôtel Penthièvre, i" brumaire, an II.

Page 1