‹ La Princesse de Navarre, :Chapitre 27 sur 45 · CONSTANCE, LEONOR, ALAMIR · texte numérisé non relu

CONSTANCE, LEONOR, ALAMIR

ALAMIR

J ’A i fait ce que j’ai dû.

Jexécutois votre ordre, & vous avez vaincu.

CONSTANCE

Vous n’ètes point blelféï

ALAMIR

Le Ciel, ce Ciel propice.

j3 LA PRINCESSE DE NAVARRE ;

De votre caufe en tout féconda là juftice.

Pujiïè un jour cette main par de plus heureux coups s De tous vos ennemis vous faire un facrifiçe ;

Mais im de yos regards doit les défarmer tous,

CONSTANCE

Tîélas \ du fort, encor je refïèns. le couroux De vous récompenfer il m’ôte la puifïance ,

Je ne puis qu^dmirer cet excès de vaillance,.

ALAMIR

Non , c eft moi qui vous dois de la reconnoifïance. Vos yeux meregardoient, je combattois pour vous . Quelle plus belle récompenfe 1

CONSTANCE

Ce que j’entends , ce que je vois ,

Votre fort &: le mien , vos difcours , vos exploits % Tout étonne mon ame > elle en eft confondue ;

Quel deftin nous rafïemble, & par quel noble effort . Par quelle grandeur dame en ces lieux peu connue 3 Pour ma feule défenfe affrontiez-vous la mort ?

LEDUCDEFOIX,

Eh n eft-ce pas allez que de vous avoir vûë» CONSTANCE,

Quoi , vous ne connoiffiez ni mon nom , ni mon fort » Ni mes malheurs , ni ma naiflànceî

CO ME’ D 1E -BALLETi yp;

LE DUC DE FOIX

Tout cela dans mon cœur eût-il été plus fort Qu’un moment de votre préfence l

CONSTANCE

Alamir , je vous dois ma jufte confiance s Après des fervices fi grands.

Je fuis fille des Rois & du fang de Navarre ,

Mon fort eft cruel & bizarre ;

Je fuyois ici deux tirans -,

Mais vous de qui le bras protège l’innocence ,

A votre tour daignez vous découvrir.

ALAMIR

Le fort jufte une fois me fit pour vous fervir ,

Et ce bonheur me tient lieu de naiffance :

Quoi puis-je encor vous fecourir >

Quels font ces deux tirans de qui la violence Vous perféçutoit à la fois ?

Dom Pedre eft le premier J Je brave fa vengeance j Mais l’autre quel eft-il i

CONSTANCE

L’autre eft le Duc de Foix.

LE DUC DE FOIX

Ce Duc de Foix qu’on dit & fi jufte , & fi tendre î Eh que pourrai-je contre lui î

Co

Alamir , contre tous vous ferez mon appui*

Il cherche à m’enlever ,

LE DUC DE FOIX

Il cherche à vous défendre^ On le dit , il le doit , & tout le prouve allez.

CONSTANCE

Alamir 1 Et c’eft vous ! Ceft vous qui l’excufez { ALAMIR.

Non , je dois le haïr Ci vous le haïllêz.

Vous étant odieux , il doit l’être à lui-même ;

Mais comment condamner un mortel qui voüs aime i On dit que la vertu l’a pû feule enflamer ,

S’il eft ainfi , grand Dieu , comme il doit vous aimer l On dit que devant vous il tremble de paraître Que fes jours aux remords font tous façrifiez -,

On dit qu’enfin lî vous le çonnailîiez s Vous lui pardonneriez peut- être.

CONSTANCE

C’eft vous feul que je veux connaître , Parlez-moi de vous feul , ne trompez plus mes vœav

LE DUC DE FOIX

Ah daignez épargner un Soldat malheureux ,

Ce que je fuis dément ce que je peux paraître.

C0ME'D1E-BALLE7

CONSTANCE

Vous êtes un Héros, 8c vous le paraiffèz :

LE DüC DE FOIX.

Mon fang me fait rougir. Il me condamne allez; CONSTANCE.

Si votre fang eft d’une fource obfcure ,

Il eft noble par vos vertus ,

Et des deftins j’effacerai l’injure.

Si vous êtes forti d’une fource plus pure ,

Je Mais vous êtes Prince , & je n’en doute plus }

Je n’en veux que l’aveu, le refte me l’affure.

Parlez.

J’obéis à vos loix -,

Je voudrois être Prince , alors que je vous vois Je fuis un Cavalier.

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