LE DUC DE FOIX, CONSTANCE , LEONOR
LE DUC DE FOIX
M Adame , les Français ont délivré ces lieux ; Dom Pedre eft defcendu dans la nuit éternelle.
Gafton de Foix viétorieux ,
Attend encor une gloire plus belle ,
Et demandé' l'honneur de paraître à vos yeux.
CONSTANCE
Que dites-vous , & qu’ofez-vous m’aprendre ï Il paraîtrait en des lieux où je fuis 1 Dom Pedre eft mort , & mes ennuis Survivraient encor à fa cendre S
LE DUC DE FOIX
Gafton de Foix vainqueur en ces lieux va fe rendre -, J’ai combattu fous lui ; j’ai vu dans ce grand jour ,
Ce que peut le courage , & ce que peut l’amour.
Pour moi, feul malheureux, (h pourtant je peux 1 être , Quand des jours plus ferains pour vousfemblent renaître) Pénétré, plein de vous, jufqu’au dernier foupir.
Je n’ai qu’à m’éloigner, ou plutôt qu’à vous fuir.
$o LA PRINCESSE DE NAVARRE,
CONSTANCE
Tous partez !
LEDUC DE FOI X
Je le dois,
CONSTANCE
Arrêtez, Alamir\
LE DUC DE FOIX
Madame-!
CONSTANCE
Demeurez , je fçai trop quelle vû$
Vous conduifit en ce féjour.
LE DUC DE FOIX
Quoi , mon ame vous eft comiue l CONSTANCE.
Oui.
LE DUC DE FOI X
Vous fçauriez >
CONSTANCE
Je fçai que d’un tendre retour On peut payer vos vœux. Je fçai que l’innocence , Qui des dehors du monde a peu de connoiflance , Peut plaire & connoître l’amour.
Je fçai qui vous aimiez , & même avant ce jour. . ..„ Elle eft votre parente , &c doublement heureufe.
Je ne m’étonne point qu’une ame vertueufç »
COM K DIE - BALLET
St
Ait pu vous chérir à fon tour.
Ne partez point , je vais en parler à fa mere.
La doter richement , eft le moins que je doi 9 Devenant votre époufe elle me fera chere 9 Ce que vous aimerez aura des droits fur moi.
Dans yos enfans je chérirai leur pere 9 Vos parens , vos amis , me tiendront lieu des miens s Je les comblerai tous de dignitez , de biens.
C’eft trop peu pour mon cœur & rien pour vos fervices, Je ne ferai jamais d’a(Tèz grands facrifices 9 Après ce que je dois à vos heureux fecours , Cherchant à m’acquitter je vous devrai toujours,
LE DUC DE FOIX
Je ne mattendois pas à cette récompenfe.
Madame , ah ! croyez-moi , votre reconnoiflance Pourroit me tenir lieu de plus grands châtimens.
Non , vous n’ignorez pas mes fecrets fentimens 9 • Non, vous n’avez point cru qu’une autre ait pu me plaire^ Vous voulez, je le vois, punir un téméraire 9 Mais lailfez-le à lui-même , il eft allez puni.
Sur votre renommée , à vous feule afîervi ,
Je me crus fortuné pourvu que je vous ville ,
Je crus que mon bonheur étoit dans vos beaux yeux 9 Je vous vis dans Burgos , & ce fut mon fuplice.
Oui , c’eft un châtiment des Dieux ,
D’avoir vu de trop près leur chef-d’œuvre adorable : Le refte de la terre en eft infuportaple ,
Le Ciel eft fans clarté, le monde eft fans douceurs.
On vit dans l’amertume , on dévore fes larmes ,
Et l’on eft malheureux auprès de tant de charmes. Sans pouvoir être heureux ailleurs,
CONSTANCE
Quoi , je ferais la caufe & l’objet de vos peines 1 Quoi , cette innocente beauté Ne vous tenoit pas dans fes chaînes î Vousofez I
LE DUC DE FOIX
Cet aveu plein de timidité „
Cet aveu de l’amour le plus involontaire ,
Le plus pur à la fois , & le plus emporté ,
Le plus refpeétueux , le plus fur de déplaire *
Cet aveu malheureux peut être a mérité.
Plus de pitié que de colere.
CONSTANCE
Alamir , vous m’aimez î
LE DUCDE FOIX.
Oui , dès long-tems ce coeur, D’un feu toujours caché brûloit avec fureur ;
De ce coeur éperdu voyez toute l’y vrelfe -,
A peine encor connu par ma foible valeur ,
Né /impie Cavalier , Amant d’une PrinceiTe ,
Jaloux d’un Prince & d’un Vainqueur ,
Je vois le Duc de Foix amoureux , plein de gloire s
GG M KD I E - BALLET.
Qui , du grand Duguefclin, compagnon fortuné.
Aux yeux de l’Anglais confterné ,
Va vous donner un Roi des mains de la Vidoire.
Pour toute récompenfe , il demande à vous voir. Oubliant fes exploits , n’ofant s’en prévaloir ,
Il attend fon arrêt , il l’attend en filence.
Moins il efpére , & plus il femble mériter -,
Eft-ce à moi de rien difputer ,
Contre fon nom , fa gloire furtout fa confiances
CONSTA NCE.
A quoi fuis-je réduite ! Alamir , écoutez :
Vos malheurs font moins grands que mes calamitez ; Jugez-en ; concevez mon defefpoir extrême.
Sçachez que mon devoir eft de ne voir jamais Ni le Duc de Foix , ni vous-même.
Je vous ai déjà dit à quel point je le hais ,
Je vous dis encor plus , fon crime impardonnable Excitoit mon jufte couroux ;
Ce crime jufqu’ici le fit feul haiflable,
Et je crains à préfent de le hair pour vous.
Après un tel difcours , il faut que je vous quitte.
LE DUC DE FOIX
Non , Madame , arrêtez , il faut que je mérite Cet oracle étonnant qui paflè mon efpoir.
Donner pour vous ma vie , eft mon premier devoir j Je puis punir encor ce rival redoutable ,
Même au milieu des fiens je puis percer fon flanc.
Et noyer tant de maux dans les flots de fon fang*
J’y courss,
CONSTANCE
Ah 1 demeurez , quel projet effroyable !
Ah 1 refpeétez vos jours à qui je dois les miens -,
Vos jours me font plus chers que je ne hais les liens.
LE DUC DE FO I X
Mais eft-il en effet fi fur de votre haine > CONSTANCE.
Hélas ! plus je vous vois , plus il m’eft odieux.
LE DUC DE FOIX fe jettant à genoux* & p réfentant fon épée.
Puniflèz donc fon crime en terminant fa peine ,
Et puifqu’ il doit mourir , qu’il expire à vos yeux.
Il bénira vos coups ; frappez , que c.ette épée Par vos divines mains foit dans fon fang trempée -, Dans ce fang malheureux , brûlant pour vos attraits.
CONSTANCE V arrêtant.
Ciel 1 Alafnir , que vois-je 1 &r qu’avez-vous pu dire ? Alamir , mon vengeur , vous par qui je refpire Etes-vous celui que je hais ?
LE DUC DE FOIX
Je fuis celui qui vous adore ,
Je n’ofe prononcer encore
C0MËD1E-BALLE7. <?;
Cè nom haï long-tems , Sc toujours dangereux ;
Mais parlez , de ce nom faut - il que je jouidè ? Faudra-t-il qu’avec moi ma mort l’enfevelife ;
Ou que de tous les noms il foit le plus heureux ? J’attends de mon deftin l’Arrêt irrévocable ,
Faut-il vivre, faut-il mourir?
CONSTANCE
Ne Vous connoiiïant pas je croyois vous haïr ; '
Votre offenfe à mes yeux fembloit inexcufable ,
Mon cœur à fon courroux s etoit abandonné ;
Mais je fens que ce cœur vous auroit pardonné ,
S’il avoit connu le coupable.
Quoi 1 ce jour a donc fait ma gloire & mon bonheur I CONSTANCE.
De Dom Pedre & de moi vous êtes le vainqueur.