‹ La princesse des UrsinsChapitre 135 sur 278 · LK DUC D'ORLÉANS L'ACCUSE OUVERTEVEKT · texte numérisé non relu

LK DUC D'ORLÉANS L'ACCUSE OUVERTEVEKT

« n'a pu, sur son crédit, se procurer tout ce dont on « a va il besoin pour la subsistance des troupes fran- « çaises*. »

Que conclure de là? C'est que si le gouvememenl espagnol n'envoyait pas au duc d'Orléans toutes choses en abondance, il fournissait du moins tout ce qu'il pouvait. Le siège heureux de Tortose, qui se rendit, dans les premiers jours de juillet 1708, sembla le justifier, et, de plus, nous avons de Louis XIV une lettre, datée du mois d'août suivant, qui, en reconnaissant la bonne volonté de la cour de Madrid dans cette circonstance, intirme d'avance par là même toutes les accusations que ce prince pourrait diriger contre elle. « J'ai vu avec plaisir, dit a Louis XIV dans cette lettre inédite, que l'Espagne a « été en état de fournir des secours aussi cofmd&éles o que ceux quelle a donnés pour la réduclion de Tor- « tose*. »

Il y a plus : nous avons trouvé, dans la même colledion Noailles, deux autres lettres inédites, où le gouvernement espagnol est disculpé par les paroles mêmes du duc d Orléans. La première, qui est d'Amelot, nous apprend que ce prince avait proposé de tirer de l'armée qu'il commandait, dans les royaumes d'Aragon et de Valence, assez de troupes pour fortifier celle de TEstramadure, prétendant quil lui en resterait assez pour ses opérations en Catalogne^ c'est-à-dire, pour le siège de Tortose*. La seconde, qui est du duc d'Orléans lui-même, atteste que la cour de iMadrid avait conclu un traité des vivres avec une compagnie, et ce prince reconnaissait qu'il pouvait bien y avoir des diflicultes dans l'exécution de ce traité, parce qu'il en rencontrait, disait-il, lui aussi, dans les.difTèrentes choses

* Lettres au maréchal de ViMeroi, 22 avril 1706, p. 54, 5% — * Manascrits de la collection Noailles, t. XXV, lettre de Louis XIV du 6 août 1708.— '/i^-. lettre XXV. Amelot à Louis XIV, lU mars 1708

ELLE LUI DEMANDE UNE EXPLICATION. 3iU

qu*il entreprenait à cet égard depuis le comniencemcnt de sa caoïpagne'.

Maigre cela, il accusait madame des Ursins de le laisser manquer de tout; cl, après la prise de Torlose, il renouvela les mêmes plaintes, à tel point que madame des Crsins se crut obligée d*envoyer à madame de Mainlenon, pour être présenté à Louis XIV, un mémoire justificatif sur la conduite du gouvernement espagnol et sur la sienne propre. Ce mémoire, madame de Maintenon, toujours prudente, ne voulut pas le remettre à Louis XIV. parce que ce n*était pas à lui directement qu'il avait été adressé; mais elle y répondit par ces mots : « Je pense « qu*il est impossible que le duc d'Orléans manque de « tout; vous y êtes trop intéressés... Je suis doncpersua- « dée qu'il a tort*. » Cependant, nous dit le marquis de Saint-Philippe, madame de Maintenon, fatiguée elle-même d'entendre toujours parler contre la princesse des Ursins, fut alors d'avis qu'on la rappelât.

A cette nouvelle, madame des Ursins, plus fatiguée encore, alla droit au duc d'Orléans. Elle lui écrivit pour lui demander des explications sur les discours, sur les plaintes incessantes qu'on lui prêtait. Nous n'avons pas cette lettre; mais nous avons trouvé la réponse du duc d'Orléans, qui la suppose. 11 fut un peu déconcerté de la demande directe de madame des Ursins. Mais comment faire pour nier ce que chacun savait et disait? Il fit bonne contenance. 11 remercia madame des Ursins de sa franchise, ajouta qu'il ue fallait faire aucun cas des discours qui lui étaient attribués, et toutefois termina par cette phrase, qui prouvait qu'ils n'étaient que trop sérieux : « A vous « parler franchement, je puis fort bien être blessé, lors-

' Manuscrits de la collection Noaillcs, lettre XXV". Amelot à Louis XIV, I*' juin 1708. — * Correspondance de madame des Ursins et de madame de Maintenon. Lettres du il novembre et du 27 novembre 1708, t. l.

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