SCENE QUATRIEME, CONSTANCE, LEONOR, CONSTANCE
Quels maux différents tous mes jours font livrez 5; Leonor , connois-tu ma peine ôc mon outrage?
Je fuportois > Madame , avec tranquilité ,
Les perfécutions , le couvent, le voyage,
J’elïiiyois même avec gayeté Ces infortunes de palfage.
Vous me faites enfin connoître la douleur ,
Tout le reften’eft rien près des peines du cœur,.
Le vrai mallieur eft fon ouvrage.
CONSTANCE
Je fuis accoutumée à dompter le malheur.
LEONOR
Ainfi par vos bontez , fa parente l’époufe»
U méritoit d’autres apas,
CONSTANCE
Si j’étois fon égale , hélas 1 Que mon ame feroit jaloufe !
Oublions Alamir , fes vertus , fes attraits*
CO ME' DIE - BALLET
Ce qu’il eft, ce qu’il devrait être.
Tout ce qui de mon cœur s’eft prefque rendu maître.
, . . Non , je ne l’oublierai jamais.
Vous ne l’oublierez point ! vous le cedez 1 CONSTANCE.
Sans doute,
Hélas*! que cet effort vous coûte!
Mais ne feroit-il point un effort généraux ,
Non moins grand, beaucoup plus heureux t Celui d’être au-deftus de la grandeur fuprême.
Vous pouvez aujourd hui difpofer de vous-memê. Elever mi héros, eft-ce vous avilir’
Eft-ce donc par orgueil qu’on aime’
N’a-t-on que des Rois à choifîr ’
Alamir ne l’eft pas, mais il eft brave. & tendre, CONSTANCE.
Non , le devoir l’emporte , & tel eft fon pouvoir,,
Hélas , gardez-vous bien de prendra La vanité pour le devoir..
Que refolvez-vous donc?.
CONSTANCE
Moi ! d’être au. defefpoir \ D’obéir en pleurant à ma gloire importune ,
F iiij
88 LA PRINCESSE DE NAVARRE , D’éloigner -le héros dontjemefens charmer.
De goûter le bonheur de faire fa fortune ,
Ne pouvant me livrer au bonheur de l’aimer.
On entend derrière le Théâtre un bruit de Trompettes