CONSTANCE, LEONOR, ALAMIR
ALAMIR
J ’A i fait ce que j’ai dû.
Jexécutois votre ordre, & vous avez vaincu.
CONSTANCE
Vous n’ètes point blelféï
ALAMIR
Le Ciel, ce Ciel propice.
j3 LA PRINCESSE DE NAVARRE ;
De votre caufe en tout féconda là juftice.
Pujiïè un jour cette main par de plus heureux coups s De tous vos ennemis vous faire un facrifiçe ;
Mais im de yos regards doit les défarmer tous,
CONSTANCE
Tîélas \ du fort, encor je refïèns. le couroux De vous récompenfer il m’ôte la puifïance ,
Je ne puis qu^dmirer cet excès de vaillance,.
ALAMIR
Non , c eft moi qui vous dois de la reconnoifïance. Vos yeux meregardoient, je combattois pour vous . Quelle plus belle récompenfe 1
CONSTANCE
Ce que j’entends , ce que je vois ,
Votre fort &: le mien , vos difcours , vos exploits % Tout étonne mon ame > elle en eft confondue ;
Quel deftin nous rafïemble, & par quel noble effort . Par quelle grandeur dame en ces lieux peu connue 3 Pour ma feule défenfe affrontiez-vous la mort ?
LEDUCDEFOIX,
Eh n eft-ce pas allez que de vous avoir vûë» CONSTANCE,
Quoi , vous ne connoiffiez ni mon nom , ni mon fort » Ni mes malheurs , ni ma naiflànceî
CO ME’ D 1E -BALLETi yp;
LE DUC DE FOIX
Tout cela dans mon cœur eût-il été plus fort Qu’un moment de votre préfence l
CONSTANCE
Alamir , je vous dois ma jufte confiance s Après des fervices fi grands.
Je fuis fille des Rois & du fang de Navarre ,
Mon fort eft cruel & bizarre ;
Je fuyois ici deux tirans -,
Mais vous de qui le bras protège l’innocence ,
A votre tour daignez vous découvrir.
ALAMIR
Le fort jufte une fois me fit pour vous fervir ,
Et ce bonheur me tient lieu de naiffance :
Quoi puis-je encor vous fecourir >
Quels font ces deux tirans de qui la violence Vous perféçutoit à la fois ?
Dom Pedre eft le premier J Je brave fa vengeance j Mais l’autre quel eft-il i
CONSTANCE
L’autre eft le Duc de Foix.
LE DUC DE FOIX
Ce Duc de Foix qu’on dit & fi jufte , & fi tendre î Eh que pourrai-je contre lui î
Co
Alamir , contre tous vous ferez mon appui*
Il cherche à m’enlever ,
LE DUC DE FOIX
Il cherche à vous défendre^ On le dit , il le doit , & tout le prouve allez.
CONSTANCE
Alamir 1 Et c’eft vous ! Ceft vous qui l’excufez { ALAMIR.
Non , je dois le haïr Ci vous le haïllêz.
Vous étant odieux , il doit l’être à lui-même ;
Mais comment condamner un mortel qui voüs aime i On dit que la vertu l’a pû feule enflamer ,
S’il eft ainfi , grand Dieu , comme il doit vous aimer l On dit que devant vous il tremble de paraître Que fes jours aux remords font tous façrifiez -,
On dit qu’enfin lî vous le çonnailîiez s Vous lui pardonneriez peut- être.
CONSTANCE
C’eft vous feul que je veux connaître , Parlez-moi de vous feul , ne trompez plus mes vœav
LE DUC DE FOIX
Ah daignez épargner un Soldat malheureux ,
Ce que je fuis dément ce que je peux paraître.
C0ME'D1E-BALLE7
CONSTANCE
Vous êtes un Héros, 8c vous le paraiffèz :
LE DüC DE FOIX.
Mon fang me fait rougir. Il me condamne allez; CONSTANCE.
Si votre fang eft d’une fource obfcure ,
Il eft noble par vos vertus ,
Et des deftins j’effacerai l’injure.
Si vous êtes forti d’une fource plus pure ,
Je Mais vous êtes Prince , & je n’en doute plus }
Je n’en veux que l’aveu, le refte me l’affure.
Parlez.
J’obéis à vos loix -,
Je voudrois être Prince , alors que je vous vois Je fuis un Cavalier.