‹ La Princesse de Navarre, :Chapitre 33 sur 45 · LE DUC DE FOIX, CONSTANCE , LEONOR · texte numérisé non relu

LE DUC DE FOIX, CONSTANCE , LEONOR

LE DUC DE FOIX

M Adame , les Français ont délivré ces lieux ; Dom Pedre eft defcendu dans la nuit éternelle.

Gafton de Foix viétorieux ,

Attend encor une gloire plus belle ,

Et demandé' l'honneur de paraître à vos yeux.

CONSTANCE

Que dites-vous , & qu’ofez-vous m’aprendre ï Il paraîtrait en des lieux où je fuis 1 Dom Pedre eft mort , & mes ennuis Survivraient encor à fa cendre S

LE DUC DE FOIX

Gafton de Foix vainqueur en ces lieux va fe rendre -, J’ai combattu fous lui ; j’ai vu dans ce grand jour ,

Ce que peut le courage , & ce que peut l’amour.

Pour moi, feul malheureux, (h pourtant je peux 1 être , Quand des jours plus ferains pour vousfemblent renaître) Pénétré, plein de vous, jufqu’au dernier foupir.

Je n’ai qu’à m’éloigner, ou plutôt qu’à vous fuir.

$o LA PRINCESSE DE NAVARRE,

CONSTANCE

Tous partez !

LEDUC DE FOI X

Je le dois,

CONSTANCE

Arrêtez, Alamir\

LE DUC DE FOIX

Madame-!

CONSTANCE

Demeurez , je fçai trop quelle vû$

Vous conduifit en ce féjour.

LE DUC DE FOIX

Quoi , mon ame vous eft comiue l CONSTANCE.

Oui.

LE DUC DE FOI X

Vous fçauriez >

CONSTANCE

Je fçai que d’un tendre retour On peut payer vos vœux. Je fçai que l’innocence , Qui des dehors du monde a peu de connoiflance , Peut plaire & connoître l’amour.

Je fçai qui vous aimiez , & même avant ce jour. . ..„ Elle eft votre parente , &c doublement heureufe.

Je ne m’étonne point qu’une ame vertueufç »

COM K DIE - BALLET

St

Ait pu vous chérir à fon tour.

Ne partez point , je vais en parler à fa mere.

La doter richement , eft le moins que je doi 9 Devenant votre époufe elle me fera chere 9 Ce que vous aimerez aura des droits fur moi.

Dans yos enfans je chérirai leur pere 9 Vos parens , vos amis , me tiendront lieu des miens s Je les comblerai tous de dignitez , de biens.

C’eft trop peu pour mon cœur & rien pour vos fervices, Je ne ferai jamais d’a(Tèz grands facrifices 9 Après ce que je dois à vos heureux fecours , Cherchant à m’acquitter je vous devrai toujours,

LE DUC DE FOIX

Je ne mattendois pas à cette récompenfe.

Madame , ah ! croyez-moi , votre reconnoiflance Pourroit me tenir lieu de plus grands châtimens.

Non , vous n’ignorez pas mes fecrets fentimens 9 • Non, vous n’avez point cru qu’une autre ait pu me plaire^ Vous voulez, je le vois, punir un téméraire 9 Mais lailfez-le à lui-même , il eft allez puni.

Sur votre renommée , à vous feule afîervi ,

Je me crus fortuné pourvu que je vous ville ,

Je crus que mon bonheur étoit dans vos beaux yeux 9 Je vous vis dans Burgos , & ce fut mon fuplice.

Oui , c’eft un châtiment des Dieux ,

D’avoir vu de trop près leur chef-d’œuvre adorable : Le refte de la terre en eft infuportaple ,

Le Ciel eft fans clarté, le monde eft fans douceurs.

On vit dans l’amertume , on dévore fes larmes ,

Et l’on eft malheureux auprès de tant de charmes. Sans pouvoir être heureux ailleurs,

CONSTANCE

Quoi , je ferais la caufe & l’objet de vos peines 1 Quoi , cette innocente beauté Ne vous tenoit pas dans fes chaînes î Vousofez I

LE DUC DE FOIX

Cet aveu plein de timidité „

Cet aveu de l’amour le plus involontaire ,

Le plus pur à la fois , & le plus emporté ,

Le plus refpeétueux , le plus fur de déplaire *

Cet aveu malheureux peut être a mérité.

Plus de pitié que de colere.

CONSTANCE

Alamir , vous m’aimez î

LE DUCDE FOIX.

Oui , dès long-tems ce coeur, D’un feu toujours caché brûloit avec fureur ;

De ce coeur éperdu voyez toute l’y vrelfe -,

A peine encor connu par ma foible valeur ,

Né /impie Cavalier , Amant d’une PrinceiTe ,

Jaloux d’un Prince & d’un Vainqueur ,

Je vois le Duc de Foix amoureux , plein de gloire s

GG M KD I E - BALLET.

Qui , du grand Duguefclin, compagnon fortuné.

Aux yeux de l’Anglais confterné ,

Va vous donner un Roi des mains de la Vidoire.

Pour toute récompenfe , il demande à vous voir. Oubliant fes exploits , n’ofant s’en prévaloir ,

Il attend fon arrêt , il l’attend en filence.

Moins il efpére , & plus il femble mériter -,

Eft-ce à moi de rien difputer ,

Contre fon nom , fa gloire furtout fa confiances

CONSTA NCE.

A quoi fuis-je réduite ! Alamir , écoutez :

Vos malheurs font moins grands que mes calamitez ; Jugez-en ; concevez mon defefpoir extrême.

Sçachez que mon devoir eft de ne voir jamais Ni le Duc de Foix , ni vous-même.

Je vous ai déjà dit à quel point je le hais ,

Je vous dis encor plus , fon crime impardonnable Excitoit mon jufte couroux ;

Ce crime jufqu’ici le fit feul haiflable,

Et je crains à préfent de le hair pour vous.

Après un tel difcours , il faut que je vous quitte.

LE DUC DE FOIX

Non , Madame , arrêtez , il faut que je mérite Cet oracle étonnant qui paflè mon efpoir.

Donner pour vous ma vie , eft mon premier devoir j Je puis punir encor ce rival redoutable ,

Même au milieu des fiens je puis percer fon flanc.

Et noyer tant de maux dans les flots de fon fang*

J’y courss,

CONSTANCE

Ah 1 demeurez , quel projet effroyable !

Ah 1 refpeétez vos jours à qui je dois les miens -,

Vos jours me font plus chers que je ne hais les liens.

LE DUC DE FO I X

Mais eft-il en effet fi fur de votre haine > CONSTANCE.

Hélas ! plus je vous vois , plus il m’eft odieux.

LE DUC DE FOIX fe jettant à genoux* & p réfentant fon épée.

Puniflèz donc fon crime en terminant fa peine ,

Et puifqu’ il doit mourir , qu’il expire à vos yeux.

Il bénira vos coups ; frappez , que c.ette épée Par vos divines mains foit dans fon fang trempée -, Dans ce fang malheureux , brûlant pour vos attraits.

CONSTANCE V arrêtant.

Ciel 1 Alafnir , que vois-je 1 &r qu’avez-vous pu dire ? Alamir , mon vengeur , vous par qui je refpire Etes-vous celui que je hais ?

LE DUC DE FOIX

Je fuis celui qui vous adore ,

Je n’ofe prononcer encore

C0MËD1E-BALLE7. <?;

Cè nom haï long-tems , Sc toujours dangereux ;

Mais parlez , de ce nom faut - il que je jouidè ? Faudra-t-il qu’avec moi ma mort l’enfevelife ;

Ou que de tous les noms il foit le plus heureux ? J’attends de mon deftin l’Arrêt irrévocable ,

Faut-il vivre, faut-il mourir?

CONSTANCE

Ne Vous connoiiïant pas je croyois vous haïr ; '

Votre offenfe à mes yeux fembloit inexcufable ,

Mon cœur à fon courroux s etoit abandonné ;

Mais je fens que ce cœur vous auroit pardonné ,

S’il avoit connu le coupable.

Quoi 1 ce jour a donc fait ma gloire & mon bonheur I CONSTANCE.

De Dom Pedre & de moi vous êtes le vainqueur.

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