SURPRISE PAR MADAME DES URSINS
pour bien remplir sa mission à Madrid, que de voir les personnes dont son maître avait le plus à s'inquiéter. Mais les chances n'étaient pas égales pour lui. Madame des Ursins et d'Aubigny étaient plus forts pour le pénétrer qu'il ne pouvait l'être pour feindre, «r D'Aubigny vous donnera a des nouvelles de la cour, » disait madame des Ursins à Chamillard, en envoyant ce personnage à Paris, après la prise de Lérida, « car il connaît bien les courtisans ; » et, parlant aussitôt d'elle-même et de l'étude qu'elle avait été obligée d'en faire, « c'est une connaissance qu'il faut « que j'aie aussi, ajoutait-elle, dans la place où je suis, « bien qu'il m'en coûte cher *. » Renaut n'était qu'un novice auprès de l'un comme auprès de l'autre. Ses ac< tions les plus secrètes, ses rendez-vous les plus fréquents, ses confidents les plus intimes, madame des Ursins les connaissait, et il ne lui était pas possible de lui rien dérober. D'ailleurs, la plupart des généraux qui servaient dans Tarmée du duc d'Orléans la tenaient au courant de tout ce que faisait ou projetait ce prince *. Avec tout cet appareil d'espionnage ou de guet, elle sut que Renaut avait reçu des dépêches du duc d'Orléans, elle le lui dit, et elle se chargea de les remettre elle-même. Comment les lui refuser? C'eût été montrer qu'elles étaient suspectes'. Renaut les lui donna ; madame des Ursins put donc les voir avant le roi, et le but du duc d'Orléans fut manqué. Philippe V reçut, en premier lieu, les impressions de madame des Ursins, et non les siennes ; les commentaires faits par elle l'emportèrent sur les insinuations de la lettre, et ses paroles, ainsi que ses actes, furent présentées sous les couleurs les plus défavorables et presque
comme un crime *.
< Dépôt de It guerre, 1707, t. III, CLXIII* lettre, 24 octobre. Madame des Ursins à ChamiUard. — > Filtx-Moritz, U^re VII des Mémoire: — > /M.» IWre VU, p. 268, 969, 272.