‹ La Princesse de Navarre, :Chapitre 17 sur 45 · DOM MORILLO · texte numérisé non relu

DOM MORILLO

Eh bien donc \ notre tante aprouve mon cadeau. LEONOR.

Il me paroît brillant , fort heureux & nouveau. DOM MORILLO.

La porte étoit gardée avec de beaux Gens-d Armes j Eh , eh , l’on n’eft pas neuf dans le métier des armes.

CONSTANCE

C’efl magnifiquement recevoir nos adieux ,

V 0 M Ë' D I È s B A L L ET. sp

Toujours le fouvenir m’en fera précieux.

Je le crois. Vous pouriez voyager par le monde Sans être feftoyée , ainfi qu’on l’eft ici ;

Soyez fage , demeurez-y ;

Cette Fête , ma foi , n’aura pas fa fécondé ,

Vous chommere^illeurs. Quand je vous parle ainfi , C’eft pour votre feul bien ; car pour moi , je vous jure , Que fi vous décampez , de bon cœur je l’endure , j Et quand il vous plaira , vous pourrez nous quitter.

CONSTANCE

De cette offre polie , il nous faut profiter ,

1 Par cet autre côté, permettez que je forte.

On nous arrête encor à la fécondé porte ?

CONSTANCE

Que vois-je , quels objets 1 quels fpeétacles charmants 1 L E O N O R.

Ma nièce , c’eït ici le pays des Romans.

. Il fort de cette fécondé yorte une Trouve de danseurs a & de danseuses avec des tambours de bafque & des tambourins . (g)

(?) Le Sr. MALTER, j , Les Dlles DALMAND & LE BRETON en Maures. Les Scs. HAMOCHE, LEVOIR; les Dlles PUVIGNE’. THIERRI en Maures. Les fieurs MATIGNON, DUPRE’ -, Les Demoifelles GOURCELLE > SAINT-GERMAIN, en Egyptiens.

j 5 FRINCÈSSE DE Ü AV AÈRE,

Jprès cette entrée , leonor /* ww « morillon

&lui dit :

Qui font donc ces gens-ci ?

MORILLO au duc de foix.

Ceft à toi de leur dire* Ce qüe jé ne fçais point» ,

LE DUC DE FOIX A là princesse de navarre. Ce font des Gens fçavants , Qui, dans le Ciel tout courant fçavent lire.

Dès Mages d’autrefois , illuftres defcendants ,

A qui fut refervé le grand art de prédire^

Les Aflrologues Arabes qui étoient refiez, fous le portique pendant la Danfe, s'avancent fur le Théâtre, & tous les Aüeurs de la Comédie fs rangent pour Us ccouter.

UNE DEVINERESSE chante, (h)

Nous enchaînons le temps , le plailîr fuit nos pas.

Nous portons dans les cœurs • la flateufe efpcrance j Nous leur donnons la jouilTance Des biens mêxqe qu’ils n’ont pas ;

Le préfent fuit , il nous entraîne ,

Le palfé n’eft plus rien ,

(fc) La Demoifcllc METZ.

CO M ED I E - B A LL ET. 31

Charme de l’avenir , vous êtes le feul bien Qui relie à la foibleiTe humaine.

Nous enchaînons le temps, &c.

On Danfe. ( i )

Ü N ASTROLOGUE, (fc)

L’afire éclatant. & doux de la fille de l’onde ,

Qui devance ou qui fuit le jour.

Pour vous recommençoit fontour.

Mars a voulu s’unir pour le bonheur du monde A la planette de l’Amour.

Mais quand les faveurs celeftes Sur nos jours précieux alloient fe raflembler ,

Des Dieux inhumains & funeftes / Se plailènt à les troubler.

UN ASTROLOGUE (l) alternativement avec le Chœur,

Dieux ennemis , Dieux impitoyables ,

Soyez confondus.

Dieux fecourables »

Tendre Venus Soyez à jamais favorables.

(»') Le fleur MALTER 3.LaDen*oifelle LE BRETON,

( k) Le fieur DE CHASSE’.

(/) Le fleur LA TOUR.

LA F RINCE f SE DE NAVARRE CONSTANCE

Ces aftrologues me paroiflènt Plus inftruits du paffé que du fombre avenir *

Dans mon ignorance ils me laiiïent Comme moi fur mes maux , ils femblent s’attendrir j Ils forment comme moi des fouhaits inutiles ,

Et des efpérances ftériles ,

Sans rien prévoir , & fans rien prévenir»

LE DUC DE FOIX

Peut-être ils prédiront ce que vous devez faire ;

Des fecrets de nos cœurs iis percent le myftere.

UNE DEVINERESSE rapproche de la Princesse & chante. ( m )

Vous excitez la plus fincere ardeur ,

Et vous ne Tentez que la haine %

Pour, punir votre ame inhumaine Un ennemi doit toucher votre cœur :

Enfui te s'avançant vers sanchetîe.

Et vous, jeune Beauté que l’ainour veut conduire ;

L’amour doit vous inftruire *

(m) La Demoifelle DE CANAVASSE.

Suivez

CO ME DIE -B AL LE T

Suivez fes douces loix ,

Votre cœur eft né tendre :

Aimez , mais en faifant un choix à Gardez de vous méprendre.

SANCHETTE

Ah l’on s’adreiïe à moi , la Fête étoit pour nous , J’attendois , j eprouvois des tranfports Ci jaloux.

UN DEVIN & UNE DEVINERESSE iadrejfant à

Sanchette. («)

En mariage Un fort heureux ,

Eft un rare avantage i Ses plus doux feux ,

Sont un long efclavage.

Du mariage Formez les nœuds ;

Mais ils font dangereux.

L’amour heureux Eft trop volage.

Du mariage Craignez les nœuds ,

Us font trop dangereux.

(») Le fieur DE CHASSE’ , & la Demoifelle D£ CANAVASSE.

34 LA PRINCESSE DE NAVARRE * SANCHETTE auducde f o i r»

Bon ! quels dangers feraient à cf aindre en mariage î Moi , je n’en vois aucun ; de bon cœur je m’engage , Nous nous aimons , tout ira bien.

Puifque nous nous aimons , nous ferons fort fideles j Donnez-moi bien fouvent des fêtes auffi belles ,

Et je ne me plaindrai de rien.

LE DUC DE FOIX

Helas ! j’en donnerais tous les jours de ma vie ,

Et les fêtes font ma folie-,

Mais je n’efpere point faire votre bonheur»

SANCHETTE

Il êft déjà tout fait, vous enchantez mon cœur.

On Danfe. (o)

Les A Üeurs de la Comédie font rangés fur les aîles * Sanchette- veut danfer avec le duc de foix , qui s* en défend , Morillo -prend la Princesse de Nava r r e , & danfe avec elle.

(o) La Demoifelle DALMAND feule.

Lcficur MALTER 3. la Demoifelle Le BRETON.

COME’DIE-BALLÊT. &

G U I L L O T avec an garçon Jardinier vient interrompe la danfe , dérange tout , prend le Duc de Foix & MoRiLLOp^r la main ,fait désignés en leur parlant bas & ayant fait cefer la mufique , il du au Duc de Foix.

Oh ! vous allez bientôt avoir une autre danfe ,

Tout eft perdu , comptez fur moi.

LE DUC DE FOIX a Moriiio.

Quelle étrange avanture 1 Un Alcade 1 Eh pourquoi ?

MORILLO

Il vient la demander par ordre exprès du Roi.

LE DUC DE FOIX

De quel Roi ?

De Dom Pedre.

LE DUC DE FOIX

Allez ; le Roi de France Vous défendra bientôt de cette violence.

LEON O R a la Princesse.

Il paroît que fur vous , roule la conférence.

MORILLO

Bon-, mais en attendant qu allons-nous devenir?

Quand un Alcade parle , il faut bien obéir.

Cij

Obéir , moi î

MO RI LL O

Sans doute , & que peux-tu prétendre ?

LE DUC DE FOIX

Nous battre contre tous , contre tous la défendre.

Qui toi te révolter contre un ordre précis Emané du Roi même ? es-tu de fang radis }

LE DUC DE FOIX

Le premier des devoirs eft de fervir les belles ,

Et les Rois ne vont qu’après elles.

Ce petirparent-là m’a l’air d’un franc vaurien :

Tu feras Mais ma foi je ne m’en mêle en rien.

Rebelle à la juftice î allons rentrez Sanchette ,

Plus de fête.

M o r i l l o pouj/e Sanchette dans la maifon £ renvoyé la mujîque & fort avec fon monde . SANCHETTE.

Eh quoi donc l

D’où vient cette retraite ,

Ce trouble 3 cet effroi ? ce changement foudain 3

COMEDIE-BALLET

CONSTANCE

Je crains de nouveaux coups de mon tnfte deftin.

leducdefoix.

Madame , il eft affreux de caufer vos allarmes ,

- Nos divertiffeménts vont finir par des larmes ,

Un cruel

CONSTANCE

Ciel 1 Qu entens-je ? Eh quoi jufques en ces lieux ,

Gafton pourfuivroit-il fes projets odieux ?

JEONOR,

Qu avez-vous dit }

LEDUCDEFOIX.

Quel nom prononce votré bouche ?

Gafton de Foix , Madame , a-t-il un cœur farouche?

Sur la foi de fon nom , j’ofe vous protefter ,

Quainfi que moi , pour vous , il donnerait fa vie ÿ Ivlais d’un autre ennemi , craignez la barbarie.

De la part de Dom Pedre on vient vous arrêter,

CONSTANCE

M’arrêter ?

LE DUC DE FOIX, Un Alcade avec impatience, Jufqu en ces lieux fuivit vos pas Jl doit venir vous prendre.

C iii

CONSTANCE

Eh fur quelle apparence .

Sous quel nom , quel prétexte i

LE DUC DE F O IX

Il ne vous nomme pas.

Mais il a défigné vos gens , votre équipage ;

Tout envoyé qu’il eft d’un ennemi fauvage.

Il a furtout défigné vos apas.

Ah , cachons-nous , Madame ,

CONSTANCE

Où?

Chez Guillot.

Chez la Jardinière ,

LE DUC DE FOIX

Chez Guillot on viendra vous chercher, La beauté ne peut fe cacher.

CONSTANCE

Fuyons.

LE DUC DE FOIX

Ne fuyez point.

Relions donc.

CO ME' D 1E-B ALLET.

CONSTANCE

Ciel ! que faire :

Si vous reftez , fi vous fuyez >

Je mourrai partout à vos pieds. .

Madame , je n’ai point la coupable imprudence , D’ofervous demander quelle efi: votre naiflance -, Soyez Reine ou Bergere , il n importe à mon cœur:

Et le fecret que vous m’en faites ,

Du foin de vous fervir, n’affoiblit point l’ardeur-, Le trône eft partout où vous êtes ;

Cachez , s’il fe peut , vos apas ,

Je vais voir en ces lieux fi l’on peut vous furprendre » Et je ne me cacherai pas ,

Quand il faudra vous deffendre.

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