‹ La Princesse de Lamballe, 1749-1792; d'après des documents inéditsChapitre 256 sur 269 · Mémoires de M""* de Tourzel · texte numérisé non relu

Mémoires de M""* de Tourzel

SEPTEMBRE 'i;^

toutes sortes de malheurs. L'ancienne gouvernante du dauphin tâchait de rassurer sa compagne. Elle n'y pouvait réussir. La princesse prenait un livre, puis un autre; rien ne la pouvait distraire. Elle ne cessait ses demandes ; comme une enfant j)eureuse, elle se blottissait contre M""' de Tourzel qui dut Fempêcher de parler, dans la crainte de se troubler elle-même, et Tobliger à prendre un ouvrage manuel; mais Taiguille ou le crochet roulaient des doigts tremblants de la pauvre femme, dont les yeux candides se remplissaient sans cesse de larmes.

Elle se mettait à genoux, priait, pleurait, questionnait encore, se dressant au moindre bruit. De la rue Pavée-Saint-Antoine, des clameurs montaient. Impatiente de savoir, rendue audacieuse par la peur, elle se hissa pour regarder par la lucarne. Elle descendit plus effrayée encore. Dès qu'il avait été aperçu par « la foule compacte et houleuse » qui emplissait la rue, son visage avait été mis en joue.

Elle ouvrit la fenêtre donnant dans Tintérieur de la prison. Tout était calme. Les prisonniers se promenaient tranquillement dans la cour,

ne se doulant guère des agitations du dehors *.

A onze heures du malin, des hommes armés de sahres, les manches relevées, Fair menaçant, viennent chercher la princesse et sa compagne. Ils leur disent qu'elles vont passer devant le tribunal du peuple ". Arrivées au bas de Tescalier, elles reçoivent Tordre d'attendre ; elles s'asseyent sur les marches où, mourant de faim et de soif, la belle-fille du duc de Penthièvre partage un morceau de pain et un verre de vin avec M""" de Tourzel

Ensuite on les conduisit a dans une petite cour dans laquelle se trouvaient plusieurs autres prisonniers et un grand nombre de gens mal mis qui avaient tous Fair féroce. La plupart étaient ivres ». M""" de Tourzel parla aux hommes qui étaient auprès d'elle, répondit à leurs questions, les interrogea. « Quelques gens d'aussi mauvaise mine que ceux qui l'entouraient arrivèrent alors de l'autre côté de

I. Cf. Lettre de M""" de Tourzel à M"» de Sainte-AIdegonde publiée dans les Souvenirs de quarante ans de la comtesse de Béarn.

■2. Cf. Arch. nat. F' 3688'. Rapport de la dame veuve Hiancre concierge ès-prison du petit liôtcl de la Force, 6 septembre 1792; Lettre de M""" de Tourzel à M""> de Sainte-Aldegonde ; Mémoires de M"* de Tourzel.

la cour pour lui demander de venir au secours d'une femme qui se trouvait mal ». Elle partit avec eux. Quand elle revint, M'"" de Lamballe avait disparu '.

Par la cour du greffe, encombrée d'une multitude d hommes en furie, portant des sabres nus, tachés de sang", la princesse avait été amenée dans le bureau de la prison, où avait eu lieu, quinze jours auparavant, son inscription sur le registre des écrous. Cette salle, au plafond bas, éclairée par une seule fenêtre '\ était remplie de fédérés « dont les figures hideuses ne se peuvent décrire » *. Ils avaient « les bras découverts et ensanglantés jusqu'aux épaules et comme s'ils sortaient d un bain de sang » °. (( Un homme fort replet » *, Gliépy ^,

1. Mémoires de M^^ de Tourzel. Lettre de M™" de Tourzel ù M"» de Sainte-Aldegonde.

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