‹ La princesse des UrsinsChapitre 144 sur 278 · UUG D'OU LÉ ANS · texte numérisé non relu

UUG D'OU LÉ ANS

Quelque partialité que pût mettre la princesse des Ursins dans ses appréciations, on ne peut disconvenir que le duc d'Orléans, par la nature de ses demandes et de ses plaintes, faisait le plus grand tort à la cour de Madrid. On savait dans son camp, on savait en Aragon, en Catalogne, partout, ce qu'il pensait. Sa qualité de prince et de prétendant évincé donnait plus de franchise indiscrète à ses paroles et enhardissait les propos des courtisans, empressés d'augmenter sa popularité en divulguant ses démarches et ses idées. Une dépêche de Philippe V à Louis XIV dit positivement que Renaut, à Madrid, ne se contentait pas de fréquenter les maisons les plus malintentionnées, mais qu'encore il montrait des lettres du duc d'Orléans, qui donnaient à entendre que ce prince était autorisé à tenter quelque chose de considérable en Espagne '. Par tout cela le duc d'Orléans se mettait en opposition avec le gouvernement espagnol, et cette sorte de patronage, dont il semblait entourer des populations soulevées, encourageait la révolte, et détruisait tout reflet de la chute de Tortose et de I^érida. C'était là, on le conçoit, un embarras très-grand pour la cour de Madrid. Aussi Philippe V, par une lettre que lui dictaient les périls de catte situation plus que les nécessités de la guerre, engagea-t-il, le 19 septembre 17(^8, le duc d'Orléans à se rejeter sur le Portugal^ comme il en avait eu l'intention, lui assurant qu'en (^talogne, « quoi a qu'il pût en dire à présent, l'expulsion complète des « Autrichiens était impossible *. »

On pensera peut-être que, pour la question des fiieros^ auxquels l'esprit provincial tenait tant en Espagne, les instances du duc d'Orléans, bien que tendant à détruire l'unité législative et politique, condition première de

« Lcure (le Philippe V à Inouïs XIV, Mém, de NoaUies, p. 72. t. iV ' * Collection Noaiiles, '.. XXV. Lettre du roi d'Espagne, p. 142, 19 sep. i^^'

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l'unilé nationale, pouvaient avoir, pour le moment, leur utilité. Mais on n'en est pas moins autorisé à dire que les actes divers que nous avons rapportés, pris dans leur ensemble, avaient un caractère alarmant et un but coupable. «( Si la nation s'attacha au duc d'Orléans, dit Filtzci Horitz, c'est qu'il imputait les maux au mauvais gou- « vernemènt *, » tactique ordinaire et habile des chefs de parti, a 11 caressait l'Aragon par les ménagements qu'il «r réclamait pour ce pays, » dit un autre apologiste de ce prince, Tauleur de l Histoire secrète de la cour de Madrid; et par ce mot, dont il essaye en vain de pallier le fâcheux eflet, en ajoutant u qu'il n*y avait rien dans tout cela qui ff pût donner prise à la critique, » il juge lui-même et condamne sans appel celui qu'il voudrait disculper'.

Qu'on se mette alors un instant dans la position du gouvernement espagnol, ayant à son service, en qualité de généralissime, un prince qui désirait sa ruine ; qu'on s'idenlitie un peu avec ses craintes fondées, ses méfiances légitimes, ses justes soupçons, avec tout ce qui était de nature à le rendre ombrageux; qu'on rapproche en même temps cette situation critique de l'impérieux besoin où il était d'étouffer la révolte dans son centre, qui était le royaume d'Aragon, doter, par tous les moyens, à cette révolte le point d'appui d'une assemblée nationale, et à ce royaume uiênie la force trop dangereuse d'un État constitué, et l'on se convaincra que les conseillers de Philippe V, et entre autres madame des Ursins, sans être irrépréhensibles en tout, étaient pourtant continuellement placés entre la crainte de faire trop peu pour le roi d'Espagne et le danger de faire trop pour le duc d'Orléans.

t^t embarras était d'autant plus grand, que, dés le dél)ut de sa seconde campagne en Aragon, le duc d Orléans

* Filix-Moriu, Lettres et Mémoires, etc., livre VU, p. 268. — * Uisfoire wcriu de la cour de Madrid, années 1707-1708.

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