CINQUIÈME PARTIE
Il était un peu plus de midi lorsque la princesse de Lamballe sortit de F Hôtel de Ville avec M"" et M"^ de Tourzel, C'était un dimanche, le 20 août. Sur la Grève, une foule oisive était massée pour voir les « femmes de la reine * ». Le soleil dardait ses rayons brûlants sur le grand escalier d'où descendaient les prisonnières, lasses de leur nuit sans sommeil et de leurs douze heures d'attente, terrifiées par les cris de la multitude ' qui avait, trois ans auparavant, massacré Foulon et Launay à cette même place.
Le fiacre dans lequel fut emmenée M""= de Lamballe était entouré de gendarmes à cheval et
I. Cf. Comtesse de Béarn. Souvenirs de quarante ans ; Journal de John Moore; Chronique de Paris (20 mai) ; Moniteur (20 mai) et Arch. nat. T 6o4.
1. « A l'Abbaye ! à l'Abbaye ! les femmes de la reine! » criait la foule. Mémoires de ^Vebe^.
36o LA PRINCESSE DE LAMBALLE
un ofTicier s'installa à côte d'elle dans la voiture où montèrent aussi la marquise de Tourzel et sa fille. D'autres fiacres suivaient qui contenaient j^mes Thibault, de Navarre, Bazire et Saint-Bricc, femmes de chambre de la reine, de Madame Elisabeth, du dauphin et de Madame Royale et M, Lorimier de Chamilly, valet de chambre du roi'.
Par des voies étroites et encombrées d'une populace plus curieuse que menaçante, on gagna la grande rue Saint-Antoine. Un peu avant d'arriver à la maison professe des Jésuites ', les voitures ralentirent et tournèrent à gauche, dans une ruelle toute noire d'ombre par ce jour de gai soleil. On était dans la rue des Ballets^, sorte d'imiDasse assez large, mais très courte, barrée au fond par un bâtiment d'aspect sinistre, en bordure de la rue du Roi-de-Sicile qui commençait là.
Ce bâtiment était composé d'un rez-de-chaussée,
1. Cf. Comtesse de Béarn, op. cit. ; Arch. nat. T 604. Seul, Hue fut autorisé à revenir au Temple.