‹ La Princesse de Navarre, :Chapitre 12 sur 45 · H ERN AND · texte numérisé non relu

H ERN AND

Elle ne vous vit point , c’efl-là votre malheur;

Vos grands projets lui firent peur.

Et dès quelle en fut informée ,

Sa fureur contre vous dès long-tems allumée ,

En avertit toute la Cour.

Il fallut fuir alors :

LE DUC DE FOIX

Elle fuit à fon tour.

Nos communs ennemis la rendront plus traitable ,

Elle hait votre fang.

LE DUC DE FOIX

Quelle haine indomptable

t6 LA IR1NCESSE DE NA VARRE ,

Peut tenir contre tant d’amourî H E R N A N D.

Pour un Héros tout jeune & fans expérience ,

Vous embraflèz beaucoup de terrain à la fois s Vous voudriez finir la méfintelligence Du fang de Navarre & de Foix ;

Vous avez en fecret avec le Roi de France „

Un chiffre de correfpondance.

Contre un Roi formidable ici vous confpirez ,

Vos rroupes vers ces lieux vont venir à la file \

Vous bernez le Seigneur qui voüs donne un azile ;

Sa fille pour combler vos finguliers deftins ,

Devient folle de vous , & vous tient en contrainte ; Il vous faut employer & l’audace & la feinte ; Téméraire en amour & criminel d’état ,

Perdant votre raifon , vous rifquez votre tête.

Vous êtes prêt à livrer un combat 3 Et vous préparez une fête >

LE DUC DE FOIX

Mon cœur de tant d’objets n’en voit qu’un feul icL Je ne vois , je n entens que la belle Confiance.

Si par mes tendres foins fon cœur eft adouci ,

Tout le refte eft en aftiirance.

Dom Pedre périra , Dom Pedre eft trop haï ,

Le fameux Duguefclin , vers l’Efpagne s’avance ,

Le fier Anglais notre ennemi ,

D’un tiran détefté prend envain la défenfe :

Par

€0 ME’ DIE -B A LL ET

Par ïe bras des Français les Rois font protégez ,

Des tirans de l’Europe ils domptent la puiifance ; Le fort des Caftillans fera detre vengez Par le courage de la France.

HERNAND,

Et cependant en ce féjour Vous ne' connoilTez rien qu’un charmant êfcîavagè

LE DUC DEFOI X.

Va ; tu verras bientôt ce que peut un courage , Qui fert la patrie & l’amour.

Ici tout ce qui m’inquiète ,

C’eft cette paffion dont m’honore Sanchettc La fille de notre Baron.

HERNAND.

C’éfl une fille neuve , innocente , indifcrete »

Bonne par inclination ,

Simple par éducation ,

Et par inftinét mi peu coquete ,

C’eft la pure nature en fa fimplicité.

LE DUC DE FOIX

Sa fimplicité même eft Fort embarraflànte ,

Et peut nuire aux projets de mon cœur agité ; j ’étois loin d’en vouloir à cette ame innocente , J’apprens que la Princefle arrive en ce canton.

Je me rens fur la route , & me donne au Baron Pour un fils d’Alamir , parent de la maifon.

i8 LA PRINCESSE DE NAVAÈRÉ ,

En amour comme en guerre une rufe eft permife. J’arrive , & fur un compliment >

Moitié poli , moitié galant ,

Que partout l’ufage autorife ,

Sanchette prend feu promptement.

Et fon cœur tout neuf s’humanife :

Elle me prend pour fon amant ,

Se flatte d’un engagement ,

M’aime , & le dit avec franchife :

Je crains plus fa naïveté ,

Que d’une femme bien aprife ,

Je ne craindrais la faufleté.

Elle vous cherche ,

LE DUC DE FOIX

Je te laifle :

Tâche de dérouter fa curiofité.

Je vole aux pieds de la Princeiïè.

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