CHAPITRE XXYIII
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Pourquoi donc ce prince, qui n'ignorait pas la triste situation financière de TEspagne, s'acharnait-il contre ce pauvre gouvernement espagnol et nommément contre madame des Ursins? La grande raison, c'est que madame des Ursins le gênait beaucoup, lui et ses amis. « Le ma- « réchal de Berwick avait été rappelé d'Espagne, et, de- »« puis son départ, nous dit le marquis de Saint-Philippe, « le duc d'Orléans, étant resté seul arbitre de la guerre, « voulait la faire à sa manière, sans écouter ni Âmelot ni « personne \ » En outre, « se voyant ainsi, en Espagne, le « maître de toutes les forces de l'Etat, il prétendait ré- « gler le gouvernement à son gré, bien que Philippe V ne « pût souffrir qu'il se mêlât d'autres affaires que de celles «de la guerre*. » Est-ce là tout? « Le duc d'Orléans « avait mis dans ses intérêts, poursuit le même historien, « plusieurs grands, entre autres les ducs de Montalto et « de Houtellano, le marquis de Mancéra , et quelques « autres, qui n'étaient pas favorables à la princesse des « Ursins. Mais ceux-ci ne cherchaient que l'intérêt du « roi; le duc d'Orléans, au contraire, fut soupçonné de lui « préférer des vues particulières , semblable en cela à la « plupart des hommes, qui veulent que Ton croie qu'ils
> Mém. de Saini Philippe, t. II, p. 207. ^< Ibid,, p. 207, 208.
532 PREUVES DE U GO.NSPl^ATlOl^
« servent les princes, lorsqu'ils ne travaillent ([uepour
a eux-mêmes^. »
Le duc d'Orléans avait des vues particulières... Essayons de découvrir bien exactement de quelle nature elles étaient. « Ce prince, dit le duc de S^t-Simon, fut pré- « sente à la cour de Versailles, comm ayant voulu, sans <f être nommé dans le testament de dli'lcs II, imiter Guil- « laume d'Orange, qui avait supplanté en Angleterre le « roi Jacques II * ; » et c'est madame des Ursins qui pénétra la première ce dessein'. Mais c'était là un bruit que Ton faisait courir ; c'étaient des conjectures de la part de gens intéressés peut-être ou envieux. L'opinion de madame des Ursins, quelque sûre que fût sa perspicacité, ne suffit pas pour y ajouter foi : il faut pour œla ,des faits avérés, des témoignages formels, puisés dans les historiens les moins suspects. Écoutons le maréchal de Noailles, qui, tout en vivant dans les meilleurs termes avec la princesse des Ursins, était pourtant bien aussi avec le duc d'Orléans. « 11 paraît certain, dit l'abbé Millot, d'apii*:» « les papiers de ce général, que ce prince, génie vaste et « hardi, avait conçu ou adopté quelque projet en l'spagnc « pour son avantage particulier, dans la supposition que « Philippe V, abandonné de son grand-père, serait con- « traint de renoncer à cette c>ouronne. . . U parait aussi que « par lui et par ses agents il avait déjà disposé les esprits*. » Le maréchal de Noailles, à en juger par les paroles de ^on interprète, semble convaincu que le duc d'Orléans avait réellement conspiré en Espagne, pour prendre la place de Philippe V, son cousin. Il ne nous présente pas toutefois cette conspiration comme positive ; il y a de la timidité et
' Mém. de Saint-PhUippe, t. II, p. 206. — « Mém. ûe SainiShm, t. XUI, p. 212. - 3 Histoire êecrète de la cour de Maarid, 1 toi. in-i:!. année i708. — * Me'm. de SoailleSy l. IV, p. 75.