LE MARÉCHAL DE BESONS PROTÈGE LA FUITE DE FLOTTE
f.e maréchal de Besons se doutait fort bien que la prè* sence subite de Flotte à Lérida cachait quelque dangereux dessein ; mais il se garda de l'inquiéter en rien et ferma les yeux sur toutes ses démarches. Deux ou trois fois pourtant il lui demanda ce qu'il faisait en ce pays ; mais c'était pour la forme, pour ne point paraître lui tenir la main. Flotte, qui le connaissait, \\x\ ayant répondu qu*il n'attendait qu'une occasion pour repasser en France, sans daigner lui en dire davantage sur les motifs de son séjour, il s'était contenté de cette réponse et navait pas voulu s'exposer, en poussant plus loin sa curiosité, à blesser un homme, il le dit lui-même, quil savait être à M. le due d'Orléans.
Hais celui qu'on croyait avoir gagné, Miguel de Pons, avait secrètement dénoncé Flotte et Renaut à la princesse des Ursins *, et aussitôt, vers le 1" juillet, arriva de Madrid à Lérida un messager, qui donna beaucoup à penser au maréchal de Besons et au secrétaire Flotte : c'était un exempt des gardes, don Gonzalès, un de ces hommes prêts à tout, dont madame des Ursins et Orry avaient entouré le roi d'Espagne. Ce qui les étonna le plus, c'est qu'il était porteur d'ordres de la cour, non pour le général en chef, mais seulement pour le comte d'Aguilar, commandant des troupes espagnoles, et qu'après les avoir remis il resta à Lérida, au lieu de retourner à Madrid. Flotte craignit d'être arrêté. Il voulut partir sans retard pour la France et pria le maréchal de Besons de lui donner une escorte jusqu'à la frontière, pour le protéger contre les voleurs. Mais une escorte pour Flotte seul, c'était une chose inusitée et propre à éveiller des soupçons. Le maréchal de Besons, en la promettant, s'arrangea de manière qu'elle parût être moins pour lui que pour un cer-
* FHu-MorHz, lettrei^ et Mémoires, lÎTre VIL p. 384.