Saiffert
j. Cf. SaifTerl. Ihihcupiei rc dcr Rcpablicancr. op. cit.
3'j-2 LA PRINCESSE DE LAMBALLE
Force. 11 visita tout et renvoya les femmes à Texclusion de la princesse, de M"'' et de M"^ de Tourzel. Elles étaient « toutes trois couchées et endormies, comme on dort dans une prison, de ce sommeil qui laisse une place à l'inquiétude, lorsque, vers une heure du matin, )> elles entendirent tirer les lourds verrous de la porte. « Un homme paraît, conte Pauline de Tourzel, et dit :
— Mademoiselle de Tourzel, levez- vous promptement et suivez-moi...
« Je tremblais, je ne répondais ni ne remuais. . .
— Que voulez- vous faire de ma fdle ? dit ma mère à cet homme.
— Que vous importe, répondit-il, d'une manière qui me parut bien dure ; il faut qu'elle se lève et qu'elle me suive.
— Levez-vous, Pauline, me dit ma mère, et suivez-le ; il n'y a rien à faire ici que d'obéir.
« Je me levai lentement, et cet homme restait toujours dans la chambre.
— Dépêchez-vous, dit-il deux ou trois fois.
— Dépêchez-vous, Pauline, me dit aussi ma mère .
«J'étais habillée, mais je n'avais pas changé de place; j'allai alors à son lit. Je pris sa main pour la baiser; mais cet homme s'approcha, me prit par le bras et m'entraîna malgré moi.
— Adieu Pauline, Dieu vous bénisse et vous protège, cria ma mère.
c( Je ne pouvais lui répondre... deux grosses portes étaient déjà entre elle et moi, et cet homme m'entraînait toujours ' ...»
M""" de Tourzel avait été tellement anéantie par le brusque enlèvement de sa fille que la princesse de Lamballe avait aidé Pauline à se vêtir et lui avait donné les quelques hardes qu'elle emporta. La marquise, revenue à elle, remercia M"*" de Lamballe de toutes ses bontés pour elle et pour sa fille. ({ 11 est impossible, écrivit-elle plus tard d'être plus parfaite que la princesse ne le fut pour nous dans cette triste nuit et de montrer plus de sensibilité et de courage » ".
La princesse et M""" de Tourzel ne se rendormirent point, se demandant la raison qui avait fait
î. Comtesse de Bcarn. Soufcniis de rpiaranie ans. 2. Mi-moircs de M'"" de Tourzel.
i']] LA PRINCESSE DE LVMBALLE
agir rinconnu : était-ce pour la perdre qu'il était venu chercher Pauline ou pour veiller sur elle et pour Farracher au danger qui menaçait sa mère et Tamie de la reine ? Cruelles incertitudes, angoisses horribles qu'augmentèrent à quatre heures du matin, les cris qui s'élevaient de la prison des hommes ! ' Les deux femmes s'agenouillèrent au pied de leurs couchettes et prièrent jusqu'à l'heure du déjeuner. Quand François entra, il leur dit que la guillotine était dressée en permanence sur la place du Carrousel, que Ton parlait d'une attaque des prisons et qu'il serait prudent de ne pas sortir dans la cour ce jour-là '.
Un instant après, « six hommes armés jusqu'aux dents firent irruption dans la cellule. Ils se contentèrent de demander leur nom aux prisonnières a ^ M"^ de Lamballe était dans une « agitation extrême » Elle adressait à la marquise de Tourzel des questions continueUes. Elle l'effrayait, lui prédisant