‹ La Princesse de Navarre, :Chapitre 30 sur 45 · CONSTANCE, LEO N OR, SANCHETTE · texte numérisé non relu

CONSTANCE, LEO N OR, SANCHETTE

S ANCHETTE.

M Adame , à vos genoux, fouffrez que je me jette.

Madame , protégez Sanchette ;

Je vous ai mal connue , & pourtant malgré moi ,

Je fentois du refpect , fans fçavoir bien pourquoi. Vous voilà , je crois , Reine ; il faut à tout le monde. Faire du bien à tout moment.

A commencer par moi.

CONSTANCE

Si le fort me fécondé ,

C’eft mon projet , du moins.

Eh bien , ma belle enfant , Madame a des bornez-, quel bien faut-il vous faire?

On dit le Duc de Foix vainqueur;

Mais je prends peu de part au deftin de la guerre Tout cela m’épouvante, &ne m’importe guère J’aime , & ceft tout pour moi.

CONSTANCE

Votre aimable candeur M’intérefle pour Vous; parlez, foyez fmcére. SANCHETTE.

Àh , je fuis de très-bonne foi.

J'aime Àlamir , Madame , & j’avois feu lui plaire s Il devoit parler à fnon pere ;

Il eft dé mes parents , il vint ici pour moi.

CONSTANCE fe tournant vers Leonor, •Son pareht , Leonor 1

SANCHETTE

En écoutant ma plainte ,

D'un profond déplaifir votre aine femble atteinte ! CONSTANCE.

Il l’aittioit î

SANCHETTE

Votre cœur paroît bien agité t CONSTANCE.

Jè vous ai donc perdue, illufion flatteufel

CO ME DIE - BALLET: $3

SA NCHETTE.

•Peut-on fe voir Princeflè , 8c n: 'être pas heureufe l

CONSTANCE

Hélas ! votre fimplicité Croit que dans la grandeur eft la félicité^.

Vous vous trompez beaucoup-, ce jour doit vous aprendre Que dans tous les états , il eft des malheureux.

Vous ne connoiflèz pas mes deftins rigoureux.

Au bonheur, croyez-moi , c eft à vous de prétendre , Mon cœur , de ce grand jour , eft encor effrayé *,

Le Ciel me conduifit de difgrace en difgrace ,

Mon fort peut-il être envié l

Votre Alteflè me fait pitié;

Mais je voudrais être à fa place.

Il ne tiendrait qu a vous de finir mon tourment.

Alamir eft tout fait pour être mon Amant.

Je bénis bien le Ciel que vous foyez Princeflè,

Il faut un Prince à votre Altefle,

Un Ample Gentilhomme eft peu pour vos apas.

Seriez-vous aflèz rigoureufe.

Pour m’ôter mon Amant, en ne le prenant pas? Vous qui fembtez fi généreufe I

CONSTANCE ayant un peu rêvé.

Allez, ... ne craignez rien, . . . quoi l le fang vous unit ? SANCHETTE.

Oui, Madame.

Fij

CONSTANCE

Il Vous aime !

SANCHETTE

Oui , d’abord, il l’a die*

Et d’abord je l’ai cru ; foufFrez que je le croye : Madame, tout nïon cœur avec vous fe déployé. Chez Meilleurs mes Parens je me mourois d’ennui ÿ Il faut qu’en l’époufant pour comble de ma joye , J’aille dans votre Cour vous fervir avec lui.

CONSTANCE

Vous 1 avec Alamir ï

SANCHETTE

Vous connaifïèz fon zele.

Madame , qu’avec lui , votre Cour fera belle ï Quel plaifir de vous y fervir 1 Ah! quel charme de voir , & fa Reine , & fonPrince l Un chagrin à la Cour donne plus de plaifir Que mille Fêtes en Province.

Mariez-nous , Madame , & faites-nous partir.

CONSTANCE

Etouffe tes foupirs , malheureufe Confiance ;

Soyons en tous les tems digne de ma naiflance . ... .

Oui , vous l’épouferez , . . . comptez fur mon apui.

Au vaillant Alamir, je dois ma délivrance ,

Il a tout fait pour moi , . . . je vous unis à lui ;

Et vous ferez fa récompenfe. .

CO ME' D 1E - B A LL ET

S ANCHETTE.

Parlez donc à mon Pere.

Oui.

SANCHETTE

Tout à l’heure.

Parlez aujourd’hui.

CONSTANCE

Oui... quel trouble & quel effort extrême ! SANCHETTE.

Quel excès de bonté 1 je tombe à vos genoux. Madame , & je ne fçais qui j’aime ,

Le plus fincerement d’Alamir ou de vous.

Elle fait quelques pas pour s'en aller » CONSTANCE.

De mon fort ennemi la rigueur eft conftanre, SANCHETTE revenant.

C’eft à condition que vous m’em mènerez, CONSTANCE.

C’en eft trop.

SANCHETTE

De nous deux vous ferez fi contente !

A LïONOR.

Avertiflez-moi , vous, lorfque vous partirez.

En s’en allant.

Que je fuis une heureufe fille 1 Qu’on va me refpedter ce foir dans ma famille i

F iij

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