‹ La Princesse de Navarre, :Chapitre 5 sur 45 · Il vous force a fuir de fa Cour · texte numérisé non relu

Il vous force a fuir de fa Cour

Du fameux Duc de Foix voüs craignez la tertdrefle 3 Vous fuyez la haine 2c l’amour;

Vous courez la nuit & le jour ,

Sans Page & fans Dame d’atour ,

Quel état pour une Princeffe ?

Vous vous expofez tour à tour A des dangers de toute efpéce.

CONSTANCE

J’efpere que demain , ces dangers , ces malheurs , De la guerre civile effet inévitable.

Seront au moins fuivis d’un ennui tolérable ;

Et je pourrai cacher mes pleurs.

Dans un afîle inviolable.

O fort à quels chagrins me veux-tu referver ï De tous cotez infortunée ,

Dom Pedre aux fers m’avoir abandonnée ,

Gafton de Foix veut m’enlever.

Je fuis de vos malheurs comme vous occupée*, Malgré mon humeur gaie ils troublent ma raifon ; Mais un enlevement , ou je fuis fort trompée ,

Vaut un peu mieux qu’une prifon.

Contre Gafton de Foix quel courroux vous anime?

Il veut finir votre malheur ,

Il voit ainfi que nous Dom Pedre avec horreur.

Un Roy cruel qui vous oprime.

Doit vous faire aimer un vangeur.

CONSTANCE

Je hais Gafton de Foix autant que le Roy même.

COMEDIE - BALLET

LEO N OR

Eh pourquoi ? parce qu’il vous aime ?

CONSTANCE

Lui m’aimer ? nos parens fe font toujours hais.

Belle raifonl

CONSTANCE

Son pere accabla ma famille j L E O N O R.

Le fils eft moins cruel , Madame , avec la fille ,

Et vous n êtes point faits pour vivre en ennemis.

CONSTANCE

De tout tems la haine fépare Le fang de Foix , & le fang de Navarre.

Mais l’amour eft utile aux racommodements : Enfin dans vos raifons je n’entre qu’avec peine.

Et je ne crois point que la haine Produife les enlevements.

Mais ce beau Duc de Foix que votre cœur dételle , L’avez-vous vû. Madame?

Au moins mon fort funefte ,

À mes yeux indignez n’a point voulu l’offrir.

A ii

4 LA PRINCESSE DE NAVARRE * Quelque hazard aux liens m’a pu faire paraître» L E O N O R.

Vous m’avouerez qu’il faut connaître Du moins avant que de hair.

CONSTANCE

J’ai juré, Leonor, au tombeau de mon pere ,

De ne jamais m’unir à ce fang que je hais.

LEONOR

Serment d’aimer toujours , ou de n’aimer jamais Me paraît un peu téméraire.

Enfin , de peur des Rois & des Amants , hélas !

Vous allez dans un cloître enfermer tantd’apas.

CONSTANCE

Je vais dans un couvent tranquille.

Loin de Gallon , loin des combats Cette nuit trouver un azile.

LEONOR

Ah! c’étoit à Burgos, dans votre apartement 3 Qu’étoit en effet le couvent.

Loin des hommes renfermée ,

Vous n’avez pas vû feiilemenc Ce jeune & redoutable Amant Qui vous avoit tant alarmée.

Grâce aux troubles affreux dont nos états font pleins Au moins dans ce chateau nous voyons des humains.

CO ME' DIE - BALLET

Le Maître du logis , ce Baron qui vous prie A dîner malgré vous , faute d’hôtellerie ,

Eft un Baron abfurde ayant allez de bien , Groilîérement galant avec peu de fcrupule *,

Mais un homme ridicule

Vaut peut être encor mieux que rien,

CONSTANCE

Souvent dans le loilir d’une heureufe fortune 9 Le ridicule amufe , on fe prête à fes traits ,

Mais il fatigue, il importune Les cœurs infortunez & les efprits bienfaits,

Mais un efprit bienfait , peut remarquer , je penfe Ce noble Cavalier fi prompt à vous fervir. Qu'avec tant de refpeéts , de foin , de complaifance Au devant de vos pas nous avons vû venir.

CONSTANCE

Vous le nommez ?

Je crois qu’il fe nomme Alamir.

Alamir ? il paroît d’une toute autre efpéce Que Monfteur le Baron.

Oui plus de politefle3 A iij

6 LA PRINCESSE DE NAVARREi

Plus de monde , de grâce ,

CONSTANCE

Il porte dans fon air

Je ne fçai quoi de grand.

Oui.

CONSTANCE

De noble,

Oui,

CONSTANCE

De fier.

Oui. J’ai cru même y voir je ne fçai quoi de tendre. CONSTANCE.

Oh point.Dans touslesfoinsqu’ils’emprefteànous rendre Son relpeét eft fi retenu 1

Son refpeét eft fi grand qu’en vérité j’ai cru Qu’il a deviné votre Altefïe.

CONSTANCE

Les voici ; mais furtout point d’Alteftè en ces lieux * Dans mes deftins injurieux Je conferve le cœur , non le rang de Princeftè.

Garde de découvrir mon fecret à leurs yeux :

COME'DIE-BALLET. Y

Modéré ta gaieté déplacée, imprudente.

Ne me parle point en fui vante.

Dans le plus fecret entretien.

Il faut t’accoûtumer à palfer pour ma tante.

Oui j’aurai cet honneur, je m’en fouviens très-bien.

CONSTANCE

Point de refpeét , je te l’ordonne.

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